Chauffage et RE 2020 : ce qui change pour votre maison

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Le chauffage dans la maison neuve tourne une page. Avec la Réglementation environnementale 2020, en vigueur depuis début 2022, il n’est plus possible de se chauffer intégralement au gaz. Place aux énergies renouvelables, décarbonées ou à l’hybridation !

Depuis le 1er janvier 2022, la Réglementation environnementale 2020 (RE 2020) remplace la Réglementation thermique 2012 (RT 2012). Comme son nom l’indique, la nouvelle règle n’est plus uniquement thermique mais aussi environnementale. En signant la fin quasi définitive ou presque du gaz pour se chauffer ou produire l’eau chaude sanitaire dans la maison neuve, elle marque un tournant historique. L’enjeu est de contraindre les acquéreurs à se tourner vers des énergies de chauffage décarbonées.

Résultat, depuis le début de l’année, le 100 % gaz naturel dans la maison n’est plus possible, sauf dans de rares cas. « Notre volonté est de cesser d'utiliser des énergies fossiles dans les bâtiments neufs », affirmait Barbara Pompili, la ministre de la Transition écologique lors la présentation de la RE 2020. Comme le confirme Lara Laugar cheffe de projet chez Senova, bureau d’études thermiques, environnement et fluides, « la grande révolution de la RE 2020, c’est la disparition presque totale du gaz naturel. Les solutions envisageables sont désormais les pompes à chaleur, les poêles à granulés et les chaudières bois ».

Nouveau seuil d'émission
A partir du 1er juillet 2022, les équipements neufs de chauffage et de production d’eau chaude sanitaire devront respecter un plafond d’émissions de gaz à effet de serre de 300 gCO2eq/kWh. Ce nouveau seuil fixé dans le décret paru au Journal officiel du jeudi 6 janvier 2022 s'inscrit dans la politique de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de lutte ainsi contre le changement climatique. Côté équipement, pas d'inquiétudes à avoir puisque pourront continuer à être installés dans les maisons les matériels alimentés par de l'électricité comme les pompes à chaleur, y compris hybrides, de la biomasse (poêles et chaudière à bois), de l’énergie solaire ou géothermique, du gaz. Seul impératif : respecter ce plafond d’émission de 300 gCO2eq/kWh.

Des maisons encore plus performantes

La RE 2020 est plus exigeante que l’ancienne RT 2012, notamment en ce qui concerne l’isolation. L’indicateur de besoin bioclimatique (le Bbio), coefficient qui permet de mesurer les besoins du bâtiment en chauffage, climatisation et éclairage, est abaissé de 20 à 30 % par rapport à celui de la réglementation en vigueur depuis 2012. Concrètement la maison doit théoriquement consommer 20 à 30 % de moins. Et pour la première fois, le confort d’été est pris en compte !

La pompe à chaleur est la grande gagnante de la RE 2020. Elle va s'imposer dans toutes les régions mêmes les plus froides. www.daikin.fr© Daikin

Autre transformation importante, la RE 2020 prévoit une forte réduction de la consommation annuelle par ménage à 12 kW/m². À titre de comparaison, la limite de consommation annuelle atteignait 50 kWh/m2 avec la RT 2012.

Les mots de la RE 2020
La nouvelle Réglementation environnementale utilise des indicateurs qui influent directement sur le chauffage :

  • Le Bbio : définit le niveau de performance de l’enveloppe du bâtiment. Son seuil maximal impose une performance de l’enveloppe supérieure de 20 à 30 % par rapport à celle connue en RT 2012 avec des modulations, notamment pour les petites maisons.
  • Le Cep : c’est la consommation en énergie primaire du bâtiment prenant en compte cinq usages : le chauffage, l’éclairage, la ventilation, la production d’eau chaude sanitaire et le refroidissement.
  • Le Cepnr : ce nouvel indicateur, exprimé en kWhep/m2/an, représente la consommation conventionnelle du bâtiment pour les mêmes usages que le Cep, en ne conservant que la part non renouvelable. C’est l’indicateur principal et le plus contraignant pour les consommations d’énergie. Cet indicateur favorise les énergies renouvelables.
  • Indicateur carbone énergie : il correspond à l’impact carbone de la consommation d’énergie de la maison sur sa durée de vie estimée à 50 ans. La RE 2020 sonne donc la fin du gaz pétro-sourcé et oriente les maîtres d’œuvre vers une énergie plus décarbonée : l’électricité, le bois.

Le 100 % gaz, c’est bientôt fini !

L’une des grandes nouveautés de la RE 2020, c’est la disparition programmée du « tout gaz » pour se chauffer ou produire l’eau chaude sanitaire. Mais Emmanuel Barroux, responsable du pôle marché grand public chez GRDF de préciser, « contrairement à ce qu’on peut entendre ici ou là, le gaz n’est pas voué à disparaître. Ce qui est vrai, en revanche, c’est que la RE 2020 va restreindre les choix techniques. Les solutions gaz en hybridation avec des énergies renouvelables vont se développer. Ce qui était d’ailleurs le cas depuis la RT 2012 ». Comme le signale Lara Laugar, « avec les nouveaux seuils d’émission de gaz à effet de serre (4 kgCO2eq/m2) de la RE 2020, il est techniquement impossible d’installer un système de chauffage ne s’appuyant que sur cette énergie ».

Seule solution pour pouvoir conserver l’usage du gaz dans la maison : l’hybridation. L’installation se composera alors d’une chaudière à condensation couplée à une Pac air/eau ou air/air (dans les régions aux étés chauds). Le cœur du système, c’est le module qui se charge gérer intelligemment les deux équipements. Le système de régulation intelligent permet de faire fonctionner l’équipement le plus performant en fonction de la température extérieure, mais aussi du prix des énergies. Lorsque les températures sont douces, la Pac récupère les calories contenues dans l’air extérieur pour chauffer la maison.

L'avenir du gaz naturel dans la maison neuve passe par l'hybridation. Une chaudière est alors couplée à une pompe à chaleur. www.saunierduval.fr© Saunier Duval

Si l’hybridation satisfait aux exigences d’installation d’énergies renouvelables dans la maison, « son autre atout, c’est aussi la fourniture d’eau chaude à volonté ! », complète Marie-Laure Charlot, responsable maison individuelle et lotissement chez GRDF. En période de froid ou en cas de fort soutirage, la chaudière gaz peut produire l’eau chaude sanitaire et le chauffage. Les systèmes ayant recours au gaz vert ou « biogaz » ne sont pas encore modélisés dans le moteur de calcul de la RE 2020.

Le 100 % effet Joule, c’est fini !
L’effet Joule, c’est le chauffage électrique classique, reconnaissable à ses panneaux rayonnants, voire à ses convecteurs. Avec la RT 2012, il était déjà peu répandu. Et la RE 2020 signe sa fin définitive. Comme le précise Christophe Thébault, directeur marketing pompes à chaleur et chaudières chez Atlantic, « le chauffage électrique ne pourra être utilisé qu’en mode composite, couplé soit à des pompes à chaleur air/air ou à des poêles à granulés ». Pour opter pour ce type de chauffage dans le cadre de la RE 2020, un gros travail sur le bâti devra être entrepris pour réduire les besoins et optimiser les autres postes de consommations, notamment l’eau chaude sanitaire. Le coût final sera très élevé. Donc mission quasi impossible !

Régime dérogatoire pour certains lotissements

Pour les inconditionnels du gaz, il reste encore la possibilité d’acheter un terrain dans un lotissement raccordable au gaz naturel. « Dans les lotissements, le seuil d’émission de dioxyde de carbone à ne pas dépasser est fixé à 7 kgCO2eq/m2. Donc le choix du chauffage gaz reste plus ouvert », précise Emmanuel Barroux. Dans ce cas, l’éventail des solutions techniques ne change pas par rapport à l’ancienne RT 2012.

Si le permis de construire du lotissement comporte un raccordement au gaz naturel, dans ce cas, l'usage de cette énergie reste possible sans contrainte. Il suffit de faire appel, en complément de la chaudière, à une énergie renouvelable.© Poitou-terrains

Seule condition, le constructeur a jusqu’au 1er janvier 2024 pour intégrer sa proposition de chauffage au gaz dans son permis de construire. Sont alors possibles :

  • Une chaudière gaz très haute performance énergétique (THPE) couplée à un chauffe-eau thermodynamique pour le chauffage et l’eau chaude sanitaire
  • Un ensemble chaudière THPE et une pompe à chaleur air/air qui combine le chauffage et le rafraîchissement du logement 
  •  Une pompe à chaleur hybride gaz. 

La Pac, la grande gagnante de la RE 2020

Si le 100 % gaz ne fait plus partie des offres énergétiques, cela fait l’affaire de l’électricité. Mais attention, il est hors de question de faire de l’effet Joule. « Les pompes à chaleur (Pac) air/eau ou air/air sont les grandes gagnantes de la RE 2020 », confirme Lara Laugar. Et d’ajouter, « quelles soient air/air ou air/eau, ça ne change rien dans le moteur de calcul ».

Pourquoi un tel succès ? Tout simplement parce que les Pac, qui fonctionnent à l’électricité, restituent plus de kiloWatts qu’elles n’en consomment. Il s’agit en outre d’un mode de production de chaleur qui s’appuie principalement sur le renouvelable (air ou géothermie), l’énergie électrique consommée n’étant que marginale par rapport à l’énergie effectivement restituée dans la maison.

La Pac air/air ou aérothermie est à conseiller dans le sud de la France où les étés sont chauds et le seront de plus en plus. « Si la Pac air/air fait aussi office de climatisation, elle modifie le bilan thermique de la maison. Mais la nouvelle notion de confort d’été tempère cette situation. Ça sera du cas par cas et un équilibre à trouver », ajoute Lara Laugar. Non seulement elle assurera le chauffage l’hiver, mais en plus elle participera au confort d’été dans les zones climatique H2C, H2D et H3 (arc méditerranéen et sud de la France), les plus chaudes selon la RE 2020. Attention : la Pac air/air ne produit pas d’eau chaude. Il faudra donc s’équiper d’un ballon thermodynamique.

Le bois a la cote !

L’autre grand gagnant du nouveau texte, c’est le chauffage bois (poêles et chaudières). La volonté des pouvoirs publics étant de privilégier les énergies 100 % renouvelables. « Le chauffage bois est envisageable selon les mêmes modalités que celles de l’ancienne RT 2012 », précise Lara Laugar. Donc pas de changements, le poêle sera adapté aux maisons de moins de 100 m2. Au-delà, mieux vaut opter pour une chaudière à pellets sur boucle d’eau chaude.

Le poêle à granulés est l'autre grand gagnant de la RE 2020. Il sera choisi notamment par les petits budgets. www.granulebox.fr© Granulebox

S’il n’est pas exempt de défauts (production de particules fines liées à la combustion), ses faibles émissions de gaz à effet de serre par kW consommé (30 g CO2/kW vs 260 gCO2/kW pour le gaz naturel) et son côté renouvelable plaident en sa faveur. Le dioxyde de carbone dégagé par les fumées de combustion est d’une quantité similaire à celui absorbé durant la croissance des arbres qui servent de combustibles. Il présente aussi l’avantage d’être une énergie à l’abri des cours mondiaux avec un prix du kilowatt stable. Un paramètre important à ne pas négliger aujourd’hui. C’est en outre la source d’énergie la moins chère du marché. Bref, la bois coche toutes les cases de la RE 2020 !

Côté matériel deux possibilités : soit un poêle à granulés, soit une chaudière à bois ou à granulés. Le poêle à pellets associés à des panneaux radiants dans les chambres séduira particulièrement les petits budgets. Ce n’est pas un hasard si cette solution a été choisie par 30 % des acquéreurs en 2020. Dans ce cas, le poêle sera à régulation automatique et bien sûr compatible avec la réglementation environnementale 2020. Pour la production d'eau chaude, un ballon thermodynamique fera l'affaire.

Autre solution : la chaudière bois à granulés. Elle sera couplée à un ballon thermodynamique pour éviter les à-coups lors des soutirages d'eau chaude. www.viessmann.fr© Viessmann

 Le solaire reste un peu dans la course

La Réglementation environnementale 2020 favorise les Systèmes solaires combinés (SSC). La chaleur du soleil, captée par les panneaux thermiques placés sur le toit la maison, se transmet dans la maison et au ballon d’eau par le biais d’un fluide caloporteur. Mais l'installation doit nécessairement être couplée à un système d’appoint comme une Pac ou un chauffage bois lorsque le soleil manque). C’est donc un système complexe…

Autre écueil : son prix, supérieur à 15 000 €, pénalise son développement. Son efficacité dépend aussi de la zone géographique. S’il est possible de couvrir jusqu'à 50 % des besoins dans le sud de la France, on atteint péniblement 30 % au-dessus de la Loire. Du coup, ce type d’installation présente peu d’intérêt dans les régions froides et peu ensoleillées.