Les constructeurs bretons aiment relever les défis. Grâce à une politique active de recherche et de développement, à un partenariat poussé avec les industriels du bâtiment et les bureaux d'études, ils ont passé sans encombre le cap de la Réglementation environnementale 2020 (RE 2020), qui régit la construction depuis le 1er janvier 2022. Un texte aussi novateur qu'exigeant puisqu'il renforce la performance des maisons tout en réduisant leur empreinte carbone et en améliorant le confort d'été. Reste que cette politique dinnovation va bien au-delà de laspect technique et réglementaire. Les constructeurs bretons misent sur le confort et l'habitat connecté, soignent lexpérience client et proposent de nombreux services pour faciliter les projets.
La conception bioclimatique
La première clé de la RE 2020, cest la conception bioclimatique. Essentielle, elle réduit les besoins énergétiques de la maison et la rend agréable à vivre en été. Et dans ce domaine, les constructeurs bretons sont passés maîtres. « En Bretagne comme ailleurs, pour y parvenir, nous privilégions le Sud et suivons la trajectoire du soleil pour distribuer les autres pièces de la maison », note David Renaud, directeur technique des Maisons den France Bretagne.
Chez Maisons de lAvenir, le concept Bâti Activ offre jusquà 30 % de surfaces vitrées exposées au Sud en plus. « Cette conception permet de profiter du soleil en hiver et de sen protéger lété. Ainsi, la chaleur récupérée permet de diviser par deux les besoins en énergie primaire, voire de supprimer le chauffage », explique Hermann Genouël, directeur général de cette marque du Groupe Hexaôm qui a construit sa première maison à énergie positive en 2007 dans le Finistère et qui a mis Bâti Activ sur le marché dès 2018.
Dans une maison bioclimatique, les autres pièces peuvent évidemment être exposées à lOuest ou à lEst, voire au Nord sil sagit de pièces secondaires : local technique, salle de bains... « Il faut éviter le plus possible lorientation au nord, car les préconisations de la RE 2020 nous obligent à être encore plus rigoureux en matière dorientation », lance Mathieu Larnicol, directeur des Maisons Elian. Un travail dautant plus crucial que les terrains, aujourdhui, se font plus petits, notamment en lotissement.
Une exposition à louest ou à lest est envisageable au regard de la RE 2020. « Mais dans ce cas, nous devons prévoir plus disolation, mettre en quelque sorte un pull à la maison pour compenser la perte de calories engendrée par une exposition moins avantageuse », note encore David Renaud. « Il faut savoir que si lon tourne la maison de 90° et que les baies vitrées du séjour se retrouvent à louest, on augmente de 15 % les besoins en chauffage », explique de son côté Didier Clémot, directeur de Maisons Création (groupe Launay).
Pour répondre aux exigences damélioration du confort dété, autre exigence de la RE 2020, les constructeurs innovent dans la conception de leurs maisons. Il suffit par exemple de prévoir des maisons traversantes, cest-à-dire offrant des ouvertures sur deux façades différentes, de manière à pouvoir provoquer des courants dair en saison chaude. Ce qui suffit à faire baisser, naturellement, la température des pièces de quelques degrés.
Des architectures plus rationnelles
Chez la plupart des constructeurs, cest le règne des maisons compactes, proches du carré ou du rectangle. La RE 2020 naime pas les formes audacieuses, les décrochés de façades. Le principe : plus larchitecture est sophistiquée, plus la surface de murs est importante, plus les besoins en isolation sont élevés, plus létanchéité doit être surveillée. Autre atout de ces maisons compactes : elles sont plus faciles à implanter sur des terrains désormais plus petits. Car en Bretagne, on cherche aussi à économiser le foncier.
Pour autant, pas question de standardiser les styles, de généraliser les cubes. « Nous parvenons tout de même à concevoir des maisons assez audacieuses, sans limiter les superficies », relève Régis Croguennoc, directeur technique chez Trecobat, constructeur breton bien connu pour ses innovations (vitrage à contrôle solaire, ventilation anti Cov/CO2, portes de garage connectées ) et ses nombreux prix obtenus lors des concours professionnels. Mais dans ce cas, ces maisons nécessitent une isolation renforcée et un traitement poussé de létanchéité.
Si la technique et linnovation comptent, les maisons doivent aussi se conformer aux plans locaux durbanisme des communes et bien souvent aux prescriptions des architectes des Bâtiments de France. Or, dans cette région où une église nest jamais loin, des règles exigeantes dintégration dans le site doivent être respectées. Et puis les constructeurs doivent tenir compte des souhaits de leurs clients. Une équation qui trouve sa solution dans la connaissance quont les professionnels de leur secteur, dans un partenariat étroit avec les bureaux détudes, mais aussi dans un dialogue constant avec les acquéreurs.
Des matériaux respectueux de l'environnement
Les constructeurs bretons emploient des matériaux plus respectueux de lenvironnement. « Des fournisseurs sont capables de produire du béton bas carbone qui divise par six les émissions de CO2 », observe Didier Clémot. « Cest dans le domaine des matériaux que les innovations sont les plus importantes, confirme Régis Croguennoc, par exemple, monter un mur en parpaings classiques consomme beaucoup de mortier fabriqué à partir deau, de sable, de ciment ou de béton. Or les grains de sable mettent des milliers dannées à se former. Pour continuer à lutiliser, nos fournisseurs ont conçu des blocs dits rectifiés solidarisés par un mortier-colle ou joint mince, qui permet déconomiser leau et les matériaux. »
Partageant cet avis, Mathieu Larnicol ajoute : « la pose sur joint mince permet aussi de bâtir un mur plus isolant car plus étanche. » Cette technique nécessite toutefois une plus grande rigueur de pose. Les soubassements doivent être parfaitement horizontaux pour assurer lélévation du mur dans les règles de lart. Les conducteurs de travaux sont vigilants sur cette question et les équipes de pose des artisans sont spécialement formées.
La brique, également employée dans la région et elle aussi montée sur joint mince, limite son impact environnemental. Elle relève dune logique de production en circuit court. Les fours qui servent à la cuire sont alimentés par des vieux papiers ou par des combustibles issus de la biomasse (matières issues de lagriculture notamment). Des apports combustibles qui contribuent à réduire la consommation énergétique de 10 à 15 %, tout en participant au recyclage de ces ressources. La performance est quant à elle au rendez-vous. Les briques sont dites alvéolaires : elles intègrent des alvéoles remplies dair, améliorant leurs capacités isolantes.
Lisolation se place sous ce même signe du développement durable. Les solutions classiques comme les laines minérales se font de plus en plus performantes pour réduire les quantités utilisées. Elles sont aussi recyclables. Et les solutions biosourcées comme la ouate de cellulose, le chanvre, la paille conquièrent des parts de marché. « Pour notre concept Bâti Activ, nous allons chercher des isolants plus performants comme la ouate de cellulose fabriquée à partir de papier recyclé », confirme Hermann Genouel.
Le succès de la maison bois
La maison bois, quant à elle, gagne du terrain en Bretagne. Lactivité dédiée à ce matériau représente 20 % du chiffre daffaires de Trecobat et devrait atteindre dici peu la barre des 30 %. « Sil faut 40 000 ans pour quun grain de sable naisse, il ne faut que 40 ans pour obtenir du bois à maturité, matériau plus vertueux que dautres puisque renouvelable et transformé en France. Nous avons dailleurs deux usines automatisées qui fabriquent des murs à ossature bois répondant aux exigences de la RE 2020, indique Régis Croguennoc, il sagit pour nous de produire plus de maisons bioclimatiques tout en réduisant les coûts grâce à la préfabrication. »
Maisons de lAvenir mise aussi sur le bois avec sa gamme Bâti Activ qui se décline en version ossature bois utilisant du pin Douglas certifié PEFC (gestion durable de la ressource). « Le bois est douze fois plus isolant que le béton », explique Hermann Genouël. « Il limite les ponts thermiques et constitue un excellent isolant acoustique. Le procédé dassemblage des panneaux ne nécessite quasiment pas deau et aucun temps de séchage, réduisant les temps de chantier. Et le bois a un impact bénéfique sur la santé. » La maison bois représente 7 % du marché en Bretagne. Pour la promouvoir, Maisons de lAvenir a bâti plusieurs maisons témoins en Bretagne (Auray, Brest, Dinan) et en Loire-Atlantique (Haute-Goulaine).
Autre matériau qui tend à se développer : la paille. Le constructeur Maison den France Bretagne sy attèle. « Nous venons dêtre sollicités par les collectivités locales pour réaliser sept maisons expérimentales en bois et paille », explique David Renaud. La structure est en ossature bois et cest la paille qui se charge de lisolation. Un procédé aussi écologique que performant. En Bretagne, il existe plusieurs spécialistes de la paille comme la Scop Echopaille. Rappelons que ce matériau bénéficie de ses propres règles professionnelles codifiées et homologuées et font désormais partie des techniques courantes en matière de construction.
Des équipements de chauffage plus vertueux
En Bretagne, la pompe à chaleur (Pac) équipe les deux tiers des maisons neuves. « Dans un climat océanique comme lest celui de la région, la Pac est tout à fait appropriée avec par exemple un plancher chauffant au rez-de-chaussée et un plafond rayonnant à létage », note Philippe Fray des Constructions du Golfe. Associée à un bâti très performant, cette solution permet de faire beaucoup déconomies. « En règle générale, une maison neuve de 110 m² bâtie en Bretagne consomme 100 € par mois en énergie, chauffage, eau chaude, auxiliaires, abonnements et matériels inclus », explique Régis Croguennoc.
Avec la RE 2020, le gaz va disparaître. Une exception : dans les lotissements raccordés à cette énergie et dont le permis daménager a été déposé avant le 1er janvier 2022, il reste possible déquiper les maisons de chaudières à condensation jusquà la fin de 2023. Pour continuer à proposer cette solution, des constructeurs comme Maisons den France Bretagne sintéressent de près à la pompe à chaleur hybride, mi-électrique, mi-gaz et travaille aussi à une solution poêle à bois avec répartition de la chaleur via des conduits daération. Même option pour Maisons Elian. « Nous pouvons employer le poêle à granulés pour les petites maisons et la pompe à chaleur pour les plus grandes », lance Mathieu Larnicol.
La qualité de lair intérieur fait lobjet dune grande attention. Les constructeurs emploient des VMC de dernière génération, des installations munies de capteurs qui augmentent le débit lorsque les polluants saccumulent dans la maison. Un autre équipement gagne du terrain en Bretagne : la ventilation mécanique par insufflation. Elle puise lair extérieur en un seul point, le filtre et linjecte dans la maison. Cette dernière est mise en légère suppression, facilitant lévacuation de lair intérieur vicié et son remplacement par un air propre. Autre solution qui a le vent en poupe : les cloisons ou peintures dépolluantes, qui éliminent la plupart des substances toxiques.
Maisons connectées
L'habitat connecté sest beaucoup démocratisé et son utilisation est devenue très simple. Avec les solutions daujourdhui, le chauffage, léclairage se pilotent et se programment pièce par pièce, en fonction des besoins des occupants. Ces installations commandent également le portail, la sécurité Il suffit dinstaller une box spécifique et tous les appareils peuvent dialoguer et obéir au doigt et à lil. Tous les constructeurs sont en mesure de proposer ces dispositifs qui facilitent la vie.
Ces solutions connectées favorisent la conformité des maisons neuves à la RE 2020. « Volets et brise-soleil, pourvus de moteurs et pilotés par des capteurs, souvrent tout seuls en hiver pour récupérer les calories solaires et se ferment en été pour éviter de faire entrer la chaleur », explique David Renaud. De quoi économiser davantage d'énergie, mais aussi satisfaire aux exigences de confort dété imposées par la RE 2020.
Les constructeurs proposent aussi des services digitaux qui facilitent la réalisation du projet. La maison est créée puis visualisée via les outils numériques, elle est chiffrée, le contrat de construction-loi de 1990 est ensuite édité et peut se signer de façon numérique. Les documents sont stockés dans un coffre-fort virtuel et une messagerie instantanée permet de dialoguer avec les équipes du constructeur. Le premier à avoir créé ce type de Service, cest Trecobat avec Nestor Ma Maison et Moi. Le constructeur a également créé Trekéa, une plateforme sécurisée déchange entre les différents intervenants du projet (constructeur, banque, notaire, acquéreur ) pour gagner du temps en synchronisant les différentes étapes du projet.
Enfin, les constructeurs accompagnent de plus en plus les maires pour les aider à concevoir des petits quartiers de maisons de ville favorisant la densification urbaine, le tout à prix maîtrisés. « Ce sont des projets de longue haleine trop importants pour que les municipalités sen chargent seules, mais trop petits pour intéresser des promoteurs », note Mathieu Larnicol. Maisons de lAvenir propose une offre similaire avec Maisons de lAvenir City. De quoi favoriser laccession à la propriété des ménages modestes en économisant le foncier, une matière première rare en Bretagne comme dans toutes les régions de France.
par Christine Lambert
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