Maison neuve : un chauffage 100 % électrique, c'est possible ?

Pénalisé par la réglementation thermique 2012, le chauffage électrique, dit à effet Joule, peut s'envisager dans une maison neuve. Seule condition : prendre des mesures compensatoires sur le bâti qui coûtent souvent très cher.

Malgré une production électrique majoritairement décarbonée (72 % proviennent des centrales nucléaires et 12 % des barrages hydroélectriques), la réglementation thermique 2012 (RT 2012) ne favorise pas cette énergie dans les maisons neuves. Pire, elle la pénalise avec un coefficient de conversion de 2,58. Résultat, à peine 5 % des maisons neuves se chauffent à l’électricité. Situation confirmée par Hervé Chavet, directeur technique, recherche et développement du groupe Hexaôm, premier constructeur français. « Nous construisons vraiment très peu de maisons 100 % effet Joule. On en fait un peu, mais associées à une pompe à chaleur ou un poêle à granulés. »

Pour s’affranchir des pénalités, le constructeur doit en effet jouer sur différents postes (bâti, isolation, énergie renouvelable, eau chaude sanitaire…). Des adaptations qui renchérissent le prix de sortie de la maison et qui cassent sa compétitivité par rapport aux autres énergies. « Il faut tellement isoler le bâti et chercher des points de Cep pour compenser la consommation que nous avons renoncé à développer plus avant la maison effet Joule. Une maison de ce type coûte environ 8 à 10 % plus cher », souligne Gérald Contat, directeur technique aux Demeures Caladoises.

Pourquoi l'électricité est-elle pénalisée ?

La Réglementation actuelle impose obligatoirement une étude thermique avant de déposer le permis de construire. Un document qui porte notamment sur les consommations de chauffage, de refroidissement, d’éclairage, d’eau chaude sanitaire et des différents auxiliaires… Pour être conforme, la consommation d’énergie primaire (Cep), celle qui est disponible avant toute transformation, doit être inférieure à une valeur maximale moyenne (Cepmax) de 50 kWh/(m2.an), avec une modulation selon la région et l’altitude.

Si le chauffage électrique direct n’est pas interdit par la RT 2012, il est en revanche fortement pénalisé par un coefficient de conversion de 2,58. Les autres énergies, comme le bois ou le gaz bénéficient, elles, d’un coefficient neutre de 1.

Ce chiffre de 2,58 ne doit rien au hasard. Cette énergie n’étant pas présente naturellement, contrairement au bois et au gaz, il faut la fabriquer en transformant une ressource naturelle (uranium, eau, gaz, fioul, charbon). La production et les pertes inhérentes durant le transport consomment de l’énergie. Le législateur a considéré qu’il faut consommer 2,58 kW pour obtenir 1 kW d’électricité. Cette pénalisation qui augmente mathématiquement le Cep est répercutée sur la maison et doit alors être compensée. C’est tout le travail que doit mener le constructeur pour adapter la maison à l’effet Joule. « Une orientation défavorable peut notamment compromettre le projet d’une maison effet Joule », précise Gérald Contat.

Electricité : pourquoi dit-on effet Joule ?
Les professionnels de la maison appellent souvent le chauffage électrique effet Joule . Il tire son nom du physicien anglais éponyme qui a découvert le phénomène physique de transformation de l’électricité en chaleur. Lorsqu’on fait passer du courant dans un conducteur, les électrons heurtent les atomes des matériaux qui le composent. Ces atomes se mettent alors à vibrer et sous l’effet des chocs et des frictions, une partie de l’énergie électrique se transforme en chaleur. C’est ce qui se passe dans les résistances des radiateurs ou des planchers chauffants.

Comment adapter la maison ?

La maison effet Joule est lourdement pénalisée par le moteur de calcul. Pour la rendre compatible et la faire passer sous le seuil fatidique de 50kW/m2/an, le bureau d’étude thermique va devoir gagner des points de Cep, ici et là, en travaillant sur le bâti et les équipements. Tout kilowatt gagné est alors bon à prendre. « Pour rester dans un surcoût économique raisonnable, toutes les maisons ne se prêtent pas à l’effet Joule. L’architecture et l’orientation sont les deux facteurs les plus importants. Plus il y a de surface de murs, plus il y a de déperditions à compenser », pointe Hervé Chavet.

Attention, le chauffage à effet Joule nécessite un travail sur le bâti qui engendre des surcoûts. L'isolation devra est encore plus performante que pour une maison disposant d'un autre mode de chauffage. www.isover.fr

Il n’existe pas de solution unique mais tout un éventail de possibilités qui permettent de faire rentrer le projet dans les clous de la RT. Attention cependant à l’obtention de l’attestation de conformité à la RT 2012 qui n’est pas facile à décrocher. « Notre maison test qui intégrait les meilleurs équipements est passée tout juste sous le seuil des 50 kW/m2.an ! », mentionne Gérald Contat.

La pose de volets roulants domotisés permettra de gagner quelques kiloWatts dans le moteur de calcul de l'étude thermique préalable.

Par ailleurs, les plus-values sont loin d’être négligeables ! Tout dépend de la localisation, de l’orientation, du type d’architecture, des matériaux mis en œuvre et du nombre de kilowatts à gagner. Pour rendre la maison compatible, la pose de panneaux photovoltaïques en autoconsommation sur la toiture est l’une des solutions les plus efficaces. Elle permettra de gagner 12 à 15 kW pour un coût raisonnable. Autre piste intéressante, remplacer le chauffe-eau thermodynamique par un modèle solaire individuel. Le gain estimé se situe entre 2 et 12 kW. La gestion automatisée des volets roulants permet aussi de gagner entre 3 et 8 kW. La perméabilité du bâti est essentielle avec un gain entre 1 et 6 kW en passant de 0,6 m3/(h.m2) à 0,2/0,3 m3/(h.m2).

Mais force est de constater que ce travail n’est pas simple. Comme le souligne Gérald Contat, « la maison effet Joule que nous avons testée était surisolée au maximum, nous avions installé une VMC double flux, de la domotique sur les ouvrants pour gagner quelques points. Nous avions mis en œuvre tout ce qui était à disposition. Et malgré cela, elle ne pouvait pas être bâtie au-dessus de 400 m ! »

Avantages et inconvénients entre effet Joule/solutions classiques

   Avantages  Inconvénients
Maison avec pompe à chaleur ou
une  chaudière gaz
 Chaleur douce
 Faible consommation
 Production d'eau chaude intégrée
 Pas de surcoût sur le bâti
 Coût équipement matériel (PAC)
 Entretien annuel obligatoire
 Usure du matériel et renouvellement au bout   de 15 ans
 Niveau sonore de la Pac
 Emprise au sol (buanderie…)
 Maison à effet Joule  Performance élevée du bâti
 Chaleur douce
 Montée en température rapide, pas d'inertie
 Prix du matériel
 Pas d'usure
 Gain de place
 Surcoût du bâti important
 Apport obligatoire en énergie renouvelable :   ballon thermodynamique, panneaux   photovoltaïques, VMC double flux…
 Prix du kilowatt qui augmente régulièrement
 

Quel chauffage alors ?

Si vous souhaitez vous chauffer à l’électricité malgré les surcoûts d’adaptation de la maison, sachez que c’est néanmoins un mode de chauffage très confortable qui n’a absolument plus rien à voir avec ce qui existait dans les années 80 ou 90.

Les convecteurs sont à ranger aux rayons des antiquités. Ils ont été remplacés par des radiateurs à chaleur douce, intelligents qui procurent un haut niveau de confort équivalent à celui d’une boucle d’eau chaude. Les thermostats règlent la température au dixième de degré et la domotique permet de contrôler le chauffage de n’importe où.

Mieux certains modèles sont intelligents. Ils savent détecter quand une pièce est occupée, quand une fenêtre est ouverte, quand l’air se rafraîchit ou quand il fait nuit. Résultat : ils limitent les pertes de chaleur et se régulent selon les besoins, sans avoir à s’en préoccuper.

Tout cela est rendu possible grâce à un capteur électronique intelligent situé sur sa façade, qui détecte les mouvements de lumière et de chaleur. A la moindre chute de température ou en cas de détection d’inoccupation d’une pièce, votre appareil se met en veille. On peut enregistrer jusqu’à 45 % d’économies chaque année.

L'un des atouts du chauffage électrique est le coût des équipements. Pour un prix compétitif, ce radiateur à fluide caloporteur (eau glycolée) est doté d’une face avant profilée et d’un thermostat latéral intégré compatible avec une centrale de programmation pour un pilotage à distance. www.lvifrance.fr

Les radiateurs connectés dits intelligents sont évidemment plus chers que les convecteurs électriques classiques. Comptez entre 300 € pour un radiateur radiant standard et 1 000 € pour un modèle plus design et haut de gamme.

Autre solution, le plancher chauffant rayonnant électrique (PRE). Il  est constitué d’un réseau de résistances basse température posées sur un isolant thermique servant à orienter la chaleur vers le haut. Le tout est recouvert et noyé dans une dalle de béton flottante armée de 2 à 5 centimètres d’épaisseur. La chaleur douce rayonnante est uniforme sur l’ensemble de la surface de la pièce.

Le chauffage rayonnant basse température procure une température de confort douce et homogène.

Autre avantage, les PRE ont un temps de réaction très rapide contrairement aux planchers hydrauliques. Ils seront réservés pour le séjour, les autres pièces bénéficieront de radiateurs muraux. Comptez entre 50 et 70 € le mètre carré.

Le mix électrique coûte moins cher
A défaut d’avoir une maison 100 % électrique, il est possible d’associer une pompe à chaleur air/air ou un poêle à bois dans la pièce principale et des radiateurs électriques dans les pièces annexes. Ces combinaisons présentent l’avantage de répondre à l’exigence de recourt à une énergie renouvelable sans pénalisation. Mieux, en raison de son faible impact écologique, notamment au niveau des rejets de gaz à effet de serre, le chauffage au bois utilisé en chauffage principal bénéficie d’un bonus de 30 % dans le calcul de la consommation totale d’énergie. Dans ce cas, les radiateurs électriques sont considérés comme des appoints.

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