Une maison neuve étanche à l'air

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Pour assurer une haute performance aux maisons neuves, la Réglementation thermique actuelle (RT 2012) leur impose, outre une forte isolation, une étanchéité renforcée. Comment ça marche ?

Bien isolée, la maison doit être aussi étanche à l'air. La RT 2012 qui sera remplacée par la RE 2020 à l'été 2021 impose une étanchéité renforcée. Plus précisément, le débit de fuites d'air de l'extérieur vers l'intérieur doit obligatoirement rester en dessous de 0,6 mètre cube par mètre carré de paroi et par heure, un chiffre maintenu avec la RE 2020. Ce qui représente un trou de la taille d'un CD. Avec la précédente réglementation thermique, la RT 2005, l'étanchéité n'était pas aussi stricte. Les fuites d'air étaient équivalentes à une fenêtre ouverte en permanence !

Cette étanchéité renforcée imposée par la RT 2012 est source de grosses économies d'énergie. « On peut comparer les fuites d'air à des micro-fenêtres », explique-t-on chez Ubat, un bureau d'études thermiques qui réalise des tests d'étanchéité. « Si cette multitude de fenêtres reste ouverte, une grande quantité d'air chaud sort de la maison. Il faut alors chauffer l'air entrant qui est plus froid. » La RT 2012 insistant aussi sur l'isolation, les maisons neuves d'aujourd'hui consomment trois à cinq fois moins d'énergie que les villas anciennes.

Une membrane étanche peut être installée dans les combles pour diminuer les entrées d'air parasite.

Maison neuve : étanchéité sous contrôle

L'étanchéité de la maison est contrôlée à la fin du chantier par une société spécialisée. « Le test d'étanchéité doit obligatoirement être réalisé par un professionnel reconnu compétent par le ministère en charge de la construction, indépendant du demandeur ou des organismes impliqués dans l'exécution, la maîtrise d’œuvre ou la maîtrise d'ouvrage », explique le bureau d'études Senova. Le prix, aux alentours de 500 €, est intégré dans le Contrat de construction-loi de 1990 pour ceux qui signent ce document. Pour les autres cadres juridiques, il faudra le budgéter. A noter : la liste des entreprises habilitées est disponible sur www.qualibat.com (rubrique Liste mesureurs).

Comment le test d'étanchéité est-il réalisé ? D'abord, le professionnel obture les bouches de ventilation. Ensuite, il met en place une porte soufflante dite " blower door ". Elle met la maison en dépression par rapport à l'air extérieur. Puis le professionnel détecte les points de fuite et mesure le débit d'air avec des instruments dédiés. On l'a dit, les fuites ne doivent en aucun cas dépasser le plafond de 0,6 mètre cube par mètre carré de paroi et par heure. Pour être sûr de le respecter, le constructeur fait réaliser des tests intermédiaires à différents moments du chantier (pose des menuiseries par exemple).

Le test de la porte soufflante permet de vérifier si la maison respecte les plafonds d'étanchéité imposés par la RT 2012.

Constructeurs : l'agrément perméabilité
Certains constructeurs se sont engagés dans une démarche qualité rigoureuse et dument contrôlée par un organisme certificateur agréé par les pouvoirs publics. Ils bénéficient ainsi d'un " agrément perméabilité " qui garantit que leurs maisons, par principe, affichent un débit de fuites d'air inférieur au seuil des 0,6 mètre cubes par mètre carré de paroi et par heure. A la réception de la maison, ils fournissent un certificat spécifique à leur client, garantissant que la maison est bien conforme.

Comment construire une maison étanche ?

Pour limiter l'entrée d'air extérieur, il faut traiter l'intégralité de la maison. Les entreprises disposent de produits dédiés à l'étanchéité comme des boîtiers électriques ou des trappes d'accès pour le grenier. Des membranes sont aussi commercialisées pour recouvrir l'isolant, qu'il soit posé en toiture ou sur les murs. « Mais ce type de produit coûtant environ 1.500 à 2.000 € le mètre carré, la plupart des professionnels préfèrent s'en passer », observe le bureau d'études Bastide et Bondoux, une entreprise qui réalise des études thermiques pour la conception des maisons. Autre solution : un revêtement intérieur élaboré à base de gypse qui est projeté sur les murs pour boucher les petits trous apparaissant sur la maçonnerie.

Les isolants d'aujourd'hui concourent à l'étanchéité de la maison.

Mais aussi efficaces soient-ils, ces produits doivent être correctement posés pour assurer une bonne étanchéité. La qualité de la mise en œuvre est en effet l'une des clés du succès. En suivant à la lettre le DTU – le document technique unifié qui décrit la mise en œuvre –, les entreprises limitent les entrées d'air sans utiliser des produits dédiés à l'étanchéité. Les artisans devront par exemple réaliser un joint à la jonction entre le bas de la plaque de plâtre et le sol pour éviter les entrées d'air dans les pièces. De même, un joint devra être effectué entre la maçonnerie et les fenêtres.

Des artisans formés à l'étanchéité par les constructeurs

Pour sensibiliser les artisans à l'importance de l'étanchéité, les constructeurs invitent leurs sous-traitants à des formations dispensées par des sociétés réalisant les tests d'étanchéité. Au menu : formation théorique et pratique pour les peintres, plombiers, électriciens. Les professionnels apprennent sur une maison en cours de construction comment limiter les fuites d'air. « Depuis quatre ans, la situation a bien évolué, analyse-t-on au bureau d'études Ubat. Les constructeurs qui ont réalisé des maisons labellisées BBC Effinergie lors de la précédente réglementation thermique, avec une étanchéité imposée de 0,6 m3/h/m², ont pu se préparer à cet objectif. »

La pose des matériaux dans les règles de l'art, un critère fondamental pour l'isolation et l'étanchéité.

Dans la quasi-totalité des cas, la maison satisfait aux règles d'étanchéité imposées par la RT 2012. Selon une étude EDF réalisée sur 88.000 maisons neuves, 74 % d'entre elles sont dans les clous du 0,6 mètre cube par mètre carré de paroi et par heure. 14 % sont à 0,5 mètre cube, 11 % à 0,4 mètre cube et 1 % à 0,3 mètre cube. Bref, la question est aujourd'hui maîtrisée. Logique : celui qui ne respecte pas la RT 2012 (et notamment ses critères d'étanchéité) encourent une amende qui peut aller jusqu'à 45.000 € et jusqu'à six mois de prison en cas de récidive. A noter : en contrat de construction-loi de 1990, cette responsabilité pèse sur le constructeur.