Les préjugés contre la maison en bois

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La maison en bois ne jouit pas toujours d’une bonne renommée, et les préjugés à son encontre font souvent feu de tout bois. Désintox.

La maison bois gagne du terrain. Ses parts de marché progressent depuis 2018 et elle compterait aujourd’hui pour un peu plus de 10 % des maisons neuves bâties en France. Rien de plus logique : entre vertus écologiques, confort, nouvelles solutions proposées par les constructeurs spécialisés et prix stabilisés, ce type d’habitat ne peut que se développer. Pourtant, la maison bois reste pénalisée par des idées
reçues parfaitement injustifiées. Nous avons mené l’enquête pour les démonter point par point.

La maison bois, un habitat éphémère ?

Non. Les maisons en bois durent longtemps... Témoin la plus vieille demeure européenne en bois conservée, bâtie en Suisse au xiiie siècle. De même les chalets, qui font le charme des villages traditionnels de nos montagnes, ont parfois plusieurs siècles d’existence. Idem pour les demeures ancestrales de Norvège ou d’Islande... Le bois grisonne et on pourra jouer avec le sens de la pose pour obtenir des effets vieillis variés pour donner une allure très personnelle à la maison.
L’avis du pro. « Si du bardage est choisi pour l’extérieur, il grisaillera au cours des cinq ans qui vont suivre la construction de la maison mais ce sera un grisaillement homogène, très beau », explique Frédéric Carteret, fondateur de la société Ami Bois.

Performantes, les maisons bois ?

Oui. Très isolant, le bois permet de bâtir des maisons très efficaces sur le plan énergétique. Le plus souvent, leurs performances sont supérieures à celles imposées par la réglementation actuelle, la très stricte RT 2012. Mieux : le bois reste le matériau de prédilection des maisons passives, des constructions qui assurent chaleur en hiver et fraîcheur en été sans chauffage ni climatisation.
L’avis du pro. « La sensation de chaleur sur les murs de la maison est constante car le bois ne réagit pas comme les matières minérales », explique Hervé Bettoli, responsable commercial Nord de la Maison de Cèdre. « Le ressenti n’est pas le même : le chauffage n’a pas à combattre la dalle du sol et les murs. Un vide sanitaire et un plancher bois ont un pouvoir isolant cinq fois supérieur à celui d’une dalle béton. »

La maison bois flambe facilement ?

Non. Les risques d’incendie d’une maison bois ne sont pas plus importants qu’avec une construction traditionnelle car elles sont généralement protégées de l’intérieur par des plaques de plâtre qui stoppent efficacement la propagation du feu. De plus le bois a pour particularité de se consumer lentement. De ce fait il conserve ses qualités mécaniques, évitant à la structure de soutènement de tomber. Elles donnent aux habitants le temps de pouvoir sortir.
L’avis du pro. « Que ceux qui ne sont pas convaincus mettent un bout de charpente sur un poêle : ils auront une idée de la lenteur de la combustion », ironise Patrice Bideau, architecte et créateur de l’agence A-typique Architecture.

Le plat préféré des insectes ?

Non. Le bois utilisé pour la construction est traité en autoclave. Il est placé dans des cuves à haute pression. Il est alors imprégné de produits qui le rendent insensible aux attaques des termites, capricornes et autres insectes xylophages. En zone termitée, le terrain recevra un traitement spécial avant la construction pour faire fuir ces indésirables.
L’avis du pro. « Nous utilisons exclusivement du bois traité en autoclave », explique- t-on chez Trecobat, un constructeur breton qui développe la marque Trecobois. « Les constructions obtenues s’inscrivent ainsi dans la durée, avec un entretien limité et un très bon confort de vie. »

Maison bois : forcément parasismique ?

Oui. Dans une zone à risque sismique, le bois constitue le matériau idéal pour bâtir une maison. Il résistera aux efforts verticaux et horizontaux sans rompre brutalement. Souple et léger, il suivra les mouvements du sol sans se briser.
L’avis du pro. « Il y a moins de souci avec les maisons en ossature, qu’elles soient en bois ou métalliques qu’avec les maisons en briques où des microfissures apparaissent dès que la maison bouge », estime Stéphane Landemaine, gérant de LogéMaine, constructeur basé à Angers (49).

Pas d’assurance pour les maisons bois ?

Non. Les assureurs n’ont rien contre les maisons bois. Au contraire. Lorsque les habitations auront été trop mouillées lors de la lutte contre le feu, mieux vaudra tout démolir. Les demeures en bois, elles, sèchent. Résultat : l’assurance habitation d’une maison bois n’est pas plus chère qu’une autre.
L’avis du pro. « Pour peu que les réglementations et autres normes soient respectées, les maisons bois sont faciles à assurer. Même pour ce qui concerne la dommages-ouvrage, cette assurance obligatoire qui facilite la mise en œuvre de la garantie décennale », explique Damien Teyssier, directeur réseau et innovation d’AST Groupe, une société qui a récemment lancé la marque de maisons à ossature bois M Design.

Matériau écoresponsable, le bois permettra aux maisons de bien s’adapter à la prochaine réglementation environnementale RE 2020, qui entrera en vigueur mi-2021. www.booa.fr

Financièrement accessible ?

Oui. Les constructeurs de maisons bois industrialisent et automatisent leurs procédés. Les éléments sont préfabriqués en usine et sont ensuite amenés sur le chantier, dans une logique de construction hors site. À la clé : des délais réduits, de gros gains de productivité, une qualité et une performance énergétique aussi élevées que constantes.
L’avis du pro. « Grâce à notre process industrialisé, nos maisons bois se vendent entre 1 300 et 1 500 €/m² TTC, soit un prix quasiment similaire à celui des maisons traditionnelles », confirme Damien Teyssier. « Elles sont livrées trois mois après la signature du contrat et sont prêtes à vivre, ce qui permet à l’acquéreur de réaliser des économies sur son crédit et d’entrer plus vite sous son nouveau toit. »

Une construction sans garanties ?

Non. Les maison bois, comme toutes les autres, doivent respecter la réglementation thermique 2012 et leurs acquéreurs bénéficient des garanties de parfait achèvement, de bon fonctionnement et de la garantie décennale.
L’avis du pro. « Nombre de constructeurs proposent leurs maisons bois sous le régime du Contrat de construction-loi de 1990 », indique Frédéric Carterêt. « Leurs clients bénéficient notamment d’une garantie de livraison à prix et délais convenus. Leur maison sera ainsi livrée même en cas de défaillance du professionnel, son garant se chargeant de trouver une entreprise qui finira les travaux au prix fixé au contrat et sans surcoût. »

Des styles sans imagination ?

Non. Du chalet alpin traditionnel à la demeure contemporaine d’architecte en passant par la maison de ville et les modèles pour ménages modestes, le bois s’adapte à toutes les architectures. Il permet en outre de créer facilement  de grands volumes et donc des pièces très lumineuses puisqu’elles sont assorties de baies vitrées de belle taille. La seule condition est de respecter les règles d’urbanisme de la commune. Avant de bâtir, il convient de se renseigner au service d’urbanisme de la mairie. À noter également : les maisons bois peuvent facilement être surélevées ou bénéficier d’une extension. Des travaux qui se déroulent avec rapidité et qui offrent tous les atouts du neuf (performance énergétique notamment).
L’avis du pro. « Les maisons à ossature bois offrent de très nombreuses possibilités architecturales », rappelle José Rocha, dirigeant de Maisons Eco Nature. « Il est aussi possible de les recouvrir d’enduits lorsque les règles d’urbanisme interdisent que le bois soit apparent. »

Une construction faite main ?

Oui et non. Les maisons à ossature bois sont préfabriquées en usine, selon un mode industrialisé. Sur le chantier, elles sont pratiquement montées à la main par des équipes spécialisées. Une méthode qui permet de s’adapter facilement aux aléas des travaux. C’est pourquoi le charpentier spécialisé ossature bois est l’artisan le plus important du projet.
L’avis du pro. « Le bois est parfaitement maîtrisé par les artisans charpentiers à la formation classique qui sont de vrais passionnés », se félicite Stéphane Landemaine.

Architecte obligatoire ?

Oui et non. Les maisons bois sont comme toutes les autres : dès que la surface de plancher dépasse 150 m², le recours à un architecte est obligatoire. Cela dit, les constructeurs et les architectes travaillent de plus en plus en partenariat pour élaborer une offre particulièrement vaste, qu’il s’agisse de modèles catalogue personnalisés ou de demeures sur mesure, de villas d’entrée de gamme comme de constructions à énergie positive. De quoi démocratiser ce type d’habitat.
L’avis du pro. « la maison bois est accessible à tous », indique Frédéric Carterêt. « 60 % de nos clients sont des primo-accédants, les secundo-accédants et les amateurs de résidences secondaires constituent le reste des acquéreurs. »

Des demeures trop bruyantes ?

Non. Conçues et mises en œuvre dans les règles de l’art, les maisons bois ne sont pas plus sonores que les autres. À condition de prendre un soin tout particulier pour l’isolation, ce qui garantit par ailleurs une très haute performance énergétique.
L’avis du pro. « la maison bois propose plus de variétés de matériaux que les habitations traditionnelles. Les maîtres d’œuvre jouent également sur l’épaisseur de l’isolant », estime Patrice Bideau.

La maison bois se plie à toutes les envies et s’adapte facilement à son terrain. www.guillaumie.com

Une étuve en été ?

Non. Les maisons bois savent éviter les surchauffes estivales. À condition d’être bien conçues. Leur isolation doit être renforcée pour ralentir la pénétration de la chaleur (déphasage thermique). Elles doivent aussi faire appel à des matériaux à forte inertie thermique, qui stockent la fraîcheur nocturne pour la restituer le jour.
L’avis du pro. « Il faut insister sur la conception bioclimatique », signale Patrice Bideau. « Jeux de façades, brise-soleil et avancées de toiture limitent l’impact du soleil en été. Il faut également apporter un soin particulier à la ventilation. »

L’entretien : une corvée ?

Non. La maison à ossature bois peut être recouverte par n’importe quel revêtement extérieur. Son entretien sera donc le même que celui d’une habitation traditionnelle. Les bois autoclaves, eux, ne nécessitent pas d’entretien. Contre le grisaillement, il suffira de passer une lasure transparente, à peine pigmentée. Autre piste pour l’entretien : passer les façades bois au nettoyant vapeur avec une très basse pression pour préserver le bois.
L’avis du pro. « D’autres matériaux, tel du bardage en fibrociment qui n’exige aucun entretien et offre un grand choix de coloris, pourront également être employés », suggère Frédéric Carteret.

C’est permis ?

Oui. Pour obtenir le permis de construire, une maison doit respecter les règles d’urbanisme, une règle impérative qui vaut pour tous les types de construction quel que soit leur matériau. Avant de lancer le projet, mieux vaut consulter le plan local d’urbanisme en mairie. Ce document permet de savoir ce que l’on peut bâtir ou pas.
L’avis du pro. « Chaque commune détermine des règles spécifiques et sur certains secteurs, notamment ceux qui sont proches d’un monument ou d’une église, il faudra respecter l’avis de l’architecte des Bâtiments de France. Dans tous les cas, le sujet sera abordé en amont avec le constructeur puisque celui-ci connaît les usages sur son secteur », conseille Frédéric Carterêt.

Forcément tout en bois ?

Oui et non. La maison bois peut n’être faite que de bois mais c’est rarement le cas. L’idéal est de mettre en résonance différentes matières pour renforcer leurs vertus mécaniques et thermiques. L’ossature constitue le squelette qu’il faut recouvrir de plaques de plâtre. Une deuxième isolation est posée, sur laquelle vient s’installer le bardage. L’acquéreur pourra opter pour du bois naturel ou de couleur, de l’enduit, du zinc, du fibrociment, de l’ardoise…
L’avis du pro. « Si l’acquéreur préfère le tout-bois, l’ossature pourra être en pin, le bardage en mélèze ou en red cedar… Mieux vaut rester en terrain connu et utiliser des bois qui ont déjà été expérimentés plutôt que rechercher l’originalité à tout prix », conseille Patrice Bideau.

La maison bois protège la forêt ?

Oui. À condition que le bois provienne d’Europe et privilégie les circuits courts, soit 90 % des bois de construction utilisés dans l’Hexagone, les maisons bois ne participent plus à la déforestation. Les forêts sont gérées durablement et de façon responsable, les bois bénéficient de labels environnementaux Program for the Endorsement of Forest Certification Schemes (PEFC) ou Forest Stewardship Council (PSC), des marques de certification de gestion forestière.
L’avis du pro. « Nos essences proviennent de forêts renouvelées. Le poteau central est en bois des Vosges ou du Jura. La traçabilité de nos bois est complète, les essences viennent exclusivement de forêts régulées. L’isolation est faite en laine de bois : il n’y a aucun Cov », détaille Hervé Bettoli.

Le bois préserve la planète ?

Oui. Ce matériau est un puits de carbone puisqu’il stocke le CO2. Il contribue à lutter contre les émissions de gaz à effet de serre. Il permet ainsi de bâtir des maisons qui réduisent considérablement leur empreinte carbone lors de la construction, tout au long de leur durée de vie et même lors de leur déconstruction.
En plus, le bois est recyclable !
L’avis du pro. « La prochaine réglementation environnementale RE 2020 qui entrera en vigueur à l’été 2021, va imposer l’habitat décarboné », relève Damien Teyssier. « Or le bois reste le matériau le mieux adapté à la construction bas carbone et responsable, ce qui le promet à un bel avenir. »