Sols difficiles : à chacun sa fondation

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Tous les sols ne se valent pas ! Un sol marécageux ou rocheux nécessitera des fondations particulières. Nos conseils pour construire sur ces terrains difficiles.

Terrains remblayés, sols argileux, sablonneux, schisteux… Les parcelles ne sont pas toujours de très bonne qualité pour construire sa maison. S’il est toujours possible d’y édifier un bâtiment, encore faut-il choisir la fondation adaptée à la nature du sol en réalisant une étude de sol. Le sol doit être en effet capable de supporter le poids de votre habitation. Dans le cas contraire, des fissures risquent d’apparaître sur les murs, le carrelage du sol, rendant parfois votre maison inhabitable ! Focus sur les principales fondations utilisées en maisons individuelles.

Le pénétromètre dynamique permettra d'évaluer la capacité du sol à supporter le poids de la maison.

La semelle filante. Il s’agit d’un support en béton armé qui sera coulé sous les murs de la maison. Cette technique sera retenue à la seule condition que ces fondations puissent être réalisées sur une couche du sol, située à une profondeur d’environ 2 m, capable de supporter le poids de l’édifice, caractérisée par sa portance.

Le radier. Après avoir décaissé le terrain, un géotextile sera déroulé sur l’emprise du radier. Différentes couches de graviers y seront compactées. Une dalle de béton armé d’une épaisseur comprise entre 22 et 25 cm sera ensuite coulée dessus. « Le radier est préconisé pour des sols de faible portance et homogène comme des marais par exemple », explique Gaëtan Vezin, commercial chez GPH qui réalise des études de sol pour le compte des constructeurs de maisons individuelles. « Un radier pourrait s’apparenter à l’utilisation d’une raquette sur la neige poudreuse qui éviterait à la maison de s’enfoncer. »

Les pieux seront surmontés d'une platine sur laquelle les poutres accueillant le plancher seront fixées.

Le puits. Il s’agit d’un trou creusé à une profondeur comprise le plus souvent entre 2 et 6 m dans lequel sera coulé du béton. Ce dernier sera armé si la maison est soumise à un risque modéré de séisme. Des longrines - poutres en béton armé - seront ensuite posées sur ces puits avant d’y construire dessus les murs porteurs. « S’il n’est pas possible de concevoir une semelle filante, car le bon sol est situé à une profondeur trop importante, le puits sera choisi. C’est notamment le cas des terrains rocheux », explique Gaëtan Vezin qui rappelle que le nombre de puits sera plus élevé dans le cas d’une maison à l’architecture complexe qui serait composée de volumes décalés par exemple.

Les micro-pieux. Ce sont des tubes en acier qui seront placés dans des trous réalisés à l’aide d’une foreuse. Un coulis de ciment sera injecté à l’intérieur ainsi qu’à l’extérieur. Une platine sera fixée dessus pour accueillir des longrines. Ces micro-pieux permettent de traverser des sols de mauvaise qualité pour s’ancrer dans une couche plus résistante, située à une dizaine de mètres. « Il peut s’agir de sols argileux, schisteux, calcaire ou sablonneux. Ces fondations peuvent être aussi mises en œuvre dans des sols remblayés, que ce soit d’anciennes carrières ou décharges, sans oublier des sols de mauvaise qualité ou d’anciennes mares ayant été comblées », détaille Emilie Rigoudy, chargée d’affaires chez AFR qui réalise notamment des micro-pieux. « Cette solution est aussi efficace qu’un pieu, mais moins chère, car elle ne nécessite pas l’usage d’une foreuse de grande taille qui implique en outre la préparation du terrain pour supporter le poids de la machine. »

L'emploi des pieux vissés nécessite une pelleteuse et non une foreuse.

Les pieux métalliques vissés. Créés en 1838, ces ouvrages permettent, comme les micro-pieux, de traverser les sols de mauvaise qualité (argile, limons) pour toucher une couche plus résistante. A l’image d’une perceuse-visseuse, une pelle visse progressivement ces pieux creux en acier à une profondeur atteignant entre 2 et 3 m au minimum et jusqu’à 14 m. « Ces pieux seront remplis de ciment ou d’un mélange de chanvre et de chaux », explique Stanislas Simonenko de la société Aedificantes qui fabrique ses pieux et assure leur pose. « Cette dernière solution est notamment choisie par les acquéreurs de maisons individuelles souhaitant avoir un impact environnemental le plus faible possible. Avec cette technique, le sol n’est pas compacté. Il y a aussi un avantage économique, car les travaux seront rapides : deux à trois jours suffisent pour réaliser vingt-cinq pieux d’une maison. »

Si cette solution est pour le moment méconnue dans l’habitat individuel - ces pieux sont néanmoins utilisés par certaines maisons bois - la donne pourrait changer selon Stanislas Simonenko. Les terrains de moins bonne qualité, délaissés par les acquéreurs, pourraient devenir attractifs, grâce à l’utilisation de ces fondations à un coût jugé acceptable aux yeux de ce professionnel.

Les fondations de la maison doivent s'adapter à la nature du sol sous peine de provoquer des fissures sur les murs de l'habitation.

Lexique
Béton armé : une armature fabriquée en acier qui sera recouverte de béton. C’est l’acier qui donnera à l’ouvrage réalisé sa solidité et sa capacité à résister au poids sans casser même s’il bouge.
Pieux : ouvrage dont le diamètre est supérieur à 300 mm
Micro-pieux : ouvrage dont le diamètre est inférieur à 300 mm.

Cette foreuse permettra de creuser les trous dans lesquels les micro-pieux seront glissés.

L’étude du sol obligatoire pour les sols argile
L’étude de sol est désormais imposée pour la vente de terrains exposés à un risque moyen ou fort de retrait gonflement des argiles. Ces sols contenant de l’argile gonflent de volume lors d’épisodes pluvieux et se rétractent sous l’effet de la sécheresse provoquant des fissures dans la maison en cas de fondations inadaptées.
Le vendeur des terrains concernés doit dorénavant fournir une étude géotechnique préalable dite G1 à son acquéreur depuis le 1er octobre 2020, conformément à la loi Elan. Ce document donne une première analyse des risques géotechniques concernant notamment les mouvements de terrains consécutifs à la sécheresse et à l’hydratation du sol. Le constructeur aura ensuite deux possibilités. Soit il réalise une étude dite G2 AVP (avant-projet) qui définit précisément le type de fondations adaptées à la maison construite. Soit il respecte les techniques particulières de construction définies par voie réglementaire.
Avant de se rendre sur le terrain, l'entreprise géotechnique passera au crible la parcelle grâce à différents sites internet comme www.georisques.gouv.fr. " Nous nous servons aussi de photographies aériennes  pour vérifier si des terrains ont été modifiés. D'anciennes carrières ont pu être remblayées, des mares comblées. Des constructions ont pu être démolies", raconte Jean-Luc Briard, directeur opérationnel d'Esiris Group qui réalise des études géotechniques.
L'entreprise géotechnique demandera au constructeur les plans de la maison ainsi que le plan masse pour déterminer l'emplacement des différents sondages qui devront être effectués sur l'emprise de la future construction. Selon la configuration de la maison, la profondeur des sondages sera en effet différente. " Si l'habitation est construite sur sous-sol, nous devrons sonder jusqu'à 3 m de profondeur ", précise Jean-Luc Briard. Si la maison doit être édifiée en limite de propriété, une reconnaissance de fondations de l'habitation existante doit être réalisée. Si ces dernières sont situées sur le terrain, les fondations de la future maison devront être coulées à la même profondeur sans les toucher. 

S'il est possible de construire sur un terrain remblayé, il faudra prévoir des fondations profondes comme des micro-pieux.

Un terrain à étudier
Avant d’acheter un terrain, contactez un constructeur. Ce professionnel peut venir étudier la parcelle qui vous intéresse. Il pourra vous alerter sur d’éventuelles spécificités du bien comme la présence d’argiles, d’une nappe phréatique ou de remblais. Invisibles à l’œil nu, ces dernières peuvent occasionner des dépenses importantes d’adaptation du terrain comme des fondations particulières. Autant de dépenses qu’il conviendra soit d’intégrer dans votre budget global, soit d’en déduire une partie du prix d’achat du terrain en négociant une baisse avec le vendeur. Une démarche que certains constructeurs acceptent de faire à la place de leurs clients.