Maison : réussir l'isolation phonique de vos pièces

Publié par -

Si la loi impose à votre constructeur de bien isoler les façades de votre maison des bruits extérieurs, aucune réglementation ne concerne l'intérieur. Des cloisons aux portes en passant par les appareils de chauffage, rien ne doit être négligé pour vous préserver du bruit.

Le bruit ? C’est une véritable gêne pour de nombreux Français ! Selon le troisième Baromètre Qualitel, 33 % des habitants de l’agglomération parisienne entendent de jour comme de nuit les bruits venant du voisinage. Occupant la plupart du temps un appartement, ils souffrent bien souvent d’une mauvaise isolation acoustique de leur logement. Ce qui n’est pas le cas des maisons neuves qui doivent respecter la réglementation en date du 30 juin 1999.

Des cartes du bruit à étudier avant de faire construire sa maison

Obligation légale. Méconnue, cette législation impose aux bâtiments neufs un isolement de la façade aux bruits extérieurs atteignant au minimum 30 dB, ce chiffre étant la différence entre le bruit extérieur et l’intérieur de la maison. Si l’habitation est située à proximité d’un axe routier très passant, l’isolement doit être supérieur et atteindre en revanche jusqu’à 45 dB. Avant d’acheter un terrain, vous pouvez vérifier sur Geoportail si votre commune est concernée par un plan d’exposition aux bruits (PEB). Appliqué dans les communes proches d’un aéroport, ce document définit les niveaux d’isolement qui doivent être atteints selon la localisation de la construction. Vous pouvez aussi consulter les cartes établies par les préfectures qui répertorient l’ensemble des routes selon leur classement sonore.

Repères
Qu’est-ce qui est bruyant ? Pour vous aider à évaluer l’intensité du bruit,
nous en avons choisis quelques-uns. Le seuil de risques est fixé à 80 dB,
le seuil de danger à 85 dB et le seuil de douleur à 120 dB.
> Un vent léger : 20 dB
> Une discussion : 50 dB
> Une trompette : 60 dB
> Un avion au décollage : 140 dB

Ces plaques composées d'une structure cristalline de gypse assureront une bonne isolation phonique de la pièce.

Un trio contre le bruit. Pour respecter la réglementation acoustique, votre constructeur peut utiliser trois leviers : le vitrage des menuiseries, le coffre de volets roulants et les entrées d’air. Si vous faites construire dans un quartier calme, des fenêtres ou des baies vitrées dotées d’un double-vitrage suffiront. Dans le cas contraire, il faudra opter pour un double-vitrage dissymétrique dont les épaisseurs seront différentes, soit deux verres de 4 mm et 8 mm séparés par une lame d’air de 16 mm.

Un vitrage victorieux. Les performances acoustiques peuvent être encore améliorées en choisissant un vitrage feuilleté acoustique, les deux parois de verre étant séparées par un film élastique. « Si le particulier souhaite de grandes baies vitrées dans sa maison », rappelle Aline Gaulupeau, expert national acoustique et vibrations chez Socotec, « il devra installer des menuiseries dotées d’un double-vitrage dissymétrique ou d’un vitrage feuilleté car les grandes baies laissent rentrer plus de bruit provenant de l’extérieur ». Les coffres de volets roulants doivent être, eux aussi, traités. Pour réduire les nuisances sonores, il faut isoler cet équipement avec de la laine minérale qui absorbera les bruits extérieurs.

Dernier point : les entrées d’air. Situées en partie supérieure des menuiseries, ces dernières apportent de l’air qui renouvèle l’air ambiant, indispensable au bon fonctionnement de la ventilation mécanique contrôlée (VMC). Problème : si vous résidez dans un secteur bruyant, ces petites ouvertures constituent un passage privilégié pour le bruit. La solution ? Choisir des entrées d’air équipées de rallonges à l’intérieur et à l’extérieur de la maison. Composé de chicanes et d’un isolant, ce produit permet d’atténuer
les nuisances sonores.

Isoler du bruit les pièces de sa maison

Des plans bien étudiés. Revers de la médaille : si votre maison est bien isolée des sons extérieurs, la perception des bruits intérieurs sera en revanche exacerbée. La réglementation acoustique n’imposant aucune obligation d’isolement entre deux pièces d’un même logement, votre constructeur a toute latitude pour réduire le bruit selon vos souhaits. Une conception intelligente de la maison peut déjà améliorer le confort. « Il y a dix ans, la salle de bains était systématiquement située dans la chambre des parents. Mais c’était bruyant », explique-t-on chez IGC, un constructeur du sud-ouest de la France. « Désormais, la salle de bains est séparée de la chambre par un dressing. »

Dans une suite parentale, la salle de bains doit être séparée de la chambre par la création d'un dressing par exemple.

Un coffrage malin. De même, une séparation doit être faite entre l’espace nuit et le salon-séjour par la création d’un couloir doté de placards. Dans le cas d’une maison à étage, il est préférable de positionner la salle de bains au-dessus de la cuisine pour centraliser les évacuations d’eau. Désolidarisées du mur pour ne pas transmettre des vibrations, les évacuations peuvent être placées dans un coffrage isolé par de la laine minérale. « On peut aussi placer dans ce coffrage à la fois les canalisations d’eau et les évacuations pour limiter le bruit », conseille Jérémy Lochert, directeur technique des Maisons Berval, un constructeur francilien.

Une chambre à préserver du bruit

Le bruit piégé. Pour réduire les nuisances sonores inhérentes à l’occupation d’une maison, des cloisons de plâtre enserrant un isolant fibreux comme de la laine de roche d’une épaisseur de 45 mm, pourront être fixées sur une ossature métallique. Une solution efficace pour de nombreuses pièces. Mais certains espaces doivent faire l’objet d’un traitement particulier. À l’image des chambres qui doivent offrir une ambiance apaisée. Certains industriels comme Placo ont développé des produits spécifiques comme Placo Phonique®, une plaque composée d’une structure cristalline de gypse. Ce type de revêtement peut être posé sur l’ensemble des murs. Inversement, un espace dédié à un home-cinéma peut avoir besoin d’une isolation performante pour éviter la diffusion du bruit dans l’habitation. « Dans ce cas, il faut créer un cocon en isolant toutes les parois du sol aux murs en passant par le plafond », suggère Stéphanie Roche, responsable marketing du marché prescription chez Isover.

Le bruit prend la porte. Des portes à âme pleine seront préférées aux produits à structure alvéolaire pour réduire le bruit. Mais ce dernier, même réduit, passe au bas de cette menuiserie car les portes doivent être détalonnées. Un espace vide est en effet prévu entre le bas de la porte et le sol pour faciliter l’extraction de l’air vicié effectuée par la VMC. Un seul industriel propose pour le moment une entrée d’air en partie supérieure de la menuiserie en bois, cette dernière touchant presque le sol.

Esthétique, l'escalier en métal a tendance à résonner dans la maison.

L’escalier s’exprime. Le choix du matériau composant l’escalier peut être aussi générateur de bruit comme le rappelle Jérémy Lochert : « Un escalier en bois aura tendance à grincer selon les variations de l’hygrométrie alors qu’un ouvrage en métal résonnera. La meilleure solution ? C’est une réalisation en béton car ce matériau ne fait aucun bruit. Cet équipement peut d’ailleurs faire l’objet d’un habillage en bois car l’escalier devient de plus en plus un produit décoratif dans la maison ».

Un sol si discret. Les revêtements de sol ne doivent pas être négligés. Si le parquet a le droit de citer à l’étage, une chape d’une épaisseur de 4 à 6 cm sera réalisée pour limiter la transmission du bruit. Une sous-couche sera ensuite posée sur ce support avant le parquet. Un revêtement en PVC, doté d’une sous-couche acoustique, sera tout aussi performant d’un point de vue acoustique. « Si on souhaite isoler ce plancher pour ne pas entendre les pas d’enfants, on peut aussi utiliser de la laine de roche ou de verre qui sera déclinée en panneaux qui accueilleront ensuite un revêtement de sol », conseille Stéphanie Roche. « Mais ces panneaux ne doivent pas être trop rigides sinon ils transmettront le bruit. »

Le bruit des appareils de chauffage plafonné

Des appareils contrôlés. Autres sources potentielles de gêne : les appareils destinés au chauffage et à la production de l’eau chaude sanitaire. Le désagrément est néanmoins limité car les industriels doivent respecter un niveau de bruit maximal selon la configuration de la maison. Le niveau sonore d’une chaudière ne doit pas dépasser 40 dB (A) si le séjour est ouvert sur la cuisine. « Même si les chaudières génèrent de moins en moins de bruit », rappelle Aline Gaulupeau, « mieux vaut choisir les équipements les plus silencieux ».

Même si les appareils de chauffage comme les chaudières sont plus silencieuses, mieux vaut les installer dans le cellier.

À la bonne place. Outre le niveau sonore des installations, leur implantation doit être soigneusement étudiée. Le plus souvent, la chaudière, la pompe à-chaleur ou le chauffe-eau thermodynamique (CET) sont placés dans un local isolé comme le cellier ou le sous-sol. À noter qu’il vaut mieux privilégier un CET doté d’une unité extérieure grâce à laquelle il captera les calories de l’air extérieur pour chauffer l’eau du ballon. Une technique qui ne génère aucun bruit contrairement à un CET qui récupère la chaleur de l’air ambiant comme celui d’un garage ou d’un grand cellier.

Lexique
Puissance acoustique : exprimée en dB (A), elle définit la capacité d’émission sonore de la source indépendamment de son environnement.
Elle permet de comparer les appareils entre eux.
Pression acoustique : exprimée en dB (A), c’est la grandeur acoustique perçue par l’oreille humaine.
Emergence acoustique : c’est la différence entre le bruit émis par une machine en marche (chaudière, pompe à chaleur) et le bruit
résiduel. Selon la réglementation du bruit de voisinage, l’émergence acoustique ne doit pas dépasser 5 dB (A) entre 7 h et 22 h et 3 dB (A)
entre 22 h et 7 h.

Une pompe à chaleur doit être implantée loin de la limite de propriété. Elle ne doit jamais être positionnée sous la fenêtre d'une chambre.

Avis d’expert :
« Le niveau sonore des pompes à chaleur a été réduit »

Evelyne Bechtel, chargée de communication à l’Afpac, une association regroupant les fabricants de pompes à chaleur, nous détaille les bonnes pratiques à suivre pour réduire le bruit de ces équipements.

Construire sa maison : Les pompes à chaleur sont parfois pointées du doigt en raison du bruit.
Evelyne Bechtel : C’est vrai que les voisins ont une appréhension quand une pompe à chaleur est installée près de chez eux. Mais leur niveau sonore a été fortement réduit, la pression acoustique atteint en moyenne 40 dB (A). Les industriels ont isolé le compresseur de la pompe à chaleur et redessiné les pales du ventilateur pour limiter le bruit. Lors de la conception de la maison, le constructeur doit aussi choisir les produits les plus silencieux et respecter la réglementation du bruit de voisinage (cf Lexique).

L’installation de l’unité extérieure peut-elle générer du bruit ?
Oui. La pompe à chaleur ne doit jamais être posée ni contre le mur de la maison, ni directement sur le sol mais sur un socle. Autre possibilité : fixer un châssis sur la façade sur lequel sera posé le ventilateur. Dans les deux solutions, des plots antivibratiles seront placés sous la machine pour éviter la transmission de vibrations. Pour réduire le bruit, il faut aussi faire preuve de bons sens et ne pas diriger le ventilateur vers le voisin. De même, il faut s’éloigner le plus possible des fenêtres et de la limite de propriété. Certaines configurations doivent être aussi évitées. Le niveau sonore d’une Pac placée dans un angle augmentera de 6 dB (A) par rapport à une machine placée sur une terrasse. Dans une cour intérieure, cet écart atteindra 9 dB (A). Pour aider les installateurs à implanter ces équipements, nous avons d’ailleurs édité des fiches techniques.