Ils sont incontournables ! Si vous faites construire dans le périmètre dun monument historique ou dans un site patrimonial remarquable comme une vallée, votre demande de permis arrivera sur le bureau dun architecte des Bâtiments de France (ABF).
Des architectes des Bâtiments de France très sollicités
Ces professionnels sont en effet chargés de vérifier si les nouveaux bâtiments sintégreront bien dans ces espaces protégés. Ces architectes indiqueront leurs préconisations qui sont le plus souvent obligatoires. Cest notamment le cas si votre maison est visible depuis un monument classé dans un rayon de 500 mètres ou si ce dernier est visible depuis votre habitation. LABF rend alors un avis conforme que le maire doit suivre avant de signer le permis de construire. Si lhabitation nest pas visible du monument, lABF rend un avis simple. Le maire nest pas tenu de suivre les recommandations du professionnel. Mais sa responsabilité peut être engagée en cas de recours intenté contre lautorisation accordée au particulier.
Contrairement aux idées reçues, il nest pas rare de construire dans un espace protégé comme le rappelle Pascale Poirot, lancienne présidente de lUnam, qui regroupe les aménageurs lotisseurs : « Depuis plusieurs années, le foncier devenant rare, nous travaillons de plus en plus dans des secteurs déjà urbanisés. Les lotissements que nous créons se situent souvent dans les secteurs sauvegardés ».
Acheter son terrain avant sa maison
Lors de la conception du lotissement, les aménageurs lotisseurs intègrent les prescriptions des ABF qui simposeront au futur acquéreur comme limplantation des maisons sur la parcelle, le volume et la hauteur du pignon. Plusieurs couleurs denduit sont aussi proposées dans un cahier qui sera remis à lacheteur du lot prêt-à-bâtir. Des contraintes que lacquéreur a parfois du mal à accepter ! Cest dautant plus vrai lorsquil a déjà le plan de sa maison. « Les clients ont déjà choisi le modèle avant davoir acheté le terrain », constate Pascale Poirot. « Mais la logique, cest plutôt de trouver son terrain avant de faire construire. En tant quaménageur lotisseur, nous devons faire preuve de pédagogie en expliquant à nos acquéreurs quelles sont les contraintes. Nous devons leur dire quils devront utiliser des petites tuiles plates ou des matériaux imitant cet aspect car certaines constructions en sont recouvertes. »
Le volume d'une maison plus contraint
Un crédo que reprennent aussi à leur compte les constructeurs de maisons dès que leur client a choisi un terrain en secteur protégé. Ces professionnels leur expliquent que leur projet sera susceptible dêtre modifié selon les préconisations de larchitecte. Sans oublier le délai dinstruction du permis de construire rallongé dun mois, lABF disposant de trente jours pour communiquer ses préconisations au maire. Selon les secteurs géographiques, les recommandations de lABF peuvent être contraignantes. En Bretagne, la longère sera larchitecture demandée dans certains secteurs. La hauteur du faîtage sera limitée à 6 m et les fenêtres seront plus hautes que larges. Dans le Parc régional du Vexin situé à cheval sur les communes du Val-dOise et des Yvelines, la largeur des façades ne peut pas dépasser 7 m contre 8 à 9 m généralement. Le garage en sous-sol est souvent interdit. La maison doit être dotée de lucarnes et le toit recouvert de petites tuiles, un matériau de couverture plus coûteux. « Certains matériaux comme le PVC utilisés pour les gouttières et les menuiseries sont interdits », précise Miguel Gomes, gérant de Yvelines Tradition, un constructeur francilien qui note cependant que ces mesures vont dans le bon sens, ces matériaux étant plus durables.
Rendez-vous chez lABF avant le permis de construire
Pour obtenir les permis de construire de leurs clients, les constructeurs ont chacun leurs méthodes. Certains comme Trecobat rencontrent à chaque fois lABF avant de déposer le permis. « Ce rendez-vous permet davoir une discussion de fond avec ce professionnel », explique Fabrice Treguer, directeur commercial de Trecobat. Lavant-projet du client ayant intégré les préconisations de lABF constituant la base de travail. « Et nous venons dans la plupart des cas avec le client pour limpliquer dans son projet. » Un rendez-vous essentiel car les objectifs des deux parties peuvent parfois diverger ! LABF demandant des modifications de larchitecture ou lemploi de matériaux qui peuvent générer des surcoûts pour lacquéreur ou remanier le projet. Le constructeur essaye alors de débloquer la situation. « Nous proposons plusieurs scénari à lABF. Et nous arrivons à trouver des solutions », explique le dirigeant.
Des préconisations déjà intégrées au projet du client
Chez le constructeur IGC, lABF nest pas consulté systématiquement. Fort de son maillage géographique dense, le constructeur de la Nouvelle Aquitaine intègre immédiatement au projet de son client les préconisations des ABF. « Nous connaissons leurs habitudes », précise Nicolas David, responsable du bureau détude dIGC. Le permis de construire sera ensuite envoyé en mairie. Mais il arrive que certains acquéreurs poussent la porte de la mairie pour défendre eux-mêmes leur permis avec lélu. « Certains maires en conflit avec lABF refusent de suivre les préconisations de ces professionnels, dautres les respectent. Mais nous conseillons à nos clients de toujours suivre lavis de larchitecte car il est fondé et argumenté. » Certains constructeurs font dailleurs remarquer que le permis de construire a parfois davantage de chance dêtre accordé si cest justement le particulier qui rencontre seul le maire. Ce dernier se montrant plus sensible à ses demandes quà celles du constructeur.
Préconisations de l'ABF : lacquéreur seul décisionnaire
Mais quelle que soit la stratégie suivie par les constructeurs, ce sont bel et bien les acquéreurs qui choisissent en dernier ressort de suivre ou pas les recommandations de lABF. Certains acceptent les préconisations quitte à modifier leur projet. Une décision qui nest pas toujours facile à prendre pour des familles très investies comme le rappelle Miguel Gomès : « Dans un premier temps, certains clients refusent les préconisations car ils ont un véritable coup de cur pour leur maison. Mais ils finissent par accepter que lon modifie leur projet ». Les surcoûts occasionnés parfois par lutilisation de certains matériaux impliquent de nouveaux arbitrages pour les familles. « Un cumul de prescriptions peut occasionner un surcoût de 3 000 € sur le prix dune maison », rappelle Nicolas David. Pour financer ces surcoûts, les acquéreurs réalisent certaines prestations intérieures comme la pose du carrelage ou linstallation des sanitaires. Mais dautres acquéreurs refusant de se conformer aux prescriptions des ABF renoncent à leur projet, une pratique néanmoins plutôt rare selon les constructeurs. La solution choisie ? « Ils achètent un terrain qui ne dépend pas des ABF », conclut Fabrice Treguer.
Avis dexpert
Nicolas Chevalier est chef de service de lUnité départementale de larchitecture et du patrimoine (UDAP) de la Creuse.
Faire construire sa maison : Quel est le rôle de larchitecte des Bâtiments de France ?
Nicolas Chevalier : Nous devons vérifier que larchitecture de la nouvelle construction est cohérente avec les éléments bâtis situés dans lenvironnement du monument historique quil sagisse dune église, dun château fort ou dune croix sculptée. En secteur rural, nous nous attachons également beaucoup à la cohérence du projet avec la silhouette du hameau qui ne doit pas être perturbée par la volumétrie de la nouvelle maison ou une couleur trop voyante de lenduit.
Comment se passe la collaboration avec les constructeurs ?
Ils sont de plus en plus nombreux à venir discuter du projet de leur client avant de déposer le permis de construire. Mais nous avons aussi reçu de la part de quelques constructeurs des permis qui navaient pas intégré le contexte patrimonial dans lequel la maison allait être construite. Après plusieurs échanges ils ont modifié leur projet.
Quel conseil donnez-vous aux particuliers ?
La première étape avant dacheter son terrain, cest de rencontrer un ABF pour savoir ce quil peut faire sur cette parcelle. Nous ne sommes pas là pour lempêcher de construire ! Nous lui apportons des conseils. Il nous communique ensuite un dossier intermédiaire intégrant les prescriptions architecturales qui lui ont été indiquées lors du rendez-vous. Nous lui donnerons éventuellement deux ou trois conseils en complément qui lui permettront de déposer son permis de construire. Et ce dernier lui sera accordé.
Le constructeur peut-il venir avec son client ?
Oui. Lobjectif est de trouver un compromis entre les trois parties. Dialoguer en amont est plus constructif quà postériori.
Des constructeurs déclarent cependant que certains ABF nont pas le temps de les recevoir.
Les UDAP sont dimensionnées selon la taille de leur territoire pour remplir leurs missions. Il est vrai que certaines unités sont plus sollicitées que dautres. Mais je nai jamais refusé dexaminer des dossiers par manque de temps. Je rappelle dailleurs que nous pouvons recevoir les demandes par mail. Le particulier peut nous présenter une esquisse de son projet en nous envoyant un plan et des photos. Et nous pourrons déjà lui apporter une première réponse.
Quels sont les points que vous examinez ?
Nous regardons limplantation de la maison dans son environnement comme le sens du faîtage. Nous vérifions si des arbres existants ont été conservés sur la parcelle. Nous examinons la volumétrie de la maison, la teinte du mortier, la couleur des tuiles, la forme des baies. Dans notre département, les baies doivent être plus hautes que larges par exemple.
On a souvent limpression que les ABF imposent leurs choix aux acquéreurs.
Non. Le particulier dispose dun choix très ouvert qui lui est proposé notamment pour les couleurs par le nuancier conçu par le Conseil darchitecture, durbanisme et de lenvironnement (CAUE). Que ce soit la couleur des enduits, celle des menuiseries. De même, un large choix de tuiles lui est également proposé. On peut toujours discuter. Mais jimpose parfois des matériaux qui permettent à la maison dêtre en harmonie avec le bâti environnant. Dans le cas dune maison neuve située au cur dun bourg, je veux du bois et non du PVC pour les menuiseries. Cela est plus conforme au patrimoine local.
Des constructeurs pointent du doigt lallongement des délais dun permis soumis à un ABF.
Il faut anticiper ! Il suffit de se rendre en mairie pour savoir si son terrain est situé dans un espace protégé. Si cest le cas, le particulier sait quil devra prévoir un délai supplémentaire pour linstruction de son permis de construire. Si le dossier est bien préparé, nous lexaminons vite. Je rappelle que lexamen du permis de construire par nos services nest pas celui qui retarde le projet. Le raccordement à lélectricité ou au réseau deau peut parfois occasionner des délais dinstruction plus importants.
Certains maires ne suivent pas les avis des ABF. Quen est-il ?
Cest plutôt rare ! Car nous travaillons en partenariat avec les maires pour accompagner les évolutions de la commune. Nous sommes prêts à faire des compromis. Mais sils ne tiennent pas compte de nos préconisations sans que nous puissions en discuter, cest quils se moquent de nous !
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