Maison : le retour du chauffage électrique

Pénalisé par la réglementation, le chauffage électrique traditionnel revient pourtant dans les maisons neuves. Logique : il associe confort, investissement raisonnable et économies d'énergie. Pleins feux sur une solutions rayonnante.

Vanté, promu par les pouvoirs publics dans les années 90, aidé financièrement avec les anciennes primes Vivrélec distribuées par EDF, le chauffage électrique était la star des énergies il y a à peine une vingtaine d'années. Malgré d'indéniables qualités (le matériel à considérablement évolué), l'enfant chéri des pouvoirs publics des années 90 a été peu à peu délaissé au profit du gaz, du bois et autres pompes à chaleur. Le coup de grâce ayant été donné par la Réglementation thermique 2012 qui le pénalise. Mais le chauffage électrique direct à effet Joule n'a pas dit son dernier mot et pourrait bien revenir sur le devant de la scène dans les prochaines années.

Qu'est-ce que l'effet Joule ?
L’effet Joule est un phénomène physique de transformation de l’électricité en chaleur dans un conducteur. Lorsque l’on fait passer du courant dans un câble conducteur, les électrons heurtent les atomes des matériaux qui composent les fils. Ces atomes se mettent à vibrer. Sous l’effet des chocs, une partie de l’énergie électrique se transforme en chaleur.

Avis d'expert
Pour Alexandre Sion, responsable Marketing & Communication chez Maisons Pierre, « l’isolation mise en œuvre sur nos maisons effet Joule est la norme de toute notre production quelle que soit l’énergie utilisée ».

Faire Construire sa Maison : Quelles mesures techniques avez-vous prises pour compenser la pénalisation d’un chauffage à effet Joule ?
Alexandre Sion : Aucune ! Nous avons des maisons conçues avec l’un des bâtis les plus performants du marché. Du coup, nos maisons ne sont pas réellement pénalisées dans la mesure où le point négatif du chauffage est compensé par une isolation optimale. A cela s’ajoutent des équipements très performants comme des radiateurs intelligents qui s’adaptent au mode de vie des occupants. Les maisons sont également équipées de panneaux photovoltaïques et d’un ballon d’eau chaude à énergie CO2.

Selon leur chauffage vos maisons disposent-elles d’une isolation spécifique ?
Non. Toutes nos maisons sont isolées de la même façon. Nous sommes partis du système constructif de la maison effet Joule et avons appliqué le process d’isolation à tous les autres types de maisons. Les murs périphériques disposent d’un complexe isolant de 155 mm composé de 97 mm de mousse de polyuréthane et de 45 mm de laine minérale plus des plaques de plâtre. Les combles sont également isolés avec un complexe laine minérale et mousse polyuréthane de 400 mm.

Quel est le coût de fonctionnement d’une maison à effet Joule ?
Pour une maison de 90 m2, nous arrivons à une consommation énergétique de 45 € par mois, soit environ 500 € par an sur laquelle il faut ajouter les abonnements. L’avantage avec l’électricité c’est qu’il n’y a pas d’entretien ! Une PAC ou chaudière à condensation nécessitent un contrat pouvant coûter de 300 à 500 € par an. Ce qui peut effacer le gain obtenu par ces équipements.

Un contexte technique favorable pour le chauffage électrique

Les maisons conformes à la Réglementation thermique 2012 et a fortiori les futures maisons RBR (Réglementation bâtiment responsable) sont très sobres en énergie grâce à une isolation thermique ultraperformante. Mieux encore : la prochaine génération de maisons produira plus d'électricité qu'elle n'en consommera !

Aujourd'hui le chauffage n'est plus le principal poste de consommation énergétique. Il a été remplacé par la production d'eau chaude sanitaire et les usages courants de la maison comme la cuisine, Internet, les télévisions, les téléphones… Ce dernier poste représentant d'ailleurs une part croissante des consommations électriques. Alors malgré une mauvaise réputation encore tenace et à condition de construire des maisons très bien isolées et bénéficiant d’une conception bioclimatique qui permet de profiter du rayonnement solaire l'hiver, l'installation d'un chauffage électrique n'est pas aussi aberrante qu'il y paraît. Si dans une maison peu ou mal isolée, le chauffage électrique n'est pas conseillé, dans une maison neuve, cette solution devient pertinente. Avec la Réglementation thermique 2012, et très bientôt la future RT 2020, le tout électrique pourrait être une solution sérieusement envisagée.

Pourquoi pas un chauffage électrique ?

Cette question n'est plus aussi saugrenue qu'il y a quelques années et prend tout son sens dans le cadre d'une maison neuve. Il n'y a pas si longtemps, à l'exception du pourtour méditerranéen (zone H3 dans le référentiel de la Réglementation thermique), l'installation d'un chauffage électrique était peu proposée.

Mais les temps changent car le contexte technique évolue rapidement. Isolants et matériels de chauffage sont de plus en plus performants. Le chauffage dit à effet Joule d'aujourd'hui n'a absolument plus rien à voir avec celui des années 80 ou 90. Les convecteurs, appelés aussi « grille pains » n'existent plus. Ils ont été remplacés par des radiateurs de type chaleur douce, intelligent, qui procure un confort équivalent à celui d'une boucle d'eau chaude. Les thermostats règlent la température au dixième de degré près et la domotique permet de contrôler son chauffage de n'importe où.

En alliant un bâti très performant à des équipements qui n’ont besoin d’aucun entretien, à des radiateurs à chaleur douce et à des panneaux rayonnants à pilotage intelligent, une maison à effet Joule permet d’économiser environ 45% d’électricité par rapport à une configuration traditionnelle.

Chauffage électrique : une pénalisation injustifiée

Si le chauffage électrique direct dit à effet Joule n'est certes pas interdit par la RT 2012 ni par la RBR, il ne coule pas de source pour autant. Le législateur a considéré qu'il fallait consommer 2,58 kWh d'énergie primaire (pertes à la production et lors du transport) pour 1 kWh d'électricité consommé. Pour compenser ce calcul un peu théorique, il a estimé que pour qu'une maison dispose d'un chauffage électrique, son bâti devait être deux fois et demie plus performant que celui d'une villa chauffée au gaz ou avec une pompe à chaleur. Ce qui engendre un coût de construction plus élevé.

Mais comme le précise Julien Tchernia, président et cofondateur d’ekWateur, premier fournisseur collaboratif d'énergie verte, « ce cœfficient n'a pas beaucoup de sens en France avec notre important parc nucléaire et a fortiori avec une électricité verte ». Si en Allemagne ou en Europe du Nord, la production d'électricité provient encore de centrales thermiques à charbon au gaz ou pire à la lignite, ce n'est pas le cas en France.

Un KWh d'électricité produit en France émet 6 fois moins de CO2 qu'un kWh de gaz et 8 fois moins qu'un kWh de fioul domestique (avec un mix reposant à 75% sur le nucléaire et à 15% sur les énergies renouvelables) .

L'étanchéité de la maison est essentielle pour pouvoir installer un chauffage électrique à effet Joule.

Nouvelle réglementation thermique
La loi sur la Transition énergétique souhaite aller plus loin que la RT 2012 et prévoit, dès 2018, l’ajout d’exigences portant sur le calcul des émissions de gaz à effet de serre, le calcul des consommations d’énergie et de ressources sur l’ensemble du cycle de vie, une incitation à recourir aux énergies renouvelables pour couvrir et compenser les besoins des bâtiments. Pour ce qui concerne la réduction des gaz à effet de serre (objectif du protocole de Kyoto), l’électricité française est bien placée. Nonobstant la problématique des déchets d’origine nucléaire.

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