Chanvre, liège, bois, paille, voire laine de mouton ou miscanthus Ce sont les matériaux biosourcés. Ils sont ainsi nommés car « ils sont issus du monde du vivant et sont par conséquent dorigine animale ou végétale », explique la Fédération française du bâtiment (FFB). Renouvelables, recyclables, émettant peu de polluants et souvent produits localement, leur bilan carbone est favorable. C'est pour cette raison que la Réglementation environnementale 2020, qui réglemente la construction depuis janvier 2022, encourage leur utilisation. Bref, ces matériaux verts se parent de bien des vertus. Reste à savoir sils sont adaptés à la maison neuve. En clair : sont-ils efficaces ? Durables ? Sont-ils conformes aux normes et autres réglementations ? Quelles sont les règles de lart pour les poser ? Les assurances les prennent-ils en compte ? Combien coûtent-ils ? Nous avons mené lenquête pour vous apporter des réponses aussi naturelles que constructives !
Matériaux et label biosourcé
Fin 2012, les pouvoirs publics ont créé le label Bâtiment biosourcé. Prévu à larticle R. 111-22-3 du Code de la construction et de lhabitation, il valorise les logements qui font appel à ces matériaux verts. Il atteste la conformité à un référentiel portant notamment sur un taux minimal de matériaux biosourcés dans la construction. Il est très strict sur la qualité technique, environnementale et sanitaire des solutions utilisées. Pour les maisons neuves, ils est attribué par Cerqual, lorganisme certificateur qui accorde également la marque NF Habitat dans ses versions classiques et haute qualité environnementale (HQE).
1 Maison : quels sont les matériaux biosourcés ?
Ils sont plutôt nombreux. Leur domaine de prédilection : lisolation. On les trouve sous forme de panneaux de liège expansé, de rouleaux de fibres de chanvre, de panneaux de fibres de bois à faible ou haute densité ou encore de ouate de cellulose. Côté gros uvre, des fabricants proposent des blocs de béton de chanvre, de fibres de bois ou encore de miscanthus, une plante vivace produite localement. De façon ultra marginale, des maisons peuvent être faites de pisé (murs en terre crue) ou de torchis (terre crue mélangée à de la paille). Certaines maisons bâties sur le principe de lossature industrielle emploient des panneaux de béton fibré bois. Et puis il faut rappeler que les maisons en bois, quel que soit leur mode constructif (ossature, panneaux ou poteaux-poutres) sont par nature biosourcées.
2 Des matériaux de construction vraiment écolos ?
Si les matériaux biosourcés sont écolos, c'est avant tout parce qu'ils affichent un bon bilan carbone. Plus précisément, ils constituent ce que lon appelle des puits de carbone puisquils stockent ce gaz si nocif pour la planète. Si lon raisonne en émissions de kilos de CO2 par unité de fonction (plus le chiffre est bas, plus le bilan est favorable), on remarque que la laine minérale tourne autour de 37, la laine de verre atteignant 62. Le polyuréthane monte à 115, le polystyrène extrudé culminant à 185. De leur côté, le chanvre, le bois, le liège, la ouate de cellulose et globalement tous les matériaux biosourcés issus du monde végétal affichent des chiffres nuls ou négatifs (- 9 pour le béton de chanvre, - 27 pour les panneaux de liège par exemple).
3 Quel bilan carbone pour les matériaux biosourcés ?
Pour savoir si un matériau, biosourcé ou pas, est vraiment écolo, il faut analyser son cycle de vie (ACV). Pour ce faire, on tient compte de l'empreinte carbone liée à sa production, son transport, sa mise en uvre, son entretien et son recyclage lors de la déconstruction. Et dans ce domaine, les matériaux biosourcés ont de solides atouts à faire valoir. Notamment parce qu'en France, leur analyse de cycle de vie est déterminée selon une méthode dite dynamique. On se base sur le moment de l'émission : plus elle a lieu tôt, plus elle impacte l'environnement. Le bois et les autres matériaux d'origine végétale stockant le C02 durant leur croissance, leur empreinte carbone au moment de la production est nécessairement réduite, ce qui favorise ces solutions. A l'inverse, les matériaux qui nécessitent une cuisson pour leur fabrication (ciment, terre cuite, etc.) sont a priori pénalisés, leur empreinte carbone étant élevée en début de cycle de vie. Bref, du point de vue de l'ACV dynamique, les matériaux biosourcés sont bel et bien écolos.
Matériaux biosourcés : une question de point de vue
Les vertus vertes des matériaux doivent se penser de manière globale. Un bloc béton ou une brique de terre cuite produits localement dans des fours alimentés par des déchets ou du méthane issus de l'agriculture seront plus écolos qu'un bois venu de l'autre bout du monde en cargo (et c'est encore plus vrai si ce bois exotique contribue à la déforestation). En outre, les industriels spécialisés dans les solutions conventionnelles travaillent d'arrache-pied sur la décarbonation, en prenant en compte toute l'analyse du cycle de vie, y compris le recyclage. Ils y ajoutent gestion raisonnée des carrières, réduction des consommations d'eau, etc. Bref, les matériaux classiques se mettent bien au vert.
4 Habitat : des matériaux sains ?
Les matériaux biosourcés ne sont pas, à de rares exceptions près, à 100% dorigine naturelle. Ils doivent subir un minimum de traitements pour assurer leur maintien, mais aussi résister au feu, aux moisissures, aux insectes A base de fibres végétales ou animales, ils contiennent jusquà 20 % de fibres de polyester ou de polyuréthane, de manière à les faire tenir en rouleaux ou en panneaux. La résistance au feu est le plus souvent assurée par des sels de bore (en quantité limitée par la réglementation), les sels dalumine ou dammonium étant interdits. Certains matériaux comportent des pesticides cest le cas de la laine de mouton pour résister aux insectes. Pour autant, ils émettent très peu de substances nocives. Avec eux, par exemple, on ne parle plus de composés organovolatils (COV), ces produits chimiques émis notamment par les meubles et les panneaux dagglomérés. A noter : seul les éléments en liège sont 100 % d'origine naturelle. Les panneaux sont faits de liège réduit en petit morceaux qui sont ensuite cuits en autoclave. C'est la résine naturelle qui assure leur cohésion, mais aussi leur résistance au feu, aux insectes... Ce qu'il faut retenir : les matériaux biosourcés sont plutôt bons pour la santé.
5 Isolation : quelles performances ?
Ces matériaux verts offrent de très bonnes performances. Témoin leur coefficient lambda (λ). Il mesure la conductivité thermique. Plus il est petit, plus le matériau est isolant. Les valeurs moyennes varient de λ 0,03 à λ 0,05. Des caractéristiques similaires à celles des isolants traditionnels. Ils font également montre dune bonne résistance thermique. Celle-ci se mesure grâce au coefficient R, exprimé en m².K/W. Plus il est élevé, plus le matériau est efficace. En la matière, les matériaux biosourcés nont rien à envier à leurs homologues classiques. 100 mm de laine de chanvre ou de ouate de cellulose offrent des performances similaires à celles de 100 mm de laine de verre ou de polystyrène expansé.
6 Quel confort dété avec des matériaux écolos ?
La majorité des matériaux marquent des points dans le domaine du déphasage. Un terme technique qui désigne la capacité de la chaleur ou du froid à traverser les murs et qui se calcule en heures. De nombreux matériaux (ouate de cellulose soufflée, panneaux de liège, laine de mouton sur panneaux notamment) affichent des temps de déphasage de dix à douze heures. Cest deux fois plus que les laines minérales ou le polystyrène. Ainsi, en été, les plus fortes chaleurs du jour finissent par pénétrer dans la maison la nuit, lorsque la température extérieure est la plus basse. Il suffit alors de ventiler pour rafraîchir lambiance. Bref, un long temps de déphasage garantit un bon confort dété. Les isolants naturels laissent passer la vapeur deau. Les murs peuvent ainsi respirer tout en réduisant le risque de condensation, donc de moisissures tout en assurant une très bonne isolation. Les fabricants insistent sur les caractéristiques acoustiques de leur production, notamment lorsquelle présente une grande densité. Ce qui permet de réduire les nuisances sonores tant intérieures quextérieures.
7 Matériaux biosourcés : aux normes ?
Ceux qui sont aujourdhui employés dans la construction par des professionnels sont conformes à toute une série de normes. Logique : il en va de la responsabilité des fabricants comme des poseurs. Et ces entreprises doivent pouvoir obtenir les assurances nécessaires à leur métier, notamment la responsabilité décennale. Donc, les matériaux biosourcés, comme tous les autres, doivent arborer le marquage CE, qui garantit la conformité aux directives européennes sur les produits de construction (résistance thermique, conductivité, résistance au feu, etc.). Par ailleurs, lAfnor accorde la Marque NF à toute une série de matériaux biosourcés dans des domaines aussi variés que la thermique, le cycle de vie ou encore la teneur en carbone. Les isolants doivent porter le marquage Acermi (Association pour la certification des matériaux isolants). Les produits innovants ou qui nécessitent une mise en uvre non traditionnelle doivent être évalués et recevoir un avis technique du CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment). Attention : lemploi de matériaux sans avis technique peut, en cas de problème, engager la responsabilité de celui qui réalise les travaux (questions dassurances notamment). Par ailleurs, les règles concernant leur pose doivent être précisées par un Document technique unifié ou un Document technique dapplication, là encore délivrés par le CSTB.
Matériaux de construction : les Fiches de déclaration environnementale et sanitaire
Les caractéristiques des matériaux (biosourcés ou pas) sont précisées dans les Fiches de déclaration environnementale et sanitaire (FDES). Ces dernières sappuient sur la norme NF P 01 010, qui précise les qualités environnementales des produits tout au long de leur cycle de vie. Elles permettent par exemple de connaître la consommation deau nécessaire à leur fabrication, leur impact sur lenvironnement, la santé, etc. Attention : tous les matériaux ne disposent pas dune fiche FDES. Il faut également tenir compte de lorigine du matériau : certains, comme la fibre de coco, sont produits à lautre bout du monde. Ils affichent un mauvais bilan en termes dénergie grise et démission de gaz à effet de serre. Pour en savoir plus : www.inies.fr
8 RE 2020 et matériaux biosourcés : ça marche ?
Opérationnelle depuis le 1er janvier 2022, la Réglementation environnementale 2020 (le texte qui régit la construction) renforce l'efficacité du bâti, améliore le confort d'été et impose la réduction de l'empreinte carbone des matériaux. Sur ce denier point, la RE 2020 se base sur l'analyse du cycle de vie (ACV) dynamique. En clair : elle privilégie les matériaux qui stockent le plus de dioxyde de carbone pendant la croissance de leur matière première. C'est notamment le cas du bois, mais aussi de toutes les fibres végétales qui entrent dans le processus de construction (chanvre, ouate de cellulose, miscanthus, etc.). En d'autres termes, les matériaux biosourcés facilitent la conformité des maisons neuves à la RE 2020. A noter : les exigences de la nouvelle réglementation sont progressives. Jusqu'en 2025, les solutions biosourcées pourront cohabiter avec les matériaux classiques, si ces derniers entrent dans une logique de décarbonation, ce qui est aujourd'hui le cas pour la grande majorité d'entre eux.
9 Assurer la maison : plus dur avec les matériaux biosourcés ?
Selon la Fédération française du bâtiment, les entreprises qui emploient des matériaux biosourcés néprouvent pas de difficultés particulières à obtenir leurs assurances en responsabilités civile et décennale. « La mise en uvre doit entrer dans la clause dite de technique courante du contrat dassurance décennale » indique la FFB. « Si la mise en uvre sort du champ de la technique courante, lentrepreneur doit demander une extension de garantie à son assureur, moyennant en général une surprime. » Le particulier, lui, trouvera sans problème son assurance dommages-ouvrage. A condition toutefois que les matériaux et la mise en uvre obéissent aux normes de construction. Les procédés et matériaux marginaux, voire exotiques, peuvent empêcher la souscription de cette assurance. Rappelons que la dommages-ouvrage est toujours obligatoire (article L 242-1 du Code des assurances) et quelle sert à faciliter la mise en jeu de la garantie décennale. Par ailleurs, lobtention de la multirisque habitation nest pas plus difficile pour une maison bâtie avec des matériaux biosourcés.
10 Biosourcé : combien ça coûte ?
Les documents consultés pour réaliser cet article sont formels : les matériaux biosourcés coûtent plus cher que les autres. Une étude du très officiel Cerema (Centre détudes et dexpertise sur les risques, lenvironnement, la mobilité et laménagement) passe la question au crible en se basant sur un coefficient de résistance thermique R de 5. Les résultats ? La laine de verre revient à 4,87 €/m² HT prix distributeur. La laine de roche monte à 8,34 €/m² HT. La fibre de bois, la laine de chanvre, les mélanges lin/chanvre, la laine de mouton ou la laine de coton recyclées varient de 18 à 21 €/m² HT. Le polyuréthane (qui nest pas biosourcé) monte à 25 €/m² HT. Le liège, seul matériau 100 % biosourcé est hors de prix, à plus de 80 €/m² HT. La ouate de cellulose est compétitive, à 6 €/m² HT. L'étude du Cerema date de 2017. Nous avons choisi de la citer car c'est la seule qui est objective. Reste qu'avec la RE 2020, les matériaux biosourcés vont forcément gagner du terrain, ce qui devrait contribuer à maîtriser leurs prix.
Matériaux : information à la source
Pour réaliser cet article, nous nous sommes appuyés sur de nombreuses études provenant du Cerema, de lAdeme, de la FFB, de plusieurs Directions régionales de léquipement, de laménagement et du logement (Dréal), du Ceser (Conseil économique, social et environnemental régional d'Ile-de-France), de lAfnor ou encore de différents ministères. Nous avons également utilisé les documentations de plusieurs entreprises spécialisées.
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