Matériaux biosourcés : la carte du naturel !

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Les matériaux biosourcés comme la ouate de cellulose ou le bois devraient occuper une place grandissante dans la maison neuve. La réduction des émissions carbone, exigée par la réglementation environnementale, la RE 2020, devrait favoriser leur utilisation.

Chanvre, ouate de cellulose, bois, paille… Leur point commun ? Ce sont des matériaux biosourcés, issus de matière organique renouvelable qui peuvent être utilisés pour construire des maisons. Depuis la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte de 2015, l’utilisation de ces produits est encouragée par les pouvoirs publics. Une tendance qui devrait se développer fortement dans les prochaines années sous l’impulsion de la Réglementation environnementale, la RE 2020, qui s’appliquera aux permis déposés à partir du 1er janvier 2022.

Le coup de pouce de la RE 2020. Ce nouveau texte réglementaire fixe en effet une réduction des émissions de gaz à effet de serre pendant la phase de construction qui sera échelonnée jusqu’à 2031. Ces dernières devant passer de 640 kg CO²/m²/an en 2022 à 415 kg CO²/m²/an, soit une baisse de 35 %, un niveau cependant moins ambitieux que celui défini lors de la présentation de la RE 2020 en novembre 2020. Cet objectif pourra être atteint notamment grâce à l’utilisation de matériaux biosourcés stockant du carbone lors de leur croissance qui est encouragée par le gouvernement. Focus sur ces matériaux.

Composé de sable, d'eau et de ciment, le béton cellulaire contient des bulles d'air qui lui permettent d'assurer une très bonne isolation de la maison.

La revanche du bois

À tout seigneur, tout honneur, le bois fait figure de grand favori parmi les matériaux biosourcés. Ce dernier se décline dans de nombreux produits : charpentes, portes, fenêtres, parquets. Mais il est aussi utilisé pour fabriquer des panneaux en fibre de bois qui isolent les parois. Des blocs de bois peuvent être également réalisés pour l’isolation des murs.

Objectif made in France. Si les qualités de ces produits ne sont pas remises en cause, leur origine géographique pose parfois problème. « Certains bois viennent d’Europe », note Marion Chirat, experte environnement et bâtiment chez Karibati. Un approvisionnement qui nécessitera une livraison par camions générant des émissions de CO2 importantes. Mais le développement d’une offre de bois d’origine française pourrait changer la donne. « Des industriels fabriquent des panneaux en fibres de bois avec des essences locales. Des certifications comme « le bois des Alpes » et l’Appellation d’origine contrôlée « Bois de Chartreuse » assurent d’ailleurs leur traçage. »

Papier recyclé

Composée de papiers recyclés et de sels minéraux, la ouate de cellulose exige peu de consommation énergétique pour sa production. Très bon isolant thermique et phonique, elle est le plus souvent employée pour isoler les murs dans lesquels elle sera insufflée sous forme de flocons. Elle peut aussi isoler le plancher des combles perdus. Performante, la ouate de cellulose contribue par ailleurs au confort d’été de la maison grâce à son déphasage important, sa capacité à stocker la chaleur et à la restituer progressivement, évitant ainsi la surchauffe des pièces.

La ouate de cellulose issue du recyclage du papier isolera le plancher des combles.

Une plante polyvalente

Le chanvre trouve aussi toute sa place dans l’habitat individuel. Toutes les parties de cette plante peuvent être utilisées pour élaborer différents produits. La paillette de chanvre peut être mélangée à de la chaux pour concevoir des bétons allégés isolants. La fibre de la plante sera quant à elle récupérée pour isoler par insufflation les rampants de la toiture et les planchers. Des blocs de chanvre pleins peuvent aussi remplir différentes fonctions que ce soit le cloisonnement des pièces ou l’isolation des murs. Dernière possibilité : construire des murs porteurs. Ces blocs seront alors remplis de béton.

Il est possible de construire les murs porteurs d'une maison avec ces blocs de chanvre.

Du silence à la clé avec le liège

Fabriqués à partir de chêne-liège, les panneaux remplissent différentes fonctions. Ils peuvent être utilisés pour isoler les parois. Ils améliorent aussi l’isolation acoustique du plancher, une préoccupation grandissante chez les acquéreurs. « L’autre intérêt de ce matériau ? Il est imputrescible », analyse Marion Chirat. Seul bémol : aucune filière française n’existe pour approvisionner le marché, capté actuellement par le Portugal.

Résistant à l'eau et au feu, le liège assurera l'isolation thermique et phonique de vos combles.

Naturellement isolante : la paille

Ce matériau naturel cumule les atouts ! Disponible sur l’ensemble du territoire, la paille
nécessite peu de transformation pour pouvoir être utilisée notamment pour ses excellentes performances en termes d’isolation. Les murs isolés en paille permettent même à des bâtiments neufs d’atteindre le niveau passif, soit une consommation énergétique dédiée au chauffage très faible qui doit être inférieure à 15 kWh/m².an. Les bottes de paille sont placées en atelier dans des parois en bois avant d’être assemblées sur le site. « La réalisation du chantier doit être prévue en période sèche au printemps ou l’été », conseille Marion Chirat.

Cette maison a été réalisée avec de la paille.

La terre crue omniprésente

Les matériaux géosourcés, issus des minéraux ont, eux aussi, une belle carte à jouer à l’image de la terre crue. Cette dernière peut être en effet utilisée de différentes manières. Il est en effet possible de construire un mur avec des briques composées de terre, chanvre et paille. Une paroi qui permettra de doubler le mur d’une maison à ossature bois pour améliorer l’isolation de la construction. La terre peut aussi servir de matériau de remplissage entre des banches pour réaliser des murs.

Une température régulée. Les enduits des murs intérieurs peuvent être réalisés en terre crue. « L’atout de l’enduit est sa capacité à réguler l’hygrométrie de la maison », explique Basile Cloquet, architecte-chercheur et formateur chez Amaco. « Si l’air est trop sec, la terre crue relâche de la vapeur d’eau. » Le sol de la maison peut être aussi conçu avec un béton d’argile qui nécessitera un traitement de la surface pour obtenir une bonne résistance. Un revêtement de sol qui permettra un déphasage plus important.

Matériau millénaire, la terre crue permet de réaliser des briques servant à la construction de murs.

Des artisans à former. Performante, la terre crue est très peu utilisée dans l’habitat individuel, excepté dans le domaine de l’autoconstruction où des particuliers construisent eux-mêmes leur maison. L’appropriation de la terre crue passera par une formation des artisans aux techniques d’utilisation de ce matériau millénaire. « La culture de la terre crue doit se développer dans toute la filière, que ce soit les électriciens, les plombiers », analyse Basile Cloquet. « Le bois qui était confronté à la même situation a réussi à revenir dans le secteur de la construction. » L’augmentation des demandes de formations sur les usages de la terre crue venant des centres de formation des apprentis (CFA) et des architectes témoigne d’un intérêt croissant.

Une fabrication moins énergivore

Les matériaux traditionnels comme la brique de terre cuite et le parpaing n’ont pas l’intention de se faire distancer sur le terrain de la réduction des émissions carbone. Les industriels de la terre cuite travaillent ainsi depuis de nombreuses années à la diminution de leurs consommations énergétiques de leurs usines, synonyme de dépenses importantes. La production de briques nécessite en effet l’utilisation de fours chauffés à une température élevée comprise entre 800 et 1 000 ° C. « Nous avons optimisé nos processus de fabrication en isolant nos fours, récupérant l’énergie pour alimenter nos séchoirs », détaille Céline Ducroquetz, déléguée générale du groupement brique à la Fédération française des tuiles et briques (FFTB). « Nous avons ainsi réduit de 37 % nos émissions de CO2 depuis vingt ans. »

Les fabricants de tuile terre cuite ont fortement réduit leurs émissions carbone en diminuant la consommation énergétique de leurs fours et séchoirs.

Diminuer les énergies fossiles

Mais pour atteindre l’objectif de la neutralité carbone en 2050 que s’est fixé la France, les industriels devront faire plus. La filière a conçu le programme « Plan usine bas carbone 2050 ». Le principe ? Identifier les technologies de rupture qui pourront s’adapter aux usines existantes afin de remplacer les énergies fossiles. Les fours et séchoir utilisent à 75 % le gaz naturel et 11 % des besoins sont actuellement couverts par des énergies renouvelables (biogaz issu de la combustion des déchets ménagers et biomasse notamment). Les industriels étudient plusieurs pistes pour réduire leurs émissions carbone comme l’hydrogène, les granulés de bois ou encore le développement du biogaz. Ces technologies devraient pouvoir être testées en 2025. « Les process industriels devront être adaptés à l’argile présent à proximité des usines et à la disponibilité des sources d’énergie dans les territoires où les sites industriels sont implantés », prévient Céline Ducroquetz.

Objectif recyclage

La filière béton cherche, elle aussi, à diminuer ses émissions carbone. Des industriels proposent déjà des bétons ayant une faible teneur en carbone, que ce soit pour couler les fondations de la maison ou fabriquer des parpaings nécessaires à l’édification des murs porteurs. L’utilisation de granulats recyclés dans la production de béton ou de blocs réduit également l’empreinte carbone. Ces granulats de béton provenant soit de la récupération de granulats concassés, soit de granulats provenant de la démolition de bâtiments entrent dans la fabrication du béton et celle des parpaings. Ces derniers feront d’ailleurs prochainement l’objet d’une certification NF. Garantissant au constructeur la conformité du produit à une norme, les performances du béton sont ainsi attestées.

Les industriels ont développé des bétons bas carbone pour diminuer leurs émissions de CO2.

Augmenter le stockage du carbone

À l’instar du secteur de la brique terre cuite, la filière béton s’est engagée dans un projet d’envergure : Fast Carb. Démarré en 2018, ce dernier consiste à augmenter la capacité de stockage en CO2 du béton recyclé. « Le béton absorbe naturellement du carbone (NDLR : phénomène de la carbonatation) », décrit François Jacquemot, responsable du pôle matériaux au Cerib (Centre d’études et de recherches à l’industrie du béton). « Mais lorsqu’il arrive en fin de vie, le béton n’est pas totalement carbonaté. Ces granulats pourraient absorber du CO2 pendant dix ans. Ce projet permettra d’accélérer la carbonatation des granulats afin de stocker plus de carbone. »

Alliés pour la RE 2020

Ces investissements engagés par les filières béton et terre cuite devraient permettre au parpaing et à la brique d’être utilisés à l’horizon 2031 à condition que des matériaux biosourcés soient aussi employés. C’est en tout cas ce qu’a annoncé le ministère de la Transition écologique lors de la présentation des modalités d’entrée en vigueur de la RE 2020 en février. Parfois opposés, matériaux traditionnels et biosourcés pourraient s’avérer des alliés pour atteindre les objectifs fixés par cette nouvelle réglementation. 

La préfabrication aidera les biosourcés
Si les matériaux biosourcés sont pour le moment peu utilisés en maison individuelle, les pratiques des constructeurs pourraient changer avec le développement de la préfabrication réalisée en atelier.
C’est en tout cas la conviction de Marion Chirat, experte bâtiment et environnement chez Karibati : « Ces matériaux sont sensibles à l’eau. La préfabrication évitera les désordres sur le chantier et facilitera leur mise en œuvre. Les matériaux biosourcés deviendront plus compétitifs ! » L’emploi des matériaux biosourcés devrait être aussi facilité par le nombre croissant de FDES réalisées par les industriels.
Ces fiches de déclaration environnementale et sanitaire sont indispensables aux bureaux d’études thermiques pour évaluer les émissions carbone générées par ces matériaux. Faute de ce document, ce sont des valeurs par défaut, très pénalisantes pour la performance énergétique de la maison, qui sont prises en compte pour réaliser l’étude thermique, nécessaire à l’obtention du permis de construire. « Depuis deux ans, beaucoup de FDES de matériaux biosourcés sont réalisées », observe Marion Chirat.
« Les acteurs rattrapent leur retard. »