Paca : le règne du relooking

Traditionnel ou contemporain ? Entre les deux, le coeur des Provençaux balance et ils optent pour un moyen terme : les villas classiques se renouvellent façon design pour entrer de plain-pied dans le XXIe siècle.

En Provence-Côte d’Azur, il y a une vraie orientation dans la demande. Le mas traditionnel authentique rencontre de moins en moins de succès. Et seuls quelque 15% des clients souhaitent faire construire une demeure contemporaine avec toit-terrasse. Un mixte est donc l’option choisie. « Les accédants optent pour du traditionnel mais à 90% ce sont des mas contemporanéisés, au look provençal mais mis au goût du jour grâce à des baies vitrées, des verrières, de grandes fenêtres », rappelle Jean-Luc Rouillet, directeur opérationnel de Mas Provence, un constructeur qui bâtit dans l’ensemble de la région Paca. « La tendance est aux volumes spacieux, lumineux et aux grandes baies vitrées. Sans pour autant être du vrai contemporain avec des volumes cubiques et des toits-terrasses », confirme Joël Sala, commercial pour l’Âme des Bastides, un constructeur qui bâtit dans les Bouches-du-Rhône et dans le Var.

Cette villa contemporaine conçue par Villa la Provençale et Villas Concept a reçu la Médaille d'Or du challenge LCA FFB (Les Constructeurs et Aménageurs de la FFB) de l'habitat innovant Catégorie Approches urbaines, constructeurs. www.villaslaprovencale.com, www.villasconcept.com

Architecture mixte

Ce n’est pas nécessairement une question de budget puisque le « vrai » contemporain ne coûte pas nécessairement beaucoup plus cher. Mais d’une part il est souvent interdit par les Plans d’occupation des sols. Même les éléments trop design comme les tuiles noires passent mal dans certaines communes. D'autre part, il faut du volume pour pouvoir construire une belle villa contemporaine : un grand terrain est indispensable. Or ceux-ci se font rares et sont extrêmement chers. « Le contemporain qui fait rêver avec ses beaux espaces et ses vues magnifiques exige de l’espace. Or les maisons atteignent en moyenne 140 m2 : c’est encore trop juste, il faut plus de volume alors que cette surface est parfaite pour des mas relookés modernes », précise Jean-Luc Rouillet. Il y a plus de risques avec l’architecture contemporaine de ne pas bâtir une demeure esthétiquement pérenne. A moins d’avoir une très belle enveloppe terrain+maison, mieux vaut opter pour du beau traditionnel aux formes classiques mais relooké.

Un mas classique revu et corrigé dans l'esprit du XXIe siècle avec ses grandes ouvertures donnant sur la terrasse et la piscine. Une conception EPC. www.sarlepc.fr

Allure provençale

Le style de la maison dépendra également de la zone de Provence dans laquelle elle sera construite. Lorsque l’on rentre dans l’arrière-pays, on trouvera des maisons avec un corps central et généralement un toit à quatre pentes et des ailes à toits trois ou quatre pentes. « La griffe de la Provence, c’est le multivolume : un corps central et des ailes », assure Joël Sala. Le corps central n’est pas forcément le plus grand, on est en multivolume avec une très large façade exposée sud. « Vers le bord de mer on trouvera des demeures tout en baies vitrées, en façades sobres avec des rythmes, le tout donnant sur de grandes terrasses », détaille Joël Sala. S’y ajoutent des pergolas aux lignes élancées. Pour les façades, c’est un enduit frotassé fin, très clair, élégant, style blanc de Noirmoutier qui est tendance. Quel que soit le style de la maison, il s’intègre très bien dans l’environnement. « On y ajoute des modénatures d’une couleur un peu plus soutenue pour certaines ouvertures, voire toutes suivant les indications de l’architecte », ajoute Joël Sala.

Typique de l'architecture provençale, une demeure tout en simplicité et en couleurs douces bâtie par Provence Architecture. www.provence-architecture.com

Toits travaillés

Les maisons à étage sont plus demandées que les maisons de plain-pied. « Mais c’est en fonction de la taille des terrains et de l’importance du budget sachant que les demeures à étage sont plus onéreuses », estime Marc Vicendone, président des Villas Prisme qui construit dans toute la région Paca des maisons traditionnelles ou contemporaines. Les villas adoptent souvent une forme en L, très à la mode, des volumes décalés, des angles ouverts avec des décrochés de toiture.

Des coloris ensoleillés pour les façades de cette maison signée par les Villas Prisme. www.villasprisme.fr

La préférence des acquéreurs va vers des architectures élaborées. Ainsi en traditionnel relooké, les toits seront à quatre pans mais lorsque le mas comprend des ailes, les toits doivent être raccordés et se compliquent jusqu’à avoir six ou sept pentes. La couverture sera en tuiles canal méditerranéennes. Elles seront d’aspect vieilli. Pour un look authentique et moins apprêté, ce sont des tuiles de récupération qui sont utilisées. Leurs coloris sont doux, dans des tons de terre cuite naturelle. « Nous déconseillons fortement les tuiles noires qui renforcent les problèmes thermiques. Pour des tuiles revisitées, il vaut mieux s’orienter vers des produits plus chargés en gris, d’aspect moins bariolé, et qui se marient sans problème aux menuiseries foncées, qu’elles soient anthracite ou noires », affirme Morgane Gillet, commerciale pour Villa 84 qui construit dans le Vaucluse, la limite du Gard, les Bouches-du-Rhône, et dans le Petit Lubéron. Bien que plus grises, elles ne sont pas ternes car elles restent sur du orangé. Les toits-terrasses sont à réserver aux villas les plus contemporaines. Les villas mixtes adoptent les toits à quatre pentes et un toit-terrasse pour le garage : l’ensemble garde ainsi un côté chaleureux. Attention, les débords de toit ne sont pas acceptés par toutes les communes. Il faut attendre les nouveaux Plu pour savoir précisément ce qu’elles feront autoriser dans les prochaines années.

Relooking

Certes les maisons seront classiques et leurs toits sont couverts de tuiles terre cuite vieillies avec génoises. « Mais, détaille Marc Vicendone, les enduits seront fins de couleur pierre claire, avec une bicoloration en gris. Les appuis seront en béton moulé clair, les menuiseries anthracite, à l’instar des volets roulants. » Bref, pour être dans l’esprit de l’époque, les villas traditionnelles adoptent un look du XXIe siècle. Les façades ont tendance à blanchir, et les blancs purs sont à la mode, lorsque les architectes des Bâtiments de France les autorisent. Les jaunes, les oranges, les marrons et même les rosés qui étaient en vogue il y a encore quelques années ne sont plus du tout d’actualité. Pour remplacer les génoises, des corniches format débord béton, qui font une avancée de 30 à 40 cm.

Lorsque les façades ne peuvent pas être blanches elles seront tout de même recouvertes d’enduits aux couleurs très claires, des gris pâles par exemple ou des tons terre qui se marient bien aux tons plus soutenus des menuiseries. Les villas contemporaines adoptent les mélanges bi-tons. Par exemple la maison sera d’une couleur claire et le garage dans un ton gris, clair également.

Grâce à des couleurs douces, les maisons Casanova ont mis en valeur les lignes élégantes de cette villa provençale. www.les-maisons-casanova.com

« La bicoloration permet de faire toutes sortes d’effet en façade. Des modèles très tendance pourront opter pour des bandes de couleur, qu’elles soient horizontales ou verticales qui ne viendront pas nécessairement souligner les lignes des volumes mais existeront par elles-mêmes. Les enduits sont grattés fin ou frotassés », indique Morgane Gillet. Les communes n’acceptent rien d’autre, mais ce n’est pas un problème puisque le rendu final est beau. Les modénatures, ces rehauts de couleur qui viennent entourer les ouvertures, ne seront jamais utilisées pour les villas contemporaines. « Elles seront à réserver pour les demeures traditionnelles auxquelles elles donnent une allure plus provençale. On les trouvera aussi parfois en mixte », souligne Morgane Gillet.

Détails design

Les volets sont le plus souvent roulants mais les demeures mixtes conservent leurs volets provençaux à doubles lames. « Pour les menuiseries les acquéreurs aiment de plus en plus l’aluminium noir, blanc ou gris, pour des verrières extérieures en façade qui plaisent beaucoup, également sous réserve que les ABF soient d’accord », confirme Jean-Luc Rouillet.  Le bois se fait de plus en plus rare. « L’anthracite est un tout petit peu moins tendance et le noir sablé commence à séduire les acquéreurs qui recherchent une note d’originalité », nuance Morgane Gillet.

Une proposition de bicoloration d'enduit et de grandes baies vitrées donnent du caractère à cette villa PCA Maisons. www.pcamaisons.com

Autre possibilité pour contemporanéiser les villas : les formes des ouvertures peuvent être modifiées, et pour une variante très contemporaine être très allongées en forme de meurtrières. Ou encore les baies, à galandages pour une ouverture maximale vers l’extérieur, peuvent s’allonger à l’horizontal. « Autrefois elles ne faisaient qu’un mètre quatre-vingts, alors qu’actuellement la tendance est aux deux mètres quatre-vingts, voire aux deux mètres », précise Morgane Gillet. Ces mélanges passent très bien et ont l’avantage d’être moins onéreux qu’un débord de toit ou qu’une toiture-terrasse. « Les baies fixes de 50 à 60 cm de large et 2 m 15 de haut de chaque côté de la porte d’entrée griffent le contemporain », estime Joël Sala. Les fenêtres d’escalier qui éclairent toute la hauteur de la montée d’escalier sont elles aussi très tendance.

Plans tendance

Les plans des maisons ont changé, même dans les mas traditionnels : les plans mettent en valeur de grands espaces de vie avec des salles de séjour/salles à manger ouvertes sur des cuisines à îlot central avec de grandes baies vitrées donnant sur le jardin. « La cuisine est parfois séparée par une verrière, fait remarquer Jean-Luc Rouillet. Le néo-industriel est en vogue à l’intérieur de la maison pour séparer les cuisines ou délimiter des espaces. » Ce que confirme Morgane Gillet : « la fin du règne sans partage des cuisines ouvertes approche avec la vogue des cuisines semi-ouvertes avec verrière qui sont ultra-tendance ». Les deux coins nuit – la suite parentale avec dressing et salle de bains et les chambres des enfants – doivent être nettement séparés. Classiquement une chambre est installée au rez-de-chaussée et trois ou quatre autres trouvent leur place à l’étage. Systématiquement le cellier et/ou une pièce technique prennent place entre le garage et la maison. « Lorsque les acquéreurs disposent d’un beau budget, ils favorisent les grandes surfaces, et les pièces pratiques telles que les dressings, les celliers, les lingeries… », détaille Marc Vicendone. Autres demandes : une architecture encore plus élaborée, de la domotique de pointe, une aspiration centralisée… La tendance nouvelle ? Une salle d’eau par chambre indépendante.

Des jeux de volumes et de matières très travaillés animent cette villa provençale signée par l'Âme des Bastides. www.ame-des-bastides.com

« La hauteur sous plafond est importante, et l’on crée un effet d’optique avec de belles baies vitrées qui accentuent encore l’impression d’espace », assure Joël Sala. En contemporain les acquéreurs aiment avoir au moins trois mètres sous plafond et même de très beaux vides sur hall déplafonné de 6 mètres, de grands murs blancs, une cheminée insert très design, un escalier en béton ciré avec une rampe en inox, des marches avec des vides ou des pleins…. Les carrelages sont de plus en plus grands : 45 x 45 cm, voire 60 x 60 cm dans les espaces de jour. « L’aspect parquet a la cote en ce moment, de même que les effets béton ciré », assure Morgane Gillet. L’autre grande tendance ? Le travertin qui se marie très bien avec les intérieurs contemporains et qui est devenu plus abordable.

Terrasses design

Les terrasses sont le plus souvent couvertes avec des treilles ou des pergolas bioclimatiques, la piscine étant construite dans la continuité de la terrasse. « Les pergolas bioclimatiques sont un must : elles peuvent être installées plein sud sans que la luminosité soit moindre dans le séjour », détaille Morgane Gillet. « Le sol des terrasses sera recouvert de carrelage imitation bois dans la continuité de l’esprit des carrelages de l’intérieur, facile d’entretien », décrit Marc Vicendone. Le bois ou les lames composites sont également plébiscités. Attention : ces matériaux demandent de l’entretien et chauffent plus vite en été que le carrelage classique. Les terrasses seront construites sur fondations (pour éviter qu’elles ne s’enfoncent). Leur coût - en moyenne 10.000 € - sera lissé dans le prix d’ensemble. « Les terrasses sont devenues le prolongement obligatoire de la maison pour une vie dedans-dehors vers le jardin devenu salon d’extérieur et pièce à part entière de la maison », souligne Jean-Luc Rouillet.

Dans toute la Provence, la terrasse est essentielle. Ici un modèle de Mas Provence réalisé vers Cavaillon dans le Vaucluse. www.masprovence.com

Belles provençales

 

 

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