Est-ce que demain nous pourrons imprimer notre maison ? Si la question peut prêter à sourire, la réponse est pourtant passionnante. Car même si nous sommes encore bien loin de pouvoir permettre aux particuliers de construire leur maison avec cette technologie, les premières machines professionnelles capables dimprimer des murs résistants sont déjà une réalité.
« A létranger, de nombreuses entreprises se sont déjà lancées dans la bataille », assure Jérôme Florentin, responsable maîtrise douvrage chez Plurial Novilia. Par exemple, aux Etats-Unis, la start-up PassivDom utilise un robot pour imprimer murs, sols et toits de demeures fonctionnelles. Les constructeurs nont plus quà ajouter ensuite les menuiseries, la tuyauterie et le système électrique. Cerise sur le gâteau, ces maisons sont en plus autonomes en énergie. Aux Pays-Bas, le projet Milestone prévoit la construction de cinq maisons imprimées en béton, dont larchitecture entièrement customisée devrait faire sensation. En Chine, plusieurs maisons sans fondations ont déjà été fabriquées par une imprimante géante. Mais secret industriel oblige, on ne sait pas de quoi est constituée lencre de béton qui a permis de les bâtir.
Et en France alors ? LHexagone nest pas en reste. « Une première maison a déjà vu le jour à Nantes en 2018 », indique Jérôme Florentin. Yhnova est ainsi une demeure de 95 m² imprimée en seulement 54 heures. Ensuite, il a tout de même fallu plusieurs mois pour ajouter les fenêtres et le toit. Financée en partie par la Mairie de Nantes, Yhnova est un logement social accessible aux personnes à mobilité réduite. Une famille de cinq personnes y a dailleurs pris ses quartiers depuis. La technique (BatiPrint3D) consiste à une impression par couche du sol vers le haut. Concrètement, les murs sont en réalité faits de deux couches de polyuréthane, un matériau isolant. Et lespace entre les couches est rempli de ciment.
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Cinq maisons à Reims. Ce premier galop dessai a inspiré dautres entrepreneurs. Ainsi la start-up XtreeE a conçu un robot articulé révolutionnaire, de 6 à 7 mètres denvergure. Sa tête dimpression crée des murs sur mesure en les imprimant. Lencre utilisée a été spécialement mise au point par Vicat, spécialiste du béton et précurseur dans le domaine. Le projet Viliaprint ,qui prendra place au sein de lecoquartier Remavert à Reims, sera le premier à voir le jour en utilisant cette technologie. Cette opération qui comptera cinq maisons originales (une T3, trois T4 et une T5) mélangera la technologie dimpression 3D avec des éléments préfabriqués en usine. Signée par le bailleur social Plurial Novilia, en partenariat avec lAgence Coste Architecture (lun des pionniers de la maquette numérique en France) et Soprema (expert dans les matériaux biosourcés), Viliaprint devrait être un point de départ pour le développement de cette technique. Mais il reste encore de nombreux détails à régler. « Nous sommes encore en phase de certification et test. Mais les travaux devraient débuter dici un an », détaille Jérôme Florentin.
Des nombreux avantages. « Si nous nous sommes lancés dans cette aventure, cest évidemment parce que nous pensons que limpression 3D a un vrai potentiel pour révolutionner nos modes de construction », souligne Alain Guillen, directeur général XtreeE. « Mais ça ne va pas remplacer lintégralité de lenveloppe dun bâtiment », ajoute-t-il. En combinant cette technique avec la construction hors site, le premier avantage sera de gagner du temps sur les chantiers. Les délais de construction seront ainsi grandement raccourcis. « Avec Viliaprint, on voulait aussi faire un projet écologiquement fiable », note Jérôme Florentin. Ainsi les murs imprimés sont creux, ce qui permet de diminuer par deux lutilisation de béton en comparaison avec une maison traditionnelle. Et à lintérieur, on optera pour des matériaux sains comme le chanvre. Le tout est fait dans une logique de circuits courts et de filières locales. Ces maisons afficheront ainsi un excellent bilan carbone, ce qui correspond aux exigences actuelles en termes de normes.
Une souplesse architecturale. « La 3D représente un moyen de libérer complètement larchitecture, affirme Jérôme Florentin. Il suffit de rentrer le motif que lon désire dans lordinateur pour que le robot le reproduise fidèlement. » Alain Guillen remarque quant à lui que « les possibilités de personnalisations vont être démultipliées ». Toutes les formes apparaissent comme désormais envisageables : courbes, elliptiques, hélicoïdales. « Pour permettre à nos clients davoir le choix de la matière, nous travaillons également sur différentes encres qui proposeront une esthétique différenciée », ajoute Alain Guillen. On peut aussi imaginer limpression dautres matières comme de largile, du plâtre ou des géopolinaires minérales. En plus, la mise en uvre de cette technique, il faudra une main duvre formée et qualifiée, ce qui permettra de revaloriser le secteur du bâtiment.
Combien ça coûte ? « Ce modèle a pour vocation d'être reproduit et industrialisé, mais pour cela il faut proposer un tarif au mètre carré acceptable », détaille Jérôme Florentin. A lheure actuelle, le prix du projet Viliaprint est de 2 300 € du mètre carrée. Les recherches et les tests ont permis de faire baisser énormément les prix puisquau départ du projet, le budget tournait autour de 4 000 €/m². Mais ce nest pas fini, avec lexpérience et la pratique, les tarifs devraient encore descendre dici le lancement des travaux. « Nous avons pour objectif datteindre 2 000 €/m²», conclut Alain Guillen. Il ne reste plus quà être patient pour admirer le résultat final





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