Chauffage : la RE 2020 va tout changer !

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Le 1er janvier 2022, la RE 2020 va remplacer l’actuelle RT 2012. Le chauffage va vivre une révolution historique. Les énergies fossiles vont disparaître définitivement au profit de solutions plus douces pour l’environnement. Le point sur un sujet brûlant.

Dans quelques mois, l’actuelle réglementation thermique, la RT 2012, aura vécu. Elle sera remplacée par la Réglementation environnementale 2020, qui, comme son nom l’indique, met l’accent sur la réduction des émissions de gaz à effets de serre et la transition énergétique. Ce nouveau texte remet en cause nos habitudes. Certains modes de chauffage sont voués à disparaître tandis que d’autres vont profiter de cette nouvelle donne.

1 - Pourquoi une nouvelle réglementation environnementale 2020 ?

Depuis 1974, la construction neuve est soumise à des réglementations thermiques successives. Depuis le premier choc pétrolier, l’objectif était de réduire les consommations énergétiques. Les résultats sont au rendez-vous puisque depuis la dernière, la Réglementation thermique 2012, les maisons ne doivent pas dépasser 50 kWhEP/m².an en moyenne (40 à 65 kWhEP/m².an selon les régions).
Aujourd’hui, c’est le réchauffement climatique qui est au centre des préoccupations. Pour atteindre les objectifs des Accords de Paris, signés par la France, qui visent la neutralité carbone à l’horizon 2050, les pouvoirs publics ont travaillé sur une réglementation plus environnementale, beaucoup moins carbonée : la RE 2020. Le nouveau texte amende la RT 2012 qui ne prenait en compte que la dimension énergétique en y introduisant l’exigence carbone. Concrètement, les énergies fossiles, notamment le gaz naturel, seront progressivement bannies de la construction neuve.

2 - Qui sera concerné par la future RE 2020 ?

D’un point de vue administratif, tous les permis de construire déposés avant le 31 décembre 2021 seront instruits dans le cadre de l’ancienne RT 2012. Cachet administratif faisant foi. « La réglementation concernera, sauf exception, les logements dont les permis de construire seront déposés postérieurement à cette date », précise le ministère de la Transition écologique. Concrètement, à partir d’octobre/novembre, tous les projets de construction seront conçus dans le cadre de la RE 2020, puisque le permis de construire aura toutes les chances d’être instruit en 2022.

3 - Quelles conséquences pour le chauffage ?

La RE 2020 marque un tournant pour les modes de chauffage en maison individuelle. Avec la disparition du gaz et la pénalisation du chauffage électrique à effet Joule, la pompe à chaleur s’affirme comme la grande gagnante de la future RE 2020. Autre succès annoncé : celui du chauffage bois. La RE 2020 favorisant le chauffage à biomasse, le poêle à granulés et la chaudière à pellets sont également valorisés dans le moteur de calcul. Et inutile d'installer des matériels puissants,4 à 6 kW suffisent largement pour chauffer toute la maison.

4 - Le 100 % gaz, c’est vraiment fini ?

Oui mais… Si la RE 2020 n’interdit pas explicitement l’usage du gaz naturel pour chauffer les maisons, le texte fixe un seuil maximal d'émissions carbone pour le chauffage de 4 kgCO2/m2/an, qui exclut de fait les systèmes utilisant exclusivement du gaz (naturel ou Propane). L’objectif affiché est de sortir des énergies fossiles dès 2024.

Précision utile : il sera encore possible de déposer un permis de construire prévoyant le gaz jusqu’à fin 2023 lorsqu’une autorisation d’aménager prévoyant une desserte en gaz aura été déjà délivrée. Autrement dit, s’il reste quelques lots à vendre sur un lotissement, le gaz restera possible. La seule solution envisageable pour pas ne dépasser 4 kgCO2/m2/an est d’opter pour une chaudière hybride.

5 - Une solution hybride, qu’est-ce-que c’est ?

La chaudière hybride combine une pompe à chaleur air/eau à une chaudière. Grâce à cette association, elle peut potentiellement passer sous le seuil des 4 kgCO2/m2/an. La combinaison de deux technologies (une énergie primaire et une énergie renouvelable) permet de profiter simultanément des avantages des deux systèmes. Tout repose sur la régulation qui permet de mesurer en permanence le rendement de chacun des deux éléments de chauffage (chaudière et Pac) en fonction des températures extérieures. Le système privilégie toujours l'utilisation du système le plus performant en termes de consommation d'énergie primaire.

Pour des températures supérieures à 10 °C, la pompe à chaleur assure seule le chauffage. Lorsque la température extérieure chute entre 0 et 10 °C, la pompe à chaleur fonctionne en priorité, la chaudière n’intervenant qu’en complément. Le passage de la Pac à la chaudière se produit en général autour de 4°. Naturellement, ce système produit aussi l’eau chaude sanitaire. Comptez entre 8 000 et 12 000 €.

6 - Et le chauffage électrique, c’est possible ?

Déjà très difficile à installer dans le cadre de la RT 2012, le chauffage électrique traditionnel (radiants, convecteurs), ce que les spécialistes appellent «  effet Joule », n’est pas plus valorisé dans le moteur de calcul de la RE 2020. D’ailleurs, Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, avait pris soin de préciser lors de la présentation de la RE 2020, que « le gouvernement souhaite empêcher un retour massif du radiateur électrique (convecteur à effet Joule), car s’il est peu coûteux à installer, ce mode de chauffage est cher à l’usage et pèse plus fortement sur le réseau électrique au plus fort de l’hiver (pointe hivernale) ».

Le problème de l’effet Joule, c’est qu’il ne passe pas le seuil du CEPnr (consommation d’énergie primaire non renouvelable) tel que défini dans le texte de la RE 2020. Le gouvernement souhaite plutôt valoriser les solutions fonctionnant à l’électricité comme les pompes à chaleur puisant des calories renouvelables dans l’air (aérothermie) ou dans le sol (géothermie).

7 - La pompe à chaleur s’impose

La pompe à chaleur s’affirme comme le chauffage de référence pour les prochaines décennies. Déjà très présente dans les constructions neuves, sa part de marché augmente régulièrement : 66 % sur l'ensemble de la France et 64 % en Île-de-France en décembre 2020 (enquête Domexpo réalisée en partenariat avec Caron Marketing) contre respectivement 55 et 51 % un an auparavant. Et ce n’est pas fini, avec la RE 2020, la Pac pourrait équiper près de 80 % des maisons neuves dans un avenir proche. Voire plus.

C’est la solution air/eau qui est plébiscitée par les acquéreurs. Dans ce cas, la Pac puise les calories dans l’air pour les transmettre à la boucle de chauffage. Autre atout non négligeable, qui participe aussi à son succès, elle peut être réversible et rafraîchir la maison l’été. On peut facilement abaisser la température de 4 à 5°. Le prix varie, selon le niveau de gamme et la surface à chauffer, entre 9 000 et 15 000 €.
Autre possibilité, opter pour une Pac air/air. Appelée autrefois climatiseur, elle puise toujours les calories dans l’air mais diffuse la chaleur ou le froid par des cassettes (les splits) placées dans le salon et les chambres. Elles sont reliées à l’unité extérieure pas des gaines dissimulées dans le plafond. Les Pacs air/air équipent près de 21 % des maisons neuves (enquête Pôle Habitat FFB, décembre 2020). Comptez entre 1 600 et 2 800 € par unité intérieure installée.

Encore plus vertueuses !
Pour devenir encore plus vertueuse pour l’environnement, les Pacs évoluent en permanence pour devenir le chauffage de référence incontournable pour les prochaines décennies. Elles sont toujours plus performantes, moins polluantes et moins bruyantes.

  • Des gaz moins nocifs pour l’environnement. Les modèles les plus récents adoptent le nouveau gaz frigorigène R 32 beaucoup moins nocif pour l’environnement. Ce gaz possède un Potentiel de réchauffement planétaire (PRP) plus faible d’environ 30 % par rapport à l’ancien R-410A. Une Pac fonctionnant au R 32 nécessite aussi une charge de gaz inférieure de 10 %. Enfin l’efficacité énergétique est supérieure.
  • Moins de bruit. Les nouvelles Pacs sont aussi moins bruyantes. Toutes les grandes marques travaillent sur l’atténuation du bruit pour une meilleure intégration sur les petits terrains et limiter ainsi les potentiels problèmes de voisinage. Les plus silencieuses peuvent atteindre un minimum de 39 dB(A), soit moins qu’un lave-vaisselle réputé silencieux.
  • Un air intérieur de meilleure qualité. Avec la pandémie de Covid, la qualité de l’air intérieur est devenue un sujet de préoccupation majeur. De grandes marques proposent des Pacs qui ralentissent la croissance des polluants comme certains virus et bactéries. Cette technologie, qui était souvent en option, commence à se généraliser.

8 - Le poêle à bois, l’autre gagnant de la RE 2020

Le chauffage au bois s’inscrit lui aussi dans la trajectoire bas carbone que souhaite engager le gouvernement et devient du même coup le challenger de la pompe à chaleur. Mais attention, il faut installer un modèle étanche adapté aux exigences sanitaires et techniques de l’ancienne RT 2012. La volonté du ministère de la Transition écologique est de privilégier les poêles à bois et chaudières à granulés.

Même s’il n’est pas exempt de défauts (émission de particules fines liées à la combustion), le poêle à bois présente de nombreux avantages. Ils sont de plus en plus propres : « en dix ans, les émissions de particules les plus fines (PM2.5) ont été réduites de 40 %, en grande partie grâce aux évolutions techniques réalisées sur les appareils », constate le Centre d'essais et de recherches des industries de la cheminée (Ceric), un laboratoire référent en Europe dans les domaines de la cheminée et des énergies durables. D’après le Ceric en associant un combustible de qualité et l’évolution des performances des appareils de chauffage au bois, il est possible de diviser encore par dix les émissions de particules d’ici 2030.
C’est une énergie renouvelable, locale, mettant en œuvre les principes d’une gestion durable du bois français d’abord l’avantage d’être d’un coût accessible et stable (à partir de 350 € la tonne) et d’être performant avec des rendements tutoyant les 90 %.  Enfin le granulé de bois est le combustible parmi les moins chers du marché. Reste à choisir un modèle conforme à la réglementation. Il devra être étanche et posséder une régulation.

Flamme verte 7*, sinon rien !
Seuls les poêles labellisés Flamme verte 7 étoiles ont le droit de cité. Pour un poêle à granulés, cela suppose une performance énergétique (rendement) supérieure ou égale à 87 %, des émissions de monoxyde de carbone (CO) inférieures ou égales à 300 mg/NM3 (à 13 % d’O2) et des émissions de poussières (PM) inférieures ou égales à 30 mg/Nm3.

9 - La chaudière à granulés

Autre solution mise en avant par les pouvoirs publics : la chaudière à granulés appelée aussi à « pellets ». Elle assure la même fonction qu’une chaudière traditionnelle (chauffage et eau chaude sanitaire). Valorisée par la RE 2020, elle n’a que des qualités ! Avec des rendements autour de 105 %, elle est aussi performante qu’une chaudière à condensation à gaz. Et côté autonomie, selon la contenance de la trémie, elle peut fonctionner pendant près d’un an sans avoir rempli son réservoir de granulés ! Exactement comme pour les anciennes chaudières à fioul. Autre atout, elle peut se brancher sur une ventouse. Donc pas de conduit de fumée à prévoir.

Pour le stockage des granulés, toutes les solutions existent : silos textiles, réserves sur mesure, mini-silos. Avec une emprise au sol de 4 m2 et de 2 m, il est possible de stocker entre 2,5 et 3,5 t de granulés. Une quantité largement suffisante pour passer une année en toute tranquillité. L’alimentation du foyer peut se faire par une vis sans fin ou en aspiration depuis un silo textile pour une autonomie annuelle. Comptez entre 8 000 à 15 000 €, avec production d'eau chaude sanitaire. Pour le silo, selon la contenance, les prix varient de 800 à 2 600 €. Si l’investissement global est un peu plus élevé, la tonne de pellets ne coûte environ que 350 €.

10 - Peut-on se passer de chauffage ?

La réponse est oui, mais uniquement si la maison est passive.

Côté prix, il faut compter, en moyenne, un surcoût global de 10 à 15 % par rapport à une maison RT 2012. Et en été, la climatisation n’est pas nécessaire ! Techniquement, la maison reprend les principes bioclimatiques avec une orientation préférentielle en direction du sud ou du sud-ouest pour bénéficier du meilleur ensoleillement possible. Ce qui change, c’est l’isolation. Les ponts thermiques sont systématiquement détectés et supprimés. Murs, toiture, sols, bénéficient naturellement d’un très haut niveau de performance en termes d’isolation. Quant aux menuiseries extérieures, elles sont équipées de vitrages à basse émissivité. Le secret de la maison passive repose sur une VMC double-flux. Cette dernière « récupère » les calories de l’air vicié sans que l’air neuf entrant ne se mélange avec l’air extrait pollué du logement. Résultat le chauffage devient facultatif !