Maison en bois : la nature pour ADN

Publié par -

La maison bois pourrait être la grande gagnante de la RE 2020. Les constructeurs spécialisés misent sur cette future Réglementation environnementale pour booster cet habitat qui associe performances énergétiques et vertus environnementales.

Et si la maison bois allait occuper la place qu’elle espère avec l’arrivée de la RE 2020 ? De nombreux acteurs du secteur fondent, en tout cas, de nombreux espoirs sur cette réglementation environnementale, qui remplacera l’actuelle Réglementation thermique 2012 au 1er janvier 2022, pour donner un coup d’accélérateur à ce mode constructif. La maison bois ne représente que 10 % des ventes alors que cet habitat neuf est majoritaire en Amérique du Nord et très développé dans les Pays scandinaves.

Le bardage bois constitue la signature de cette belle maison bois. www.booa.fr

Conception plus pointue

La RE 2020 a renforcé les exigences concernant la conception de la maison qui doit minimiser les besoins en énergie nécessaires à la production du chauffage, l’éclairage et au refroidissement. Ce besoin, appelé besoin bioclimatique (Bbio), doit être inférieur de 30 % par rapport au Bbio défini par l’actuelle réglementation thermique, la RT 2012. Une conception plus poussée qui est déjà monnaie courante chez les constructeurs bois. Ces professionnels sont en effet très vigilants sur l’orientation de la maison en privilégiant une exposition sud pour maximiser les apports solaires. La surface vitrée dépasse d’ailleurs souvent 20 % alors qu’elle doit atteindre au-minimum 16 % de la surface totale de la maison. De grandes baies vitrées sont très répandues offrant un éclairage généreux dans la pièce de vie regroupant cuisine et salon.

La surface vitrée des constructions bois est souvent supérieure aux exigences réglementaires réduisant ainsi les besoins en énergie nécessaires au chauffage par exemple.

Isolation renforcée

Une diminution du besoin de chauffage passe aussi par un renforcement de l’isolation du bâti. Là encore, la maison bois fait figure de bon élève ! L’ossature bois qui constitue le principal mode constructif utilisé est très bien isolée. Des isolants sont ainsi placés entre les montants verticaux constituant les parois de la maison. Des panneaux de fibres de bois seront posés à l’extérieur. Cette isolation thermique de qualité peut être renforcée par la pose d’un bardage qui constitue une enveloppe protectrice autour du bâti. Ce dernier peut être réalisé en bois mais aussi en zinc selon les goûts des acquéreurs et les règles d’urbanisme en vigueur dans la commune. Autre possibilité : un madrier massif d’une épaisseur comprise entre 66 et 90 mm qui sera posé sur l’isolant côté intérieur du logement, une technique notamment utilisée par Guillaumie Construction. A la clé, une consommation énergétique réduite de 40 % par rapport aux exigences réglementaires actuelles.

Un mur « maison » très isolant. Certains constructeurs ont développé leur propre mode constructif à l’instar de Logelis. Installé dans la Drôme, ce dernier a créé le Logiwall®. Il s’agit d’un mur en ossature bois qui enserre une mousse de polyuréthane, un isolant très performant. « Nous livrons à nos clients une maison passive sans avoir le label », explique Sébastien Chavet, directeur commercial de Logelis. Ces habitations dites passives affichent une consommation énergétique inférieure de 15 kWh/m².an pour le chauffage, un chiffre très bas. Fort de cette performance, Logelis se projette d’ailleurs déjà vers le futur label RE 2020 qui fixera des objectifs encore plus ambitieux aux constructeurs souhaitant s’engager dans cette démarche volontaire. 

Dans les maisons bois, la conception bioclimatique est très pointue, un atout qui sera très utile pour la future RE 2020.

Etanchéité à l’air performante

Cette isolation efficace ne va pas d’ailleurs sans une étanchéité à l’air de qualité qui limite l’entrée d’air extérieur parasite, l’air froid nécessitant un surcroît de consommation énergétique pour obtenir la température souhaitée par l’acquéreur. Cette étanchéité à l’air qui fait l’objet d’un test à la livraison de la maison ne doit pas dépasser 0,60 m3(h.m²) soit l’équivalent d’un trou d’une surface d’un CD si les entrées d’air étaient centralisées en un seul point. Dans les maisons bois, une étanchéité à l’air oscillant entre 0,10 et 0,15 m3.(h.m²) n’est pas rare, un score atteint qu’exceptionnellement dans les maisons construites en matériaux traditionnels comme la brique ou le parpaing béton. Le secret de cette performance ? « La qualité de l’étanchéité à l’air est conditionnée par une mise en œuvre minutieuse réalisée en atelier et non sur le chantier », détaille Fabien Gaumy. Ce qui permet aux équipes de travailler à l’abri des intempéries qui peuvent générer des malfaçons.

La préfabrication des parois de la maison en atelier permet de gagner du temps lors du chantier. Ce mode constructif contribue aussi à l'efficacité de l'étanchéité à l'air. www.ami-bois.fr

Un poêle à granulés suffit

Bien isolées du froid, ces maisons nécessitent peu de chauffage. De nombreux constructeurs installent ainsi un poêle à granulés dans leurs habitations. Un mode de chauffage qui équipe pas moins de 80 % des maisons livrées par Guillaumie Construction : « Contrairement à ce que pensent les clients, un poêle à granulés est capable de chauffer l’ensemble de la maison et non pas seulement la pièce où il est installé », observe Fabien Gaumy, directeur de Guillaumie Construction, une entreprise fondée en 1950. Cette préférence donnée au chauffage bois s’inscrit parfaitement dans les objectifs de la réglementation environnementale 2020 qui vise à décarboner les énergies, les énergies fossiles étant réduites au maximum. Le gaz ne pourra plus être utilisé en 2024 dans les constructions neuves.

Les maisons bois affichent une consommation énergétique qui peut être inférieure de 40 % aux exigences de la RT 2012, l'actuelle réglementation qui sera remplacée par la RE 2020 en 2022. www.ami-bois.fr

Empreinte carbone réduite

Si les maisons bois sont économes en énergie, elles se montrent aussi souvent vertueuses en termes d’impact environnemental, un élément structurant de la RE 2020. Cette dernière fixera aux maisons neuves une réduction de 30 % des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2030. Un objectif revu à la baisse par rapport à la présentation initiale qui nécessitera, selon le ministère de la transition écologique, le recours aux matériaux biosourcés, issus de matière organique renouvelable sans oublier le bois. Une pratique déjà adoptée par de nombreux constructeurs. De la ouate de cellulose, issue de papiers recyclés de sels minéraux, est par exemple insufflée entre les montants de l’ossature bois constituant les murs. Elle est également utilisée pour isoler les combles. Des panneaux composés de chanvre, lin et coton sont aussi employés pour les combles aménagés et les plafonds. « Mais nous pouvons encore réduire notre impact carbone en utilisant davantage de matériaux biosourcés pour l’isolation », explique-t-on chez Amibois qui a vendu trois cents maisons en 2020. « Ces produits sont pour le moment relativement coûteux car peu développés. Mais avec l’arrivée de la RE 2020, la demande augmentera et les coûts de ces matériaux baisseront. » 

Il est possible de livrer une maison bois en six mois contre neuf à douze en moyenne pour une construction traditionnelle en briques ou parpaings. www.uicb.pro

 

Confort d’été au rendez-vous

Nécessitant très peu d’énergie pour leur fabrication, ces produits biosourcés contribuent par ailleurs au confort d’été de la maison grâce à leur déphasage important. Ces matériaux accumulent en effet la chaleur avant de la restituer progressivement après de longues heures évitant ainsi le phénomène de surchauffe. « Cette notion de confort d’été n’était pas assez mise en avant avec la RT 2012 », se plaint Fabien Gaumy. La RE 2020 devrait le satisfaire puisque les exigences concernant le confort d’été seront renforcées (cf encadré La RE 2020 en bref).

Logelis a développé son propre mur assurant une excellente performance thermique. www.logelis.com

Incontournable bois

L’utilisation fréquente du bois dans le gros-œuvre et le second-œuvre pourrait aussi donner une longueur d’avance à la maison bois pour diminuer l’impact carbone de la construction. Outre l’ossature bois, le bois est employé dans la fabrication de parquets, de poutres, du plancher. L’emploi du bois contribue mieux que d’autres matériaux à la réduction des GES, selon la méthode de calcul dite de l’analyse de cycle de vie dynamique, prise en compte par le gouvernement. Une méthode qui sera cependant révisée à la demande des autres acteurs du bâtiment. Mais les professionnels du bois n’entendent pas s’arrêter là. « Nous devons mener une réflexion sur nos équipements comme les fenêtres », suggère-t-on chez Amibois. « Depuis vingt ans, la part du bois chute dans le marché de la fenêtre. » Le PVC et l’aluminium constituent en effet les principaux matériaux utilisés par les industriels de la fenêtre. 

Le poêle à granulés est souvent installé dans les maisons bois, un mode de chauffage tout à fait adapté pour chauffer des surfaces supérieures à 100 m².

La Réglementation environnementale 2020 en bref
Effective le 1er janvier 2022, la RE 2020 a pour objectif de réduire la consommation énergétique des constructions neuves en diminuant le Besoin bioclimatique (Bbio) de 30 % par rapport à la RT 2012, l’actuelle réglementation thermique. Contrairement aux précédents textes, la RE2020 vise à diminuer aussi les émissions carbone des maisons neuves. Comment ? En privilégiant les énergies décarbonées via le recours
à la chaleur renouvelable avec l’utilisation de pompes à chaleur ou celle des poêles à granulés. Autre levier : la diminution de l’impact carbonede la construction qui s’échelonnera sur dix ans. Les émissions de gaz à effet de serre devant passer de 640 kgCo²/m²/ an en 2022 à 415 kgCo²/m²/ an en 2031. Dernier volet de la RE 2020 : garantir aux acquéreurs un confort d’été même en cas de fortes chaleurs.
Un indicateur, exprimé en Degré Heure (DH) sera créé. Ce dernier ne devra pas dépasser 1 250 DH, ce qui correspond à 25 jours où latempérature serait constamment à 30 °C le jour et 28 °C la nuit. En cas de dépassement, des solutions devront être prévues comme des brasseurs d’air.

Ces maisons intègrent des panneaux photovoltaïques en toiture pour produire l'électricité qui sera consommée par les occupants de la maison. www.homaj.fr

Avis d’expert

La RE 2020 a, notamment, pour objectif de réduire le poids carbone des constructions. Frédéric Carteret, président de l’UICB (Union des industriels et constructeurs bois), nous explique l’impact de cette nouvelle réglementation sur son secteur.

Construire sa maison : Le ministère a revu ses ambitions à la baisse concernant la diminution des émissions carbone des constructions. Etes-vous déçu ?
Frédéric Carteret : Oui. Le gouvernement a pris conscience de la place des gaz à effet de serre (GES) dans le bâtiment mais il aurait dû aller plus loin.

En dépit de cet objectif revu à la baisse, la maison bois profitera-t-elle de la RE 2020 ?
Oui. Cette nouvelle réglementation donnera de l’allant à la construction bois d’autant plus qu’il existe une forte demande des consommateurs
pour cet habitat. Si on veut limiter les GES dans l’acte de construire, l’utilisation des matériaux biosourcés comme le bois ne peut aller que dans le bon sens. De toute façon, si on veut atteindre les objectifs fixés en 2030, il faudra construire davantage en bois qu’aujourd’hui. Et si le béton ne fait pas d’avancées sur le bas carbone, il ne pourra pas être utilisé à cette échéance.

La filière bois avait proposé d’aider les constructeurs traditionnels à s’approprier le bois. Maintenez-vous votre proposition alors que le ministère a déclaré qu’aucun matériau ne serait exclu ?
Oui. Nous voulons toujours être force de propositions. Nous souhaitons accompagner tous les acteurs de la construction vers une transition car la conception d’une maison bois, l’argumentaire de vente et le suivi de chantier diffèrent de celui d’une construction traditionnelle.

Concrètement, comment accompagner la filière traditionnelle ?
La conception d’une maison bois nécessite par exemple l’intervention d’un bureau d’études spécialisé qui calculera les différentes sections de bois utilisées. Lors du suivi du chantier, il faudra par ailleurs accorder une grande vigilance aux points singuliers comme la fixation des fenêtres sur l’ossature bois sans oublier l’étanchéité à l’air.

Si la demande pour la maison bois augmente, la filière pourra-t-elle y faire face ?
Oui. La filière bois est en mesure de répondre à la demande. S’il y a une massification de cette dernière, l’offre augmentera d’autant que nous n’utilisons pas actuellement l’intégralité de nos capacités de production. Nous investirons sur le développement d’usines de première et deuxième transformation qui produiront des bois utilisés pour la fabrication des murs.

La difficulté à recruter du personnel ne constitue-t-elle pas un frein au développement de la maison bois ?
C’est évident ! Nous avons besoin de compétences comme d’ailleurs l’ensemble du secteur du bâtiment. Nous nous rapprochons des CFA (centre de formation des apprentis) pour leur montrer de nouveaux métiers. La fabrication en atelier doit être amenée à se développer. Il y a, à terme, un gisement d’emplois pour notre secteur. 

Dans votre Plan ambition bois construction 2030, vous souhaitez développer la mixité des matériaux dans la construction. Pourquoi ?
Il ne faut pas être extrémiste en choisissant tout le temps le bois dans la construction. Il est nécessaire d’utiliser le bon matériau au bon endroit. Exemple : les laines minérales. Elles peuvent être utilisées pour isoler les parois exposées au nord car elles sont très performantes d’un point de vue thermique. Mais on choisira en revanche des matériaux biosourcés pour isoler les parois orientées à l’ouest car ils offrent un meilleur déphasage que les laines minérales contribuant ainsi à un meilleur confort d’été.