Maison neuve : les cinq clés de l’isolation

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Si les maisons neuves d’aujourd’hui vous permettent de faire des économies d’énergie, c’est grâce à leur isolation performante. Mais comment ça marche ? Quelles normes respecter ? Quels matériaux choisir ? Comment les mettre en œuvre ? Quels sont les pièges à éviter ?

Jamais les maisons neuves n’ont été aussi performantes. Ce haut niveau d’efficacité, elles le doivent à des règles de construction très strictes, qui imposent notamment une isolation de haut niveau. Cette dernière concerne tous les points de la maison, qu'il s'agisse des murs, des planchers bas et intermédiaires, des toitures, des baies vitrées, des portes, etc. La pose obéit à une très grande rigueur. Elle est d'ailleurs réglementée et les artisans doivent être spécialement formés. Pour suivre ces règles rigoureuses et vous permettre de marier confort et économies d’énergie, constructeurs et fabricants proposent une kyrielle de solutions techniques. Reste à choisir la bonne…

Maison neuve : l'isolation en bref

  • La réglementation thermique (RT 2012) impose aux maisons neuves d’avoir un bâti très performant, ce qui passe par une bonne isolation. La RT 2012 ne privilégie pas de solution technique particulière.
  • Tous les matériaux isolants permettent d’atteindre les objectifs de la réglementation. Les solutions techniques sont choisies au stade de l’étude thermique. Le résultat dépend de la qualité de la mise en œuvre.
  • Laine de verre ou de roche, polystyrène expansé, polyuréthane, matériaux biosourcés comme la fibre de bois ou la ouate de cellulose, les matériaux isolants sont très nombreux. Les constructeurs emploient des solutions certifiées.
  • Dans la majorité des cas, les maisons sont isolées par l’intérieur. Cette solution présente le meilleur rapport performance/facilité de mise en œuvre/prix. Autres options : l’isolation répartie, l’isolation par l’extérieur et l’isolation mixte (par l’intérieur et par l’extérieur).
  • Pour une efficacité maximale, tous les points de la maison sont isolés (planchers, murs, plafonds, etc.). Les ponts thermiques sont spécialement traités. Les menuiseries sont elles aussi isolantes.

1- Isolation : que dit la réglementation ?

La réglementation thermique 2012, la norme qui encadre la construction, n’impose ni matériau, ni mode constructif particuliers. Vous pouvez parfaitement bâtir une maison en brique ou en bloc béton, l’isoler par l’intérieur ou par l’extérieur. Logique : « la principale exigence de la RT 2012, c’est une obligation de résultats », indiquent D. Molle et P.-M. Patry, du bureau d’études Senova.

Avec la RT 2012, la consommation de votre maison ne doit pas dépasser 40 à 65 kWh par mètre carré et par an selon les régions. Il faut donc miser sur une enveloppe (l’ensemble matériau/isolation) performante. Pour ce faire, la réglementation introduit le coefficient Bbio. Il mesure, en points, l’efficacité de cette enveloppe sans tenir compte des appareils de production d’énergie.

Concrètement, le bureau d’études thermiques entre dans son logiciel l’adresse et l’altitude de la construction. Il obtient un coefficient Bbio maximum (Bbio max). Le Bbio de la maison doit être inférieur au Bbio max. Sinon la maison n’est pas conforme à la RT 2012. Ainsi, l’isolation va contribuer à faire baisser le Bbio de la maison pour le ramener en dessous du Bbio max.

Ces éléments figurent dans l’étude thermique réalisée par le bureau d’études. Ce dernier conseille le constructeur pour que la règle du Bbio soit respectée. Il va par exemple recommander tel type d’isolation, en tenant compte de son efficacité, de sa facilité de mise en œuvre et de son coût. « L’objectif du constructeur est certes de bâtir une maison performante et conforme à la réglementation, mais aussi de maîtriser ses prix pour préserver le pouvoir d’achat de ses clients », explique Serge Nauges, P-DG des Maisons Serge Olivier.

Réalisation d’un plancher bas. Pour satisfaire aux objectifs de la RT 2012, il doit offrir une très bonne résistance thermique.

2- Isolants : quelles performances ?

Deux indicateurs permettent d’évaluer les performances des matériaux d’isolation. Le lambda mesure la conductivité thermique. Plus il est bas, meilleures sont les capacités d’isolation du matériau. Le coefficient R, lui, donne la résistance thermique. Plus il est élevé, plus le matériau est isolant.

Attention : ce sont les performances de l’enveloppe (ensemble gros œuvre/isolation) qui sont prises en compte, et pas seulement celles de l’isolant. Selon le bureau d’études Senova, une maison, pour rester dans les clous de la RT 2012, doit afficher les coefficients R suivants : 3,2 à 5,5 pour les murs donnant sur l’extérieur, 6,5 à 10 pour les toitures, 2,4 à 4 pour les planchers bas sur terre-plein, 3,4 à 5 pour les planchers bas sur vide sanitaire. Les niveaux à atteindre en fonction de la localisation et des caractéristiques de la maison et les solutions techniques ad hoc sont déterminés par l’étude thermique.

Les constructeurs disposent d’un large panel de solutions pour isoler les maisons neuves. Les plus couramment utilisées : des murs en briques ou en bloc béton rectifiés (ils se posent sur joint mince grâce à un mortier-colle pour associer solidité et étanchéité) accompagnés d’un isolant par l’intérieur pour les murs, des planchers bas sur hourdis isolant (ce sont de gros blocs de polystyrène notamment), des panneaux isolants sous les toitures…

Pose de blocs avec isolant incorporé. Une solution qui va permettre de réduire la couche d’isolation rapportée.

L'ossature bois (7 à 8% du marché) donne de bons résultats. Les murs et leur isolant sont fabriqués en usine pour une qualité optimisée et un temps de chantier réduit. Autre option : la construction hors site. Ici, tout est préfabriqué. Les maisons se montent en quelques mois et affichent une performance énergétique de très haut niveau« Nous pouvons bâtir des maisons  passives, qui peuvent pratiquement se dispenser de chauffage, pour le prix d'une construction traditionnelle alors que d'ordinaire le passif est 20% plus cher », affirme Renaud Sassi, président des Maisons Logelis, un spécialiste du hors site.

La localisation de la maison a aussi son importance. « Pour les constructions en plaine, la brique collée de 20 cm d’épaisseur associée à un isolant est suffisante », explique Yoan Canet, qui dirige les Maisons Partout, dans le Cantal. « En altitude, nous préférons le bloc pierre ponce, qui fait montre de meilleures vertus thermiques même si là encore nous lui ajoutons un isolant. » L'étude thermique, mais aussi l'expérience du constructeur et de ses partenaires industriels vont permettre de faire les bons choix.

Projection d’un isolant en polyuréthane sur le mur. Une solution particulièrement efficace.

3- Isolation : quel est le meilleur matériau ?

Laine de verre, laine de roche, polystyrène expansé ou PSE, ouate de cellulose, fibre de bois : dans le monde de l’isolation, ce ne sont pas les matériaux qui manquent. Tous permettent d’atteindre le niveau exigé par la RT 2012, pour peu qu’ils soient associés à un gros œuvre efficace et que les deux soient mis en œuvre dans les règles de l’art.

Les matériaux industriels (laine de verre, de roche, PSE, perlite, etc.) sont les plus employés.Ce sont les moins chers. Leur mise en œuvre est facile et rapide. On les trouve par exemple sous forme de panneaux clipsables sur les murs, ce qui permet de laisser passer les fils électriques tout en assurant de très bonnes performances.

C’est la performance du matériau et de l’isolant qui est prise en compte pour bâtir une maison économe en énergie.

Les laines minérales sont sensibles à l’humidité. C’est pourquoi un pare-vapeur leur est toujours associé. Sous la toiture, ils s’accompagnent d’un pare-pluie. Le polyuréthane est particulièrement performant et n’est pas sensible à l’eau. Tous ces matériaux sont peu écolos puisque leur fabrication nécessite beaucoup d’énergie grise.

Les isolants biosourcés sont plus vertueux. Laine de chanvre, fibre de bois ou ouate de cellulose sont des produits naturels. Leurs performances sont élevées tant en termes de résistance thermique que de déphasage (temps que mettent les calories à traverser le mur pour entrer dans la maison). Ils ne sont pas 100 % bios (sauf le liège) puisqu’ils reçoivent des liants et des matériaux synthétiques qui augmentent leur résistance au feu, aux moisissures et aux insectes. Ces produits biosourcés sont bien plus chers que les isolants classiques. La différence peut aller du simple au quintuple !

Quel que soit l’isolant employé, veillez à ce qu’il soit certifié. Le marquage CE, les certifications NF, CSTbat et Acermi sont indispensables. Ils garantissent les performances en termes de résistance thermique, de réaction au feu, de comportement mécanique, de stabilité, de résistance à l’eau, etc. Les produits qui ne sont pas encore certifiés doivent faire l’objet d’un avis technique du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB). Enfin, leur mise en œuvre doit obéir à des règles précises, stipulées dans des documents techniques unifiés (DTU). L'empreinte carbone, un critère qui sera pris en compte par la prochaine réglementation environnementale 2020, est précisée dans la Fiche de déclaration environnementale et sanitaire (FDES).

Quel prix pour l'isolation ?
Les solutions les moins chères : la laine de verre (dans les 5 €/m² HT pour un coefficient R de 5), suivie par la laine de roche (environ 8 €/m²) et la ouate de cellulose (10 €/m²). Fibre de bois, laine de chanvre ou encore composites lin/chanvre tournent autour de 20 €/m². Le polyuréthane monte à 25 €/m². Le plus cher : le liège expansé, qui dépasse les 80 €/m² (source : Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement ou Cerema). Ces données sont à relativiser. Des volumes de production élevés avec des matériaux chers permettent de faire baisser les coûts. Certains constructeurs proposent des maisons à des prix très attractifs en utilisant le polyuréthane, par exemple.

Les solutions en matière d’isolation sont très nombreuses. Ici, on pose de la laine de verre avec un liant qui préserve la qualité de l’air intérieur sur un mur de briques.

4- Isoler par l'intérieur où par l'extérieur ?

Dans la plupart des cas, les maisons neuves conformes à la RT 2012 sont isolées par l’intérieur. « C’est un procédé très efficace, simple à poser, qui correspond aux habitudes des entreprises de construction », explique un consultant spécialisé dans l’étude de la maison individuelle. La condensation sur les murs ainsi que l’effet de paroi froide disparaissent, ce qui offre beaucoup de confort aux occupants. Autre avantage : un coût très abordable. Côté inconvénients, la surface intérieure de la maison diminue un peu, les prises de courant et les menuiseries doivent être montées avec soin pour éviter les ponts thermiques.

Moins de 1% des maisons neuves sont isolées par l’extérieur. Très efficace, cette solution permet de supprimer rapidement les ponts thermiques,même s’il faut apporter un soin particulier aux ouvertures, aux points de jonction avec la charpente et aux parties basses des murs extérieurs. Il n’y a pas de pertes de surface pour les pièces intérieures. L’étanchéité doit être très étudiée pour éviter les remontées d’eau par capillarité. Ce système demande une main-d’œuvre spécialement formée et rompue à ce procédé. Le coût est élevé.

Plus chère et plus délicate à mettre en œuvre, l’isolation par l’extérieur reste peu employée dans la maison neuve.

Autre solution : l’isolation mixte, à la fois par l’extérieur et par l’intérieur. Elle est souvent rencontrée dans les maisons à ossature bois ou métal. Comment ça marche ? L’ossature est garnie avec un isolant et l’on rajoute, sur l’extérieur du mur, une autre couche d’isolant. Le système est associé à un pare-vapeur et le tout est recouvert de bardage ou d’enduit. Industrialisée, cette solution est aussi économique que performante et son niveau de qualité est constant. La main-d’œuvre doit être spécialement formée pour une pose dans les règles de l’art.

Certaines maisons font appel à l’isolation répartie. L’idée : c’est le matériau de construction qui assure tout ou partie de l’isolation. Du coup, il n’y a pas besoin de rapporter une couche supplémentaire d’isolant. Deux types de procédé se partagent ce marché. Les monomatériaux sont de gros blocs remplis d’air (monomur terre cuite, certains types de béton cellulaire, bloc pierre ponce, etc.). Ils se montent sur joint mince grâce à un mortier-colle. Les plurimatériaux sont des « murs sandwichs » : un isolant est emprisonné dans la structure porteuse qui peut être en bois ou en métal. Dans les deux cas, la mise en œuvre exige beaucoup de vigilance, des équipes de pose bien formées et un suivi de chantier rigoureux. Le prix est plus élevé que celui des solutions classiques.

Isolation : nouvelles solutions
De nouvelles techniques apparaissent sur le marché. On trouve ainsi des blocs béton remplis d'isolant (mousse de ciment, laine minérale, etc.). Les briques peuvent aussi être garnies de perlite ou de laine minérale. Autre possibilité : les blocs coffrants. Le mur se monte avec des blocs faits de deux parois de polystyrène dans lesquelles on coule du béton. Très efficaces, ces solutions sont encore marginales en raison de leur coût élevé.

Isolation par l’extérieur réalisée en panneaux de liège. Très efficace et très écologique, ce procédé reste cher.

 5- Isolation : ce qu'il faut traiter dans la maison

Toute la maison doit être bien isolée. A commencer par les murs. Mais le plancher bas, lui aussi, doit faire l’objet de toutes les attentions. Pour les constructions sur vide sanitaire, on pose des poutrelles en béton avec des entrevous en polystyrène. « Outre ses vertus isolantes, cette solution permet de lutter contre les remontées d'humidité et évite les dommages liés au tassement des sols », estime Alexandre Sion, directeur marketing et communication de Maisons Pierre.

Pour les constructions sur terre-plein, le dallage est coulé sur un isolant rigide à l’aide d’un béton autoplaçant. Ce dernier est plus facile et plus rapide à mettre en œuvre. Il est également possible d’installer une chape flottante au rez-de-chaussée. Une fois le béton coulé, on place un isolant puis une deuxième dalle, plus mince et désolidarisée du gros œuvre, est posée.

Pour les constructions à étage, les planchers hauts reçoivent eux aussi des poutrelles avec une isolation sur entrevous et des rupteurs de ponts thermiques (un élément essentiel). Planchers hauts ou bas, tout est prévu pour accueillir le chauffage par le sol dans les meilleures conditions d'étanchéité. Si, bien sûr, c'est cette solution qui est retenue.

La toiture n’est pas oubliée. Avec des combles perdus, on souffle de la laine minérale en flocons ou de la ouate de cellulose. Il est également possible de poser des panneaux isolants ou des rouleaux. Une solution qui peut aussi s’appliquer aux combles aménageables. Certaines toitures sont isolées par l’extérieur. Des chevrons enserrent de la laine de roche, le tout étant recouvert d’une plaque de plâtre. Résultat : une isolation continue du bas de la toiture jusqu’au faîtage. Ces caissons accueillent les matériaux de couverture. A l’intérieur, la plaque de plâtre sera enduite puis peinte ou recouverte de papier peint.

Entre autres exigences, la RT 2012 mise sur une isolation performante. Mais elle n’impose pas de procédé particulier. Knauf Insulation.

Et les menuiseries ? Le plus souvent, vos fenêtres seront munies de doubles vitrages à faible émissivité. Entre les deux vitres se trouve une lame de gaz neutre (de l’argon le plus souvent), qui renforce les capacités d’isolation. L’une des vitres est recouverte d’une couche d’oxyde métallique, qui retient les rayons du soleil à l’intérieur, ce qui optimise les économies d’énergie. Côté matériau, toutes les fenêtres, qu’elles soient en PVC, en bois ou en alu, permettent d’atteindre les objectifs fixés par la réglementation. Vous pouvez même vous offrir des baies à galandage (elles s’ouvrent en rentrant dans le mur, les fabricants proposant depuis peu des modèles conformes à la RT 2012).

La réglementation impose de traiter les ponts thermiques, ces points de la maison qui présentent une moindre résistance thermique (jonction plancher mur par exemple). Des rupteurs seront ainsi placés sur les planchers bas, autour des fenêtres, au niveau des prises de courant, des prises d’air de la ventilation, etc. L’objectif : offrir à la maison une isolation continue, donc efficace. « S’ils ne sont pas traités, les ponts thermiques peuvent représenter jusqu’à 40 % des consommations de chauffage dans une construction de niveau RT 2012 », avertissent D. Molle et P.-M. Patry.T, du bureau d’études Senova.

La RT 2012 impose de traiter les ponts thermiques. Ici, le système Jackodur de chez Jackon.