Les maisons bois passives, bonnes élèves de la RE 2020

Jérôme Augereau
Publié par
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Journaliste chez PAP.fr

Les maisons bois passives sont en avance sur leur époque ! Leurs consommations énergétiques sont notamment très inférieures aux exigences de la RE 2020. Décryptage de cette efficacité.

Les maisons labellisées passives sont dotées de baies vitrées équipées de triple vitrage. © RobertandMonika/Shutterstock

Une maison qui se passe presque de chauffage ? Ce n’est pas un rêve, mais une réalité pour les propriétaires de maisons passives. Comment c’est possible ? Tout simplement, car ces habitations sont tellement bien isolées que la chaleur du soleil et le fonctionnement des appareils électroménagers suffisent à chauffer les pièces.

Les maisons bois économes en énergie

Le bois adepte du passif. Si tous les matériaux peuvent être utilisés pour la construction de bâtiments passifs, c’est bien souvent le bois qui est choisi. Logique, car les maisons à ossature bois atteignent plus facilement les exigences du niveau passif, car leur isolation est supérieure à ce que demande la RE 2020, la réglementation environnementale en vigueur depuis le 1er janvier 2022. Une maison bois passive consomme en effet deux à trois fois moins d’énergie pour le chauffage qu’une habitation conforme à la RE 2020. Certains constructeurs conçoivent des maisons labellisées « Bâtiment passif » selon le label allemand Passivhaus (cf encadré Un label exigeant). D’autres ont pour objectif d’atteindre le niveau passif sans être labellisés. Ils veulent avant tout respecter la faible consommation énergétique exigée par le label.

Maisons compactes

Si les besoins de chauffage des constructions bois sont aussi bas, c’est grâce à leur compacité. Plus un bâtiment est compact, plus les pertes de chaleur sont réduites. Bien que les formes cubiques respectent à la perfection cette règle de conception, les constructeurs font néanmoins quelques entorses à ce principe, comme le reconnaît Richard Lefebvre, dirigeant des Airelles et membre de l’association Maison Passive qui promeut cet habitat : « Il n’y a pas d’obligation à recourir au cube. Mais cette architecture limite les coûts de construction. Il est cependant possible de créer une pergola, un garage pour rompre la monotonie de l’architecture ».

Une analyse partagée par l’un des collaborateurs de Positive Home, un spécialiste de la maison passive, installé en Île-de-France : « Nous devons parvenir à un compromis entre la performance thermique et l’harmonie de l’architecture, car nous devons faire de beaux projets. Un cube peut apporter la compacité souhaitée avec cependant des revêtements extérieurs différents. De même, des décrochés peuvent être aussi réalisés. »  

Les biosourcés isolent la maison bois

Autre levier utilisé par les constructeurs : un bâti de qualité qui constitue une barrière très efficace contre le froid. L’ossature bois est constituée de montants verticaux entre lesquels un isolant est placé. Si les produits traditionnels comme la laine de verre sont utilisés, de nombreux constructeurs privilégient les biosourcés. Issus du monde végétal, ces produits isolent très bien les parois. A l’image de la ouate de cellulose qui peut être soufflée dans les murs. De la laine de bois sera ajoutée avant de recevoir la plaque de plâtre comme finition. Un panneau de fibre de bois assurera l’isolation thermique par l’extérieur (ITE).

Étanche à l’air

Mais l’isolation aussi performante soit elle ne suffit pas à diminuer les besoins de chauffage. Une bonne étanchéité à l’air est indispensable. Moins l’air froid pénètre dans les pièces, plus les besoins de chauffage sont réduits. C’est d’ailleurs la marque de fabrique de ces habitations sobres en énergie. Alors que la RE 2020 exige une étanchéité à l’air inférieure ou égale à 0,6 m3/(h.m²) en maison individuelle, les acteurs du passif obtiennent 0,15. « C’est quatre fois plus performant que la RE 2020 », observe un collaborateur de Positive Home. « Ce débit représente le format d’une carte bleue si toutes les fuites d’air de la maison étaient regroupées en un point. »

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Les secrets de cette performance ?

C’est l’utilisation d’une membrane d’étanchéité posée en atelier sur l’isolant par l’équipe du constructeur. Contrairement aux modes constructifs traditionnels comme la brique, la maison en bois est préfabriquée en usine et non sur le chantier. Les murs y sont assemblés avec l’isolant, la membrane et les fenêtres à l’abri des intempéries et des risques de dégradation, gages d’une mise en œuvre de qualité.

Des pièces orientées au soleil

Les besoins en chauffage sont par ailleurs d’autant plus faibles dans une maison bien isolée que les apports solaires seront maximisés. Dans les maisons bois passives, la conception bioclimatique est très poussée pour bénéficier de la meilleure exposition possible. « Le salon et le séjour sont orientés au sud-est », détaille Fabien Gaumy, patron de Guillaumie Construction. « Les pièces de service comme le cellier, la buanderie, la salle de bains sont implantées au nord avec une surface vitrée réduite. »

À l’abri de la chaleur

Ouverte au soleil l’hiver, l’habitation ne doit pas se transformer en étuve l’été. Pour assurer le confort d’été de la famille, des volets roulants électriques sont installés sur les baies exposées à l’est et à l’ouest. Les fenêtres, au sud, sont dotées de brise-soleil dont l’orientation des lames est gérée par l’acquéreur.

L’architecture contribue elle aussi au confort d’été. Une casquette - un élément horizontal - peut être fixée au-dessus de la baie vitrée. Sans oublier un débord de la toiture, une technique utilisée de très longue date dans les maisons du sud-ouest de la France comme dans les Landes. « Mais ce débord ne doit pas être trop long sous peine de générer de l’ombre », prévient Fabien Gaumy.

La valeur ajoutée des biosourcés

Le confort d’été est aussi dépendant de l’utilisation de certains matériaux. Des panneaux fabriqués en fibre de bois employés notamment pour l’isolation de la toiture ralentissent la diffusion de la chaleur, c’est ce que l’on appelle le déphasage du matériau qui protège des fortes chaleurs. Un enduit en terre crue peut être aussi utilisé pour la finition des murs intérieurs. Ce produit 100 % naturel contribue à la bonne hygrométrie des pièces. Quand il fait chaud, la terre crue restitue de l’humidité contribuant ainsi à rafraîchir la température ambiante.   

Un chauffage d'appoint suffit

Protégées du froid comme de la chaleur, ces maisons bois passives peuvent se passer d’une climatisation et d’un système de chauffage. « 95 % du temps, le soleil suffit à chauffer la maison », rappelle le dirigeant de Positive Home. « Mais quatre semaines par an, ce n’est pas possible, la température intérieure peut atteindre 13 ou 14 C. Un apport de chauffage est nécessaire. »

Si plusieurs systèmes ont le droit de citer même comme le rappelle Benjamin Maugy, patron des Maisons Maugy, c’est le budget qui reste le premier critère de choix des acquéreurs. « La pompe à chaleur équipe 60 % de nos maisons. Pour une habitation de 80 m², on installe une pompe à chaleur, reliée à un split. Pour une habitation plus grande, ce sera un plancher chauffant, alimenté par une pompe à chaleur. Certains clients font aussi le choix d’une énergie biosourcée avec un poêle à granulés. Mais cette solution très économe est en baisse. »

Le confort du chauffage électrique

Un panneau rayonnant dans le séjour, un sèche serviettes dans la salle de bains peuvent également suffire pour chauffer une maison bois passive. Mais d’autres équipements moins répandus dans l’habitat individuel font leur apparition à l’image du plafond rayonnant. Le principe ? Une résistance électrique, située au-dessus de la plaque de plâtre, chauffe la maison. Une boucle chauffante peut être aussi couplée à une ventilation mécanique double flux. Cet appareil préchauffe l’air entrant en récupérant les calories de l’air intérieur pollué qui est évacué de la maison.

La chasse au carbone

Ces constructeurs de maisons bois passives, tournés vers la performance énergétique, ont d’ores et déjà atteint les objectifs de baisse de leurs émissions carbone fixés par la RE 2020 en 2031. L’utilisation du bois, la faible consommation énergétique, constituent le duo gagnant. Mais certains acteurs poussent la démarche plus loin comme Positive Homme qui a supprimé le béton dans de nombreuses réalisations. La dalle béton est ainsi remplacée par un plancher bois, des technopieux fabriqués en acier se substituent aux fondations béton. Et les consommations d’énergie sont encore réduites par un système récupérant la chaleur des eaux usées. Les calories récupérées préchauffent ensuite l’eau alimentant le chauffe-eau thermodynamique avec une baisse des besoins de chauffage. L’amélioration de l’empreinte carbone fait partie intégrante de l’ADN des maisons bois passives.  

Le label Passivhaus

  • Un besoin de chauffage inférieur à 15 kWh d’énergie utile par mètre carré de surface de référence énergétique et par an ;
  • Une consommation totale en énergie primaire (tous usages, électroménager inclus) inférieure à 120 kWh par mètre carré de surface de référence énergétique par an ;
  • Une perméabilité à l’air de l’enveloppe mesurée sous 50 pascals de différence de pression inférieure ou égale à 0,6 par heure ;
  • Une fréquence de surchauffe intérieure (> à 25 °C) inférieure à 10 % des heures de l’année.

Combien coûte une maison passive ?

Comptez en moyenne entre 2 400 et 2 500 €/m² pour faire construire une maison bois labellisée « Bâtiment passif », contre 2 100 à 2 200 €/m² pour une maison bois. Certains constructeurs spécialisés dans le passif proposent à leurs acquéreurs une maison livrée hors d’eau, hors d’air. L’habitation est dotée de sa toiture, de ses fenêtres sans oublier la ventilation mécanique contrôlée à double flux. À charge pour les futurs propriétaires de réaliser le second œuvre : plomberie, électricité, carrelage. L’avantage de cette formule ? Son prix : 1 500 € le m² qui facilite l’accession à la maison passive.

Avis d’expert : Yvan Baudouin

Yvan Baudouin est président de l’association Maison passive qui promeut le développement de ces bâtiments sobres en énergie en France.

Que représente la maison passive en France ?
300 000 m² de bâtiments passifs ont été certifiés en France depuis 30 ans. Deux cents maisons ont été certifiées passives.

Pourquoi ce chiffre est-il si faible ?
Peu de ménages font construire ce type de maisons, car l’Etat n’accorde aucune aide financière. Et nous manquons également d’entreprises capables de construire ces habitations qui sont très exigeantes. Il faut en effet former ses équipes.

La maison bois labellisée passive n’est-elle pas un produit élitiste ?
Malheureusement oui. La maison bois passive n’est pas encore à la portée du grand public. Notre défi : c’est de démocratiser cet habitat. Dans mon entreprise, nous développons d’ailleurs une gamme de maisons avec une architecture plus simple et un choix de matériaux plus limité. L’objectif étant d’avoir des prix de vente compris entre 2 300 et 2 400 €/m².

On dit souvent qu’il est possible de réaliser une plus-value lors de la revente d’une maison passive. Est-ce le cas ?
Avec 200 maisons certifiées passives depuis 30 ans, on ne peut pas parler d’un marché de la revente. Mais il est évident que dans le contexte actuel, où les factures de chauffage continuent d’augmenter, il serait cohérent de faire construire une maison bois passive qui consomme moins d’énergie que les autres constructions. Cette faible consommation énergétique devrait être prise en compte lors de la revente du bien.

Quels sont vos souhaits pour la maison passive ?
Mon rêve ? C’est qu’en 2030 la construction passive devienne la norme. Depuis 32 ans, nous savons construire des bâtiments qui consomment peu d’énergie. Nous pourrions avoir une réglementation plus exigeante pour aller plus loin. Il n’y a aucune raison pour ne pas rendre le passif obligatoire. 

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