Construire mieux, plus vite et moins cher. Les constructeurs n'ont pas attendu la loi Elan pour s'y mettre. Ils sont de plus en plus nombreux à proposer des solutions techniques innovantes pour mettre en musique la nouvelle philosophie du ministère de la Cohésion des Territoires. Quelle que soit la technique choisie, ils ont tous les mêmes objectifs : raccourcir les délais de chantier (donc moins de loyers et d'intérêts intercalaires pour les acquéreurs), contenir les prix, diminuer les malfaçons et améliorer les performances thermiques des maisons. Objectifs atteints.
La loi Elan
La finalité de la récente loi Evolution du logement, de lAménagement et du Numérique est de fluidifier le marché immobilier. L'article 19 de la loi facilite notamment le recours à la préfabrication dans les contrats de construction de maison individuelle. Ce mode constructif revient sur le devant de la scène. « Il permet une accélération des constructions ; des chantiers plus rapides, plus propres, moins accidentogènes et moins dépendants des aléas climatiques » selon les rapporteurs.
La maison hors site
Encore peu connue du grand public, la construction dite hors site est une innovation importante dans le monde de la maison individuelle. Il s'agit de préfabriquer en atelier pratiquement tous les éléments constitutifs de la maison et de les assembler sur place. Comme le souligne Pascal Navaud, pionnier dans le domaine, président du réseau La Maison abordable, « mon expérience dans l'industrie m'a poussé à appliquer les process et les méthodes au monde de la construction que je trouvais techniquement un peu vieillissant. J'ai donc réfléchi à une maison modulaire en bois entièrement démontable ».
Fort de cette première expérience, Pascal Navaud s'est lancé dans la construction hors site avec des process cadres bois et le Lean management (démarche dorganisation participative dans laquelle les intervenants collaborent pour gagner en efficacité. L'objectif est de tendre vers le zéro défaut avec le moins de gaspillage possible et des délais de réalisation accélérés).
Appliqué à la maison individuelle, cette méthode inédite consiste à assembler tous les éléments préfabriqués de la maison au plus près du chantier. « Contrairement à la maison à ossature bois classique, nous ne travaillons pas en deux mais en trois dimensions. Le montage des modules ne nécessite pas de compétences techniques particulières. Ils sont constitués de cadres standard très solides assemblés avec des connecteurs et renforcés par des poutres en lamellés collés, des panneaux de bois de type OSB (NDLR : panneau constitué de lamelles de bois collées avec un liant), un isolant, une plaque de plâtre intérieure et un contreventement extérieur, un système d'isolation par l'extérieur qui reçoit ensuite un enduit hydraulique », précise Pascal Navaud.
La construction hors site intègre la fabrication du gros uvre (mur, plancher, charpente, les lots techniques ou architecturaux), les salles de bains, les installations électriques, de plomberie et de chauffage, les accessoires et équipements. Certains constructeurs optent pour une ossature bois, d'autres pour une structure acier. Les modules bâtis le plus près possible du chantier, un hangar peut suffire.
Dès que les plots de béton destinés à recevoir la maison sont coulés et secs, les modules sont livrés sur le terrain et assemblés sur place. « Ce système sur vide sanitaire nous permet d'installer des VMC double flux et des récupérateurs d'eau de pluie », mentionne Pascal Navaud. Côté esthétique, seul un il expert peut distinguer une maison hors site d'une construction dite traditionnelle. La seule différence notable réside dans les délais de réalisation. « Une maison est hors d'eau.hors d'air en une journée ! Et côté prix, une maison prête à habiter coûte environ 1 000 € du mètre carré » conclut Pascal Navaud.
Des chantiers propres
La préfabrication des maisons présente également un intérêt environnemental grâce à des chantiers propres. Un critère important dans le cadre de la future réglementation environnementale 2020. L'industrialisation de la construction en usine permet en effet de maîtriser les quantités et donc les déchets. Tous les produits ou matériaux mis en uvre sont alors beaucoup plus facilement recyclés.
Préfabrication : pour le béton aussi !
Si les constructeurs de maison à ossature bois ou hors site utilisent la technique de préfabrication depuis longtemps, la filière humide (celle qui utilise le béton) commence seulement à l'adopter. Les motivations sont identiques à celles de la filière sèche : construire rapidement des maisons techniquement irréprochables et performantes. Nicolas Regnier, cofondateur de Quick Habitat, précise l'origine du concept : « je me suis intéressé à la préfabrication de murs pour avoir un contrôle qualité et une bonne rapidité d'exécution. Le concept repose sur un produit intelligent, certifié, traçable, écoresponsable, sans sinistralité, avec une mise en uvre rapide. Deux années de recherche ont été nécessaires pour allier les murs préfabriqués et les panneaux de toiture ».
Murs et panneaux sont réalisés en usine et livrés directement sur le chantier puis assemblés à l'aide d'une grue. Une fois les fondations coulées et la dalle sèche, les murs sont clavetés pour un assemblage précis. Le coulage des jonctions d'angle se fait ensuite avec du béton. Résultat, il n'y a aucun pont thermique.
Pour améliorer leurs performances, les murs incorporent un isolant thermique haute performance ainsi que les gaines électriques. Résultat leur mise en uvre sur le chantier est extrêmement rapide. « Pour une maison de 150 m2 nous sommes capables de réaliser un niveau par jour. La pose des panneaux de toiture autoportants prêts à recevoir tous types de couverture se fait en une journée » précise Nicolas Regnier. Pour rappel un hors d'eau/hors d'air, une fois la dalle coulée, nécessite entre quatre et huit mois de travaux pour une maison en parpaings ! « Dans le sur-mesure, rien n'est figé » indique Nicolas Regnier. « Entre la déclaration d'ouverture de chantier et la livraison, nous sommes capables de livrer une maison en quatre mois. Pour l'acquéreur c'est moins d'intérêts intercalaires et de loyers à payer. Ce type de construction présente des performances de haut niveau, notre maison exposition équipée d'une ventilation simple flux et d'une pompe à chaleur est déjà RT 2012 - 30 », précise Emmanuel Vanneyre, cofondateur de Quick Habitat. « Côté prix, nous sommes à peu près au même niveau que la concurrence. Ce qui fait la différence, c'est le délai de livraison ramené à seulement quatre mois et une quasi absence de sinistralité. »
Le bloc coffrant
Le bloc coffrant fait un retour en force à la faveur des réglementations thermiques qui visent à diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2050. Ce système constructif apporte une réponse globale au maître d'uvre en associant simultanément isolation et matériau de construction. En une seule opération, le maçon monte des murs parfaitement étanches, pose lisolant thermique et phonique.
Techniquement le bloc coffrant s'apparente au béton banché, mais ses parois extérieures sont en polystyrène. « Un bloc se compose de deux planelles en PSE classique ou graphité de 120 cm de long et 35 cm de haut, reliées par des entretoises. La planelle intérieure a une épaisseur constante de 7,5 cm, tandis que la planelle extérieure varie de 7,5 à 20 cm dépaisseur selon les besoins » précise François Dumora, cofondateur de France Bâti Innovation. Ces deux parois parfaitement parallèles sont solidarisées par des entretoises et des armatures métalliques pour assurer une bonne rigidité à l'ensemble.
Une fois l'arase de la maison coulée et parfaitement plane, il suffit d'empiler les blocs. Ils s'emboîtent comme des Legos® et ne nécessitent ni colle ni mortier grâce à leur profil emboîtable. « Un bloc ne pèse que 2 kg d'où une manutention très facile et une mise en uvre réduite de moitié par rapport à une construction traditionnelle » ne manque pas de mentionner François Dumora. Malgré cette légèreté, une construction en blocs béton répond parfaitement aux normes parasismiques.
Un ferraillage vertical renforce la solidité de la structure. Une fois les modules des murs assemblés jusqu'au plancher haut, il suffit de couler le béton entre les deux parois de polystyrène. Côté finition tout est possible : enduit, bardage, briquettes collées il suffit d'enduire les blocs d'une primaire d'accrochage.
Côté performances, on atteint des sommets. La résistance thermique du matériau varie de 5,67 à 8,96 m2.K/W selon l'épaisseur des planelles. Quant aux tests de perméabilité réalisés, ils affichent des valeurs largement inférieures au seuil réglementaire de 0,6 m3/h/m2. La problématique des ponts thermiques disparaît. « Il existe tout un système constructif homogène. Par exemple, nous avons conçu des blocs d'angle pour éviter les coupes », précise François Dumora. « Avec ce matériau, l'étanchéité des maisons est très élevée. Dans la dernière maison que nous avons réalisée, le test de perméabilité était de 0,12 m3/h/m2. Notre plus mauvais résultat est 0,27 m3/h/m2. Une maison construite en blocs coffrants accepte sans problème un chauffage électrique effet Joule. Dans une maison de 90 m2 que nous avons réalisée, le coût annuel du chauffage s'élève à 86 €. Dans une autre de 228 m2, les propriétaires n'ont dépensé que 141 € pour leur chauffage. Un mur fini classique en RT 2012 coûte en moyenne 88 €/m2. Un bloc coffrant revient à 140 €/m2. « Le surcoût est compensé par la réduction du chantier qui est divisé par 2,5. Et les performances énergétiques exceptionnelles compensent en partie cette plus-value » termine François Dumora.






La toiture, la signature de la maison, mais pas que !
L’étude de sol, la clé d’une maison durable
Confort d'été : miser sur les bonnes protections
Maison autonome : comment y parvenir ?