Maison bas carbone, mode d'emploi

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Des maisons encore plus performantes, plus vertes et plus confortables en été : c’est l’objectif visé par la Réglementation environnementale RE 2020. Quelles sont les dispositions de ce texte qui entrera en vigueur en 2022 ? Comment la construction va-t-elle changer ? Les professionnels sont-ils prêts pour cette révolution verte ? Le prix des maisons va-t-il augmenter ? Réponses.

La mise au vert s’accélère. Dès le 1er janvier 2022 (date du dépôt de permis de construire), les maisons neuves devront être conformes à la réglementation environnementale 2020 (RE 2020), le nouveau texte qui régira la construction. Ce qui va changer par rapport à l’actuelle réglementation thermique, la RT 2012 : la construction sera encore plus écologique. Les maisons associeront très haute performance énergétique, confort d’été amélioré et réduction de l’empreinte carbone. Bref, un texte exigeant, qui marque un changement de taille : de thermique, la réglementation devient énergétique et environnementale.

Ambitions. La ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, ne fait d’ailleurs pas mystère de ses intentions : « Avec la RE 2020, nous accélérons la décarbonation du bâtiment en agissant sur la phase de construction qui, pour un bâtiment neuf performant, représente entre 60 et 90 % de son impact carbone total », indique-t-elle. « D’ici 2031, la réglementation fera baisser cet impact de plus de 30 %. Nous assurerons également que les bâtiments consommeront encore moins d’énergie et une énergie décarbonée. » Et la ministre du Logement, Emmanuelle Wargon, d’ajouter : « à travers la RE 2020, c’est une grande transformation qui s’engage, progressive et déterminée, pour toute la filière constructive ».

L'un des grands changements apportés par la nouvelle réglementation, c'est la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Cette maisons se place dans cette démarche puisqu'elle a obtenu la label E+/C-, qui a permis aux constructeurs de préparer la RE 2020. www.depreux.construction.com

La RE 2020 en neuf points clés
1 > Pour les logements neufs et notamment les maisons, la RE 2020 entre en vigueur le 1er janvier 2022 (date du dépôt du permis de construire). Elle remplace la RT 2012.
2 > La RE 2020 vise trois objectifs : la réduction des consommations, la limitation des émissions de gaz à effet de serre des matériaux et des énergies et l’amélioration du confort d’été.
3 > Très complexes, les dispositions de la RE 2020 seront de plus en plus strictes au fil du temps, avec des points d’étape en 2025, 2028 et 2031.
4 > Une clause de revoyure permettra de faire régulièrement le point entre les professionnels et le gouvernement pour cerner les difficultés d’application et autres surcoûts.
5 > Les constructeurs, les bureaux d’études et les industriels du bâtiment planchent activement pour être prêts le 1er janvier 2022. Nombre d’entre eux le sont déjà.
6 > En augmentant les exigences en matière de performance, de réduction de l’empreinte carbone et de confort d’été, la RE 2020 va influer sur les façons de bâtir.
7 > Les nouveaux outils comme la maquette numérique et les efforts des pros en matière de performance et de décarbonation faciliteront la mise en œuvre de la RE 2020.
8 > La nouvelle réglementation pourrait bien faire monter les prix, mais les professionnels s’efforcent de limiter les dégâts pour préserver le pouvoir d’achat immobilier.
9 > Plus écologiques et plus performantes, les maisons RE 2020 seront plus économes à l’usage et devraient prendre davantage de valeur au fil du temps.

La RE 2020 favorise notamment les solutions thermodynamiques. Ici, une pompe à chaleur air-air spécialement dédiée à la maison neuve. www.vaillant.fr

Construction haute performance

Performance : comment la RE 2020 fonctionne-t-elle ? Pour réduire les consommations, la RE 2020 impose une conception bioclimatique encore plus performante que celle de la RT 2012. Concrètement, l’isolation des maisons devra être renforcée et l’orientation des baies vitrées optimisées pour réduire les besoins nécessaires au chauffage, à l’éclairage. Les férus de technique noteront que les besoins bioclimatiques de la maison sont définis par un indicateur dit Bbio exprimés en points et ce Bbio ne peut pas dépasser un maximum, le BbioMax. Plus le Bbio de la maison est bas, plus elle est performante.
Et si le Bbio dépasse le Bbiomax, la maison n’est pas conforme à la RE 2020.

D'autres solutions biosourcées sont adaptées à la RE 2020, comme ces blocs de béton de chanvre. www.solution-biosys.fr

Comment réduire les consommations ? La RE 2020 plafonne la consommation d’énergie primaire. Plus précisément, elle se base sur l’indicateur Cep comme consommation d’énergie primaire (celle qui existe dans la nature et qui a besoin d’être transformée pour être utilisée dans les logements). Pour les maisons, le Cep est calculé sur cinq usages : chauffage, eau chaude, refroidissement, éclairage, ventilation et appareils auxiliaires. Et la consommation totale doit rester en dessous d’un maximum, le CepMax. Nouveauté : en RE 2020, le Cep tient compte des consommations d’énergie non renouvelables, qui seront plafonnées. Le dispositif est conçu pour décourager le chauffage électrique traditionnel dit à effet Joule. Surtout, le plafonnement des consommations d’énergie non renouvelables rend la RE 2020 plus stricte que la RT 2012. D’où des maisons neuves encore plus économes à l’usage.

Biosourcée, la ouate de cellulose est notamment employée pour l'isolation des combles non aménageables. www.soprema.fr

Quelle est l’obligation de moyens ? Pour atteindre ces résultats et augmenter la performance, la RE 2020 impose sur une exigence de moyens. On citera entre autres exemples une isolation et une étanchéité à l’air renforcées, un traitement poussé des ponts thermiques, une surface vitrée minimale représentant au moins un sixième de la surface habitable… Impossible de rentrer dans le détail de ces mesures, l’arrêté du 4 août 2021 qui les réglemente comptant… 1 838 pages ! Nouveauté par rapport à la RT 2012 : à l’achèvement de la maison, la ventilation et ses performances doivent être contrôlées par un spécialiste ayant reçu une formation contrôlée par l’état.

La brique de terre cuite a réduit son empreinte carbone de plus de 35 % en vingt ans. Et ce n'est pas fini ! www.fftb.org

L’énergie se met au vert

Comment la performance environnementale est-elle prise en compte ? Le grand changement apporté par la RE 2020, c’est la chasse au carbone. Avec comme méthode l’analyse du cycle de vie sur cinquante ans. Il s’agit de déterminer le poids en carbone de tous les produits et de tous les équipements qui composent la maison, mais aussi de l’énergie qui l’alimente. « Cette ACV utilise une méthode dite dynamique », explique-t-on chez Isover (Groupe Saint-Gobain). « Elle attribue un poids plus important aux émissions de CO2 en début de cycle de vie (phase production –- fabrication) et minimise les émissions de C02 en fin de vie (phase de déconstruction – élimination). Cette méthode d’ACV sera propre à France et à la RE 2020. » L’idée, c’est de limiter les émissions de gaz à effet de serre le plus tôt possible, notamment au moment de la construction.

La RE 2020 mesure le poids carbone des énergies et des matériaux en se basant sur une analyse du cycle de vie sur 50 ans. Ici, une maison équipée d'un chauffage qui marie solaire et bois. www.poujoulat.fr

Comment décarboner l’énergie ? Première cible : l’énergie, via l’indicateur Icénergie comme Impact Carbone énergie. Exprimé en kilos équivalent CO2/m² (kgeqCO2/m²), « il correspond à l’impact sur le changement climatique, à l’horizon cinquante ans, des émissions de gaz à effet de serre relatives aux consommations d’énergie du bâtiment pendant son exploitation », détaille le Cegibat. La RE 2020 plafonne les émissions des appareils de chauffage et de production d’eau chaude à 4 kilos de CO2 par mètre carré et par an. Elle privilégie les solutions renouvelables comme la biomasse (chauffage au bois) ou thermodynamiques (pompes à chaleur). « Alors qu’une maison moyenne existante chauffée au gaz émet près de 5 tonnes de CO2 par an, la même maison aux normes RE 2020 émettra moins de 0,5 tonne, soit dix fois moins », estime le ministère de la Transition écologique.

Cette maison laboratoire a permis de tester de très nombreuses solutions bas carbone. Nombre d'entre elles se retrouvent aujourd'hui sur le marché. www.hexaom.fr, www.concept-yrys.com

Le gaz naturel sera-t-il interdit ? Le ministère est très clair : « l’enjeu est de cesser d’utiliser des énergies fossiles dans les bâtiments neufs, alors qu’aujourd’hui encore les logements au gaz sont majoritaires dans les constructions ». Le gaz naturel n’est pas le seul dans la ligne de mire, le gaz vert (biométhane) n’étant pas pris en compte par la RE 2020. Deux exceptions toutefois. Dans les lotissements raccordés au gaz dont le permis d’aménager est déposé avant le 1er janvier 2022, les maisons chauffées au gaz naturel seront autorisées jusqu’au 31 décembre 2023 (date du dépôt de permis de construire). Il sera aussi possible d’équiper les maisons neuves, quelles qu’elles soient, de solutions hybrides, qui associent pompe à chaleur et chaudière gaz à condensation.

Ce constructeur prouve qu'il est possible de bâtir des maisons performantes et bas carbone tout en soignant l'architecture. www.trecobat.fr

Matériaux : la chasse au carbone

Et la décarbonation de la construction ? Pour sélectionner les matériaux et les équipements les plus vertueux, la RE 2020 introduit un indicateur Iccomposant. Exprimé en kg équivalent CO2/m², il mesure les émissions de dioxyde de carbone de tous les éléments de la maison, de leur fabrication à leur valorisation en fin de vie en passant par le transport, la construction, la maintenance et les réparations. Là encore, la méthode choisie est celle de l’Analyse de cycle de vie dynamique. À la manière du Bbio, RE 2020 fixe un Indicateur maximal dit IccomposantMax qui ne peut pas être dépassé. Pour les maisons, ce plafond sera de plus en plus strict : il est fixé à 640 kg équivalent CO2/m² pour la période 2022/2024, à 530 kg sur 2024/2027, 475 kg sur 2028/2030 pour finir à 415 kg équivalent CO2/m² en 2031.

Cet entrevous (système pour l'isolation des planchers bas) est fait de bouteilles de plastique recyclées, d'où un excellent bilan carbone. www.kp1.fr

Quels sont les matériaux compatibles avec la RE 2020 ? Dans la première version de la RE 2020, présentée en novembre 2020 par le ministère de la Transition écologique, la priorité était donnée au bois et autres matériaux biosourcés. Après d’âpres négociations avec le monde du bâtiment, la nouvelle version, rendue publique en février 2021, est moins radicale et se place sous le signe de la cohabitation. « Sous réserve de leurs progrès technologiques d’ici-là et du respect de leur trajectoire de décarbonation, les matériaux les plus usuels (béton, acier, briques, tuiles, etc.) continueront à être largement employés », indique le ministère. Bref, pas de révolution mais une évolution vers la décarbonation.

Les spécialistes du béton décarbonent leurs solutions tout en augmentant leurs vertus thermiques. www.airium.fr

Comment les matériaux se décarbonent-ils ? Les modes constructifs traditionnels (béton et brique) nécessitent une phase de cuisson très émettrice de C02. Les industriels s’emploient dont à verdir leurs matériaux. « Nous avons mis au point une gamme de bétons bas carbone baptisée Ecopact », explique Mouloud Belhoul, directeur innovation et construction durable chez Lafarge. « Pour les fondations, par exemple, le béton EcopactAA réduit son empreinte carbone de 80 % par rapport à un béton classique.
Le béton Ecopact A, qui émet 50 à 70 % de CO2 en moins, peut être employé pour les dalles de compression. » Les spécialistes de la terre cuite se placent dans la même logique. Carrières d’argile gérées durablement, gaz vert alimentant les fours, chaleur émise lors de la combustion redirigées vers les séchoirs, recyclage : les matériaux en terre cuite ont réduit leur empreinte carbone de 35 % en une vingtaine d’années signale la Fédération française des tuiles et brique (FFTB).

Objectif confort d’été

Comment rendre les maisons vivables lors des canicules ? Le troisième pilier de la RE 2020, c’est l’amélioration du confort d’été. « Sur la base d’un scénario météo similaire à la canicule de 2003, un indicateur de confort d’été est calculé lors de la conception du bâtiment, qui s’exprime en degré.heure (DH) », déclare le ministère de la Transtion écologique. Cet indicateur DH évalue l’inconfort lors des périodes les plus chaudes. Si la maison dépasse 1 250 DH (DHMax soit une température supérieure à 30 °C le jour et
28 °C la nuit pendant vingt-cinq jours consécutifs), la maison n’est pas conforme. Le DHMax est porté à 1 850 en cas de contraintes extérieures. En dessous de 350 DH, la réglementation estime que la maison est confortable lors des canicules. Entre ces deux niveaux, la RE 2020 ajoute une pénalisation à l’indicateur de consommation d’énergie Cep pour tenir compte du besoin nécessaire au refroidissement. Donc, pour ne pas
dépasser les plafonds de consommation (Cepmax), les maisons concernées devront davantage insister sur la performance du bâti et la conception bioclimatique plutôt que de recourir à la climatisation.

La conception bioclimatique optimise les apports naturels et assure un bon confort d'été. www.igc-construction.fr

Comment créer des maisons fraîches ? Les solutions pour améliorer le confort d’été existent déjà. Les maisons tablent sur l’isolation renforcée, mais aussi sur la conception bioclimatique. L’ombre est apportée par des avancées de toiture, des retraits de façade, des brise-soleil, des casquettes… Les baies vitrées orientées sud peuvent être équipées de vitrages à contrôle solaire, qui laissent entrer la lumière, pas la chaleur. Certains fabricants proposent des dispositifs de surventilation nocturnes plutôt efficaces. Grâce à l’ouverture simultanée d’une fenêtre et d’une fenêtre de toit, l’air intérieur est évacué par effet de tirage pour être remplacé par un air extérieur plus frais. Autre option : des pompes à chaleur font simplement circuler de l’eau froide dans le plancher hydraulique, apportant de la fraîcheur sans climatiser.

RE 2020 : de la théorie à la pratique

Les constructeurs sont-ils prêts ? Le bâtiment se prépare depuis la fin 2016 via l’expérimentation et le label énergie plus/Carbone moins (E+/C-). La marche étant élevée, notamment en matière de décarbonation, l’adaptation s’est parfois faite dans la douleur. Les professionnels ont dû aussi réfréner les ardeurs du gouvernement qui, en novembre 2020, a proposé une première version de la RE 2020 trop ambitieuse en période de crise. Moins raide, la version de février 2021 facilite les choses. Et le paysage, petit à petit, se dégage. « Meilleure isolation, amélioration du confort d’été, réduction de l’impact carbone globale et meilleure qualité de l’air : nous avons aujourd’hui tous les produits et toutes les technologies pour répondre aux enjeux de la RE 2020. C’est désormais aux constructeurs et à leurs partenaires industriels et bureaux d’études de se les approprier pour faciliter leur mise en œuvre », estime Grégory Monod, président du Pôle Habitat de la Fédération française du bâtiment.

Avec la RE 2020, les maisons à ossature bois industrialisées vont gagner des parts de marché. www.booa.fr

Bâtir RE 2020 : par où commencer ? Pour proposer des solutions compatibles avec la nouvelle réglementation, les constructeurs travaillent en étroit partenariat avec leurs bureaux d’études. « Nous intervenons en amont pour leur fournir nos recommandations sur tous les éléments de la maison, qu’il s’agisse de matériaux, d’équipements, d’énergie, de besoin de froid ou de réduction de l’empreinte carbone », explique Alexandre Pugeault, directeur associé de l’Atelier d’études techniques Loriot. « Pour leur faciliter la tâche, nous leur communiquons des simulations aussi précises que possibles. Plus l’offre des constructeurs sera proche de ces simulations, plus la conformité de la maison à la RE 2020 sera facile à atteindre. »

Une maison bas carbone et ultraperformante réalisée pour une jeune maman et son enfant en 2019. Son prix : 88 400 €/m² TTC hors terrain. www.maisons-avivre.com

Comment le projet est-il élaboré ? Fort de son éventail de solutions « RE 2020 compatibles » mises en place avec son bureau d’études, le constructeur va bâtir le projet avec son client. Il va tenir compte de l’adresse de la maison, des caractéristiques du terrain, des règles d’urbanisme. Les logiciels vont ensuite tourner pour créer un projet conforme à la réglementation (respect du Bbio et du Cep notamment), aux règles d’urbanisme et aux demandes de l’acquéreur. Dans cette logique, la maquette numérique (Building
Information Model ou BIM) sera très utile. Avec cet outil de dernière génération, on saura très vite si le projet tient la route et combien il coûte. Il pourra être modifié si nécessaire. De quoi faciliter l’édition du contrat de construction et l’obtention du permis de construire.

Réglementation, formalités et conformité
La RE 2020, comme la RT 2012, ce sont des lois. Ce qui implique le respect de formalités strictes. Une pré-étude énergétique et environnementale réalisée par un bureau d’études sur un logiciel certifié doit obligatoirement être jointe au dossier de permis de construire. Sans ce document, le permis est refusé. L’étude décortique le projet et vérifie s’il cadre avec la RE 2020. Une fois le chantier terminé, des contrôles sont effectués. Un test d’étanchéité est réalisé et le débit de fuites d’air vers l’intérieur ne doit pas dépasser 0,6 m3 par mètre carré de paroi et par heure. En RE 2020, la VMC est contrôlée, ce qui n’est pas le cas en RT 2012. Une fois le chantier terminé, le maître d’ouvrage (l’acquéreur) doit faire établir un récapitulatif standardisé d’étude énergétique et environnementale (RSEE), via un logiciel certifié.
Si la maison ne respecte pas la réglementation (RT 2012 ou RE 2020), l’acquéreur n’obtient pas son certificat de conformité et risque des sanctions pénales. Il peut être condamné à la remise à niveau de la construction ou si c’est impossible à sa démolition. Il encourt jusqu’à 45 000 € et six mois de prison en cas de récidive. « Avec un Contrat de construction d’une maison individuelle (CCMI-loi de 1990), le respect de la réglementation relève de la responsabilité du constructeur », rappelle Karim Kerioui, qui dirige Maisons Elan, en Auvergne. Donc en cas de problème, ce même constructeur est tenu de réagir. Et il est assuré contre ce risque. Avec les autres types de contrat, il faudra prouver la faute du professionnel et c’est le maître de l’ouvrage, autrement dit l’acquéreur qui est responsable.

Questions sur une nouvelle réglementation

RE 2020 : qu’est-ce qui est possible ? Sur la première phase de la RE 2020, de 2022 à 2025, la plupart des matériaux permettent de créer des maisons conformes. L’élaboration du projet prendra l’allure d’un jeu de construction. Si l’un des points est trop carboné, on compensera ailleurs par une solution plus verte. Par exemple, le bois pour les parquets ou les escaliers sera sans doute plus fréquemment utilisé pour les maisons en blocs béton ou en briques. Côté énergie, là encore, le secteur est prêt. Il faudra veiller à ce que l’approvisionnement en pompes à chaleur soit assuré et que les installateurs soient suffisamment nombreux. Pour les étapes suivantes (2025, 2028 et 2031), les exigences iront croissant. Mais l’élan étant donné, le monde de la construction devrait s’adapter. Et puis la clause de revoyure prévue entre les professionnels et le gouvernement permettra des ajustements si des impossibilités apparaissent.

Un autre process industrialisé compatible avec la RE 2020. Il se compose de panneaux de bois surisolés préfabriqués en usine. Autres avantages : un chantier plus propre et plus rapide. www.maisons-logelis.com

Les maisons seront-elles différentes ? En définitive, la RE 2020, c’est une révolution progressive, avec des matériaux et des énergies de plus en plus décarbonés et de plus en plus efficaces. Reste à savoir si la conception bioclimatique, avec ses baies qui suivent la courbe du soleil, sera possible partout. Car aujourd’hui, les terrains sont plus petits et en secteur dense, les constructions voisines peuvent poser problème. S’il n’est pas possible d’optimiser la conception bioclimatique, il faudra encore plus isoler sans plomber le bilan carbone. Autre priorité : faire attention à la qualité architecturale. « Le cube est la forme la plus simple à mettre en œuvre et la plus efficace sur le plan énergétique et bioclimatique. Il faut prendre garde à ne pas généraliser ce type de maisons sous peine de dégrader les paysages », avertit Franck petit, directeur de l’habitat neuf de Procivis (marque Maisons d’en France notamment).

Un nouveau système de doublage des murs, avec une plaque ultrarésistante associée à une laine de verre performante et décarbonée. www.placo.fr, www.isover.fr

Les prix vont-ils monter ? Matériaux décarbonés, isolation renforcée, projets plus sophistiqués… Il y a de fortes chances pour que les coûts montent. Pour le gouvernement, la hausse devrait tourner autour de 10 % d’ici 2031, mais elle devrait être cantonnée à environ 4 % pendant la première phase. Les professionnels, eux, craignent que la facture ne soit plus lourde. « Avec l’effet d’apprentissage, les surcoûts devraient progressivement baisser », tempère Alexandre Pugeault. « Et les plus efficaces dans ce domaine,
ce seront les constructeurs qui auront su s’entourer de partenaires engagés et compétents, qu’il s’agisse de bureaux d’études comme d’industriels. » Et Grégory Monod d’ajouter : « limiter les surcoûts est impératif. Si les exigences environnementales sont légitimes, elles ne doivent pas empêcher les familles, notamment celles dont les revenus sont modestes, d’accéder à la propriété. Le neuf ne doit pas être réservé à
une élite fortunée. »

Quels sont les avantages pour les particuliers ? Si les maisons vont sans doute coûter un peu plus cher, elles seront très économes en énergie, avec une facture deux fois moindre que celle des maisons RT 2012, ces dernières étant déjà trois à cinq fois plus performantes que l’ancien. Autre atout des maisons RE 2020 : une empreinte carbone réduite. Les propriétaires apporteront ainsi leur pierre à l’édifice de la lutte contre le changement climatique. Surtout, ces maisons, très compétitives par rapport aux autres en termes de performance et d’écologie, ont toutes les chances de se valoriser au fil du temps. Des études des Notaires de France le constatent déjà pour les villas RT 2012, il n’y a pas de raisons que les maisons RE 2020 échappent à cette notion de valeur verte.

Véritable puits de carbone, le bois est un matériau favorisé par la RE 2020. www.maison-de-cedre.fr

Maison RE 2020 : portrait-robot
> Une architecture compacte et bioclimatique. Les baies vitrées suivent la course du soleil. Avancées et retraits de façade ou de toiture, brise-soleil et casquette favorisent le confort d’été.
> Des matériaux à faible empreinte carbone. Le recours au bois et autres matériaux biosourcés pour le gros œuvre et l’isolation, ou encore aux solutions géosourcées comme la terre crue sont favorisées, mais il sera toujours possible de bâtir en béton ou en brique, des matériaux entrés dans une logique de décarbonation.
> Une isolation ultrarenforcée. Avec pour objectif de grosses économies d’énergie un confort en toute saison. La ventilation sera dûment contrôlée à la fin du chantier pour améliorer la qualité de l’air intérieur.
> Un chauffage vert. Les pompes à chaleur double service, qui produisent chauffage et production d’eau chaude vont devenir majoritaires. Les Pac triple service, qui prennent aussi en charge le refroidissement, vont-elles aussi gagner du terrain. Les poêles à bois pourront être secondés par des ballons thermodynamiques pour l’eau chaude.
> Des solutions connectées. Elles géreront l’énergie et piloteront le confort de la maison, avec par exemple des suivis de consommation en temps réel ou des systèmes de bascules automatiques vers les équipements les plus performants et les plus économes en fonction de la météo et des besoins.

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