Solutions pour bâtir en Champagne-Ardennes

Très prisée pour son cadre de vie et sa proximité d’avec la nature, cette région suscite bien des vocations chez les candidats à la maison neuve. Comment les constructeurs répondent-ils à cette forte demande ? Nous avons mené l’enquête…

© LEPhoto/Shutterstock

De l’Aube avec Troyes aux Ardennes avec Charleville-Mézières en passant par la Marne et la Haute-Marne avec Reims et Saint-Dizier, la région Champagne-Ardenne, qui aujourd’hui fait partie du Grand-Est, s’étend des confins de l’Île-de-France au massif boisé des Ardennes. Deux agglomérations seulement, Reims et Troyes, dépassent les 100 000 habitants. Le reste de la région est constitué de villes moyennes et de villages s’égrenant entre les vignobles champenois, les champs de betteraves sucrières ou de chanvre et les parcelles céréalières.

Dans cette région à forte ruralité, « la maison fait partie de la vie et reste un pilier de l’accession à la propriété. On commence par une maison simple et disposer d’un toit bien à soi pour cheminer ensuite avec une maison plus grande, davantage architecturée, avec plus de prestations », confie Xavier Dereeper, président régional du Pôle Habitat de la Fédération française du bâtiment, LCA/FFB, et dirigeant de la société Villacréa. Reste à concrétiser ces envies. Du terrain aux prix en passant par l’architecture, les plans et les prestations, visite d’une région constructive.

Architecture : un choix très ouvert

Pour une maison totalement sur mesure, le constructeur part d’une page blanche et échange avec le futur acquéreur pour connaître ses besoins, ses envies et lui faire exprimer ses désirs architecturaux. Pour une maison personnalisée à partir de modèles existants dans la base de données du constructeur, la démarche procède également du dialogue, mais sera moins aboutie. Cette solution permet de créer une maison de caractère en maîtrisant davantage les prix.

Quelle que soit la solution choisie, l’acquéreur doit avant tout se souvenir qu’en matière d’architecture, tout n’est pas permis. « Nous devons composer avec les plans locaux d’urbanisme et les impositions des architectes des Bâtiments de France pour respecter les codes architecturaux locaux. Dès l’instant où cette approche est faite très en amont et bien expliquée aux acquéreurs par des constructeurs qui connaissent leur secteur, elle est facilement acceptée par les familles », explique Myriam Dupont, directrice générale du groupe Bâti Champagne.

D’une façon très générale, trois tendances se détachent : le style traditionnel, le contemporain et de plus en plus un mélange de ces deux architectures. « Dans l’agglomération troyenne, les maisons sont le plus souvent traditionnelle avec des toitures à deux ou quatre pans sur des maisons en brique et de plain-pied », indique Ludovic Pannetier, manager commercial chez Hexaôm. « Du côté de Reims, les architectures se font moins linéaires et se développent sur deux niveaux. » Les tuiles adoptent le rouge, mais peuvent aussi être quasiment noires et s’accompagnent de menuiseries blanches ou anthracite, le tout étant coordonné pour davantage d’harmonie.

En jouant la carte plus contemporaine, certains acquéreurs s’affranchissent du style néoclassique pour basculer sur une toiture terrasse. « Dans la mesure où il est autorisé, le toit-terrasse est recherché par des acquéreurs voulant se faire plaisir. Il peut se transformer en rooftop avec jacuzzi ou lieu végétalisé », remarque Xavier Dereeper. Une toiture végétalisée peut être demandée par certaines municipalités, tout comme des menuiseries dans les tons gris souris, des enduits de couleur beige ou jaune plus ou moins soutenu, des parements en pierre naturelle…

Pour ceux qui hésitent entre tradition et modernité, il existe, côté toiture, la solution mixte avec une partie à pans et l’autre en toit plat, sur le garage par exemple. Sur les façades, compte tenu des mesures environnementales en cours, de larges baies ou portes vitrées, aux menuiseries noires ajoutent une touche contemporaine. Là encore, les constructeurs nouent la carte de l’harmonisation des couleurs pour une demeure qui va marier caractère et insertion réussie dans l’environnement.

Intérieurs : un cocon connecté

Si la maison reste la forme d’habitat préférée des habitants de la région, si les envies d’espace et de confort ont été renforcées par la pandémie, les attentes ont aussi évolué. Jeune couple qui pose sa première pierre, familles recomposées, grande tribu avec sa nichée d’enfants, chacun doit pouvoir trouver un toit qui répond à ses besoins et qui cadre avec son budget. Les constructeurs ont ainsi multiplié les propositions, aboutissant à une offre très variée.

Ces maisons, pour diversifiées qu’elles soient, partagent un point commun : elles intègrent une grande pièce de vie pour recevoir amis ou famille. « La pièce centrale est un espace incontournable depuis des années, synonyme de regroupement familial où chacun trouve sa place dans le living ou dans la cuisine », reconnaît Alexandre Choquet, responsable régional chez Maisons d’en France. La cuisine est souvent prolongée par une terrasse couverte pouvant servir de cuisine d’été.

Un espace pour le télétravail fait partie des nouvelles demandes. Il peut être rattaché à la pièce de vie avec une verrière délimitant ce coin très studieux. Parfois, c’est une chambre qui est affectée en bureau. « La qualité du débit internet des villes ou des communes est de plus en plus vérifiée par les acheteurs et fait partie des critères primordiaux du choix de l’adresse de la maison », indique Ludovic Pannetier. Un très haut débit ne sert pas seulement à travailler ou à suivre des cours. Séries TV, services en ligne, mieux vaut que ça marche. D’autant que la connectivité est de plus en plus présente pour la gestion des volets roulants, des lumières, de la télésurveillance…

La suite parentale avec salle d'eau et dressing s’avère incontournable et préserve l’intimité des parents. La taille de la salle de bains familiale ne change pas mais les prestations évoluent : w.-c. suspendus, baignoire balnéo, douche à jet relaxant ou à faible débit… « Dans les très grandes maisons sur mesure, les acquéreurs n’hésitent plus à aménager un grand palier en espace lecture, une pièce pour un home cinéma, un hammam, un sauna », confie Xavier Dereeper. Dans un registre plus pratique, l’espace où est installée la pompe à chaleur fait office de buanderie, libérant ainsi de la place dans la cuisine ou la salle de bains.

RE 2020 : des maisons plus responsables

Depuis le 1er janvier 2022, les maisons neuves obéissent à la réglementation environnementale RE 2020. Le but de ce texte exigeant : diminuer la facture énergétique, améliorer le confort d’été et réduire l’empreinte carbone. Le volet énergie était déjà pris en compte par l’ancienne réglementation, la RT 2012. Mais là, c’est la consommation de toutes les énergies primaires qu’il faut réduire, à savoir le chauffage, la production d’eau chaude, l’éclairage, la ventilation.

Pour respecter cette RE 2020, les constructeurs insistent sur l’efficacité du bâti. Ils emploient notamment des briques et des blocs béton de dernière génération. Des maçonneries le plus souvent montées sur joint mince pour accroître leurs qualités thermiques. Ils associent à ces murs performants des isolants de haute qualité. Les planchers, mais aussi les combles font l‘objet d’un soin particulier. Les professionnels travaillent également sur l’orientation pour optimiser les apports naturels.

En Champagne-Ardenne, c’est la pompe à chaleur qui est majoritairement utilisée pour le chauffage, associée à un ballon thermodynamique pour la production d’eau chaude. « Pour un meilleur confort, nous conseillons des pompes à chaleur air-air qui permettent de chauffer l’hiver et de rafraîchir l’été, ce qui est très apprécié lors des pics de chaleur », souligne Xavier Dereeper.

L’un des points forts de la nouvelle réglementation reste l’optimisation du confort d’été. Les maisons sont équipées de casquettes ou des brise-soleil. Protection qui s’avère insuffisante pour lutter contre les épisodes caniculaires. « Désormais, avec les maisons connectées et intelligentes, les volets se pilotent à distance ou s’ouvrent et se ferment en fonction de l’intensité du soleil », explique Alexandre Choquet. Très efficace, cette solution permet aux maisons de rester vivables lors des épisodes de forte chaleur sans recourir à la climatisation.

La RE 2020 vise également à minimiser l’empreinte carbone. « Nous utilisons des circuits courts pour nos maisons en nous fournissant dans la région pour les tuiles, dans l’Est pour les briques, en Vendée pour les menuiseries… », révèle Myriam Dupont. S’il reste possible d’opter pour des matériaux biosourcés, ces derniers sont pénalisés par un coût encore élevé. À noter : le soin particulier apporté à la qualité de l’air intérieur.

La ventilation est posée avec une grande rigueur, ses performances étant vérifiées à la réception (c’est une nouveauté apportée par la RE 2020). Il est possible d’installer des VMC double flux ou des ventilations mécaniques par insufflation, des dispositifs qui filtrent l’air et le débarrassent des poussières, pollens et autres substances chimiques. Nombre de fabricants proposent des plaques, cloisons et autres peintures dépolluantes, des solutions efficaces pour éliminer les composés organiques volatils (Cov) si nuisibles pour la santé.   

Maison : combien ça coûte ?

De plain-pied en secteur rural, à étage en environnement urbain ou semi-urbain, la superficie moyenne de la maison en Champagne-Ardenne est de 120 m² avec quatre chambres et correspond à celle de la France entière. Hors budget peinture et hors terrain, les prix évoluent entre 1. 600 et 1 800 €/m² avec des valeurs plus soutenues, au-delà de 2 200 €/m² pour des maisons passives et le haut de gamme. Certains constructeurs proposent toutefois des maisons de surface inférieure à 90 m², destinées plus spécifiquement à un premier achat. C’est le cas, par exemple, de « Focus 75 » chez Babeau Seguin : 75 m² habitables, deux ou trois chambres et un garage autour de 80 000 €.

Le prix va dépendre de la surface de la maison, mais aussi de son architecture : « plus celle-ci est spécifique avec des décrochés de façade, des demi-niveaux ou une toiture-terrasse, plus l’investissement sera conséquent », explique Ludovic Pannetier. Il faut aussi se souvenir que la RE 2020 peut avoir un impact. Avec des formes complexes, il faudra sans doute renforcer l’isolation, ce qui risque de faire monter les prix. Dans ces conditions, les ménages optent souvent pour des formes plus simples, qui sont aussi plus accessibles sur le plan financier. 

La réflexion sur le prix doit être globale. Il faut notamment tenir compte des prestations qui ne sont pas incluses dans le contrat de construction-loi de 1990, comme les peintures et les finitions que les acquéreurs se chargent de réaliser eux-mêmes, ou encore de certains éléments d’aménagement qui relèvent du haut de gamme (carrelages à très grands carreaux, escaliers en ferronnerie, etc.). Attention également à l’aménagement du jardin, qui nécessite lui aussi de prévoir un budget. Le mieux, c’est encore d’anticiper, de calculer le budget en amont en gardant une marge de manœuvre au cas où. Un conseil valable dans toutes les régions de France.

Elisabeth Lelogeais

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