RE 2020 : du neuf pour le chauffage

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La future Réglementation environnementale entre en vigueur l’été prochain. Une petite révolution qui marque la fin définitive des énergies fossiles. Quelles conséquences pour le chauffage ?

La Réglementation thermique 2012 est morte, vive la RE 2020 ! Cette nouvelle réglementation est un coup de tonnerre dans le monde de la maison. Elle marque un tournant historique avec l’interdiction définitive des énergies fossiles (le gaz). Son objectif ? Diminuer l’impact carbone, améliorer les performances énergétiques et renforcer le confort d’été en vue d’épisodes caniculaires de plus en plus fréquents.

Mais attention, la RE 2020 ne concerne que les permis de construire déposés postérieurement à son application prévue dans le courant de l’été. Ce sera sans doute pour le 1er juillet 2021. Après cette date, le choix des énergies pour le chauffage se résumera à l’électricité ou au bois !

La RE 2020 et le chauffage  

Si l’isolation et la performance thermique du bâti ont été les chevaux de bataille de la RT 2012, la RE 2020 pousse beaucoup plus l’aspect environnemental en favorisant des matériaux et des équipements émettant peu de gaz à effet de serre. Et force est de constater que le gaz n’est pas bien placé. Par le biais d’un seuil maximal d’émissions de gaz à effet de serre de 4 kg de CO2 par an et par mètre carré, le gaz est exclu de fait. Mais comme le signale Marie-Laure Charlot, cheffe de marché maison individuelle et lotissement chez GRDF, « il n’est pas explicitement interdit ». Ce qui laisse une porte ouverte aux industriels pour produire des chaudières plus vertueuses.

De son côté, le chauffage électrique voit son contenu carbone divisé par trois. Il passe de 210 g de CO2/kWh à 79 ! Autre changement, le coefficient de conversion de l’électricité passe de 2,58 à 2,3. On considère maintenant qu'il faut 2,3 kWh d'énergie primaire pour produire 1 kWh d'énergie électrique finale. Dans ce nouveau contexte réglementaire, l’énergie électrique (on ne parle surtout pas de convecteurs !) est privilégiée.

Enfin, le Bbio des maisons est abaissé de 30 % par rapport à la RT 2012. Cet indicateur met en valeur l’efficacité du bâti avec de bonnes orientations pour favoriser les apports thermiques naturels, des ouvertures, une très faible perméabilité à l’air, une très bonne isolation thermique et ce, quels que soient les dispositifs techniques mis en place. La RE 2020 se rapproche du standard du bâtiment passif. Ce qui revient à quasiment se passer de chauffage. Inutile donc d’installer des matériels de forte puissance.

Les pompes à chaleur s’imposent

À chaque époque son chauffage ! Après le bois, le charbon, le fioul, le gaz et l’effet Joule (l’électricité classique), le thermodynamique et les pompes à chaleur (Pac) ? Selon plusieurs études EDF, c’est le système de chauffage préféré des Français. En 2019, près de 60 % des maisons neuves étaient équipées d’une Pac ! Un chiffre qui devrait augmenter grâce à la RE 2020.

Après le bois, le charbon, le fioul et l'électricité, la pompe à chaleur sera le chauffage de référence dans les prochaines années. www.bosch-climate.fr

Avec des fluides frigorigènes de plus en plus verts (le R32) et la possibilité de faire fonctionner la Pac avec une énergie 100 % renouvelable, elle colle parfaitement au cadre réglementaire. « La RE 2020 modifie les calculs des besoins énergétiques en prenant mieux en compte le confort estival. Elle a une incidence sur la problématique de la gestion du froid pour garantir un bon confort d’été. Dans le sud de la France, par exemple, il y a de grandes chances pour que la Pac réversible air/air se systématise », prédit François Turland, président du bureau d’études thermiques Bastide et Bondoux.

Côté environnemental, on ne fait pas mieux pour le moment : la pompe à chaleur prélève les calories naturelles dans l’environnement (l’air ou le sol) et restitue en moyenne quatre fois plus de kilowatts qu’elle n’en consomme ! Avec zéro émission de gaz à effet de serre.

Quel que soit le mode de prélèvement choisi (air ou sol), l’énergie est récupérée dans un évaporateur qui contient un fluide frigorigène. Au contact de la chaleur, celui-ci se transforme en vapeur. Le compresseur électrique aspire alors ce fluide, le comprime et en augmente la température. Ce fluide chaud est transféré à un condenseur. Il cède sa chaleur à l’eau du circuit de chauffage où il chauffe l’air en se condensant. Le fluide à l’état liquide chute en pression et en température lorsqu'il traverse le détendeur. Le fluide revient alors dans l’évaporateur où il entame un nouveau cycle. Comptez entre 8.000 et 15.000 € pour une Pac air/eau et à partir de 9.000 € pour une Pac sol/eau.

Le gaz, c’est bientôt fini !

Une page se tourne, les énergies fossiles font définitivement partie du passé. Selon la Stratégie nationale bas carbone (Snbc), le gaz devrait être relégué à la dernière place des énergies utilisées dans le bâtiment en 2050. « Le gaz était suspendu à l’exigence sur les émissions de CO2 prévue dans le texte de la RE 2020 », déclare François Turland. Et d’ajouter : « Au Danemark et en Irlande, il est déjà interdit dans les bâtiments neufs. Il le sera aussi aux Pays-Bas et au Royaume-Uni d’ici 2025 ».

Après le fioul, c’est au tour du gaz de faire les frais de lutte contre le réchauffement climatique. Si vous souhaitez vous chauffer au gaz dépêchez-vous, le permis de construire de votre maison devra être déposé avant la date d’application de la RE 2020, laquelle devrait être fixée au 1er juillet 2021.

Le gaz naturel a des arguments à faire valoir encore pendant quelques mois. Il offre un haut niveau de confort pour un coût d’investissement modéré. Et son prix du kilowatt est l’un des moins chers. Seules les chaudières à condensation, en raison de leurs performances, sont autorisées. Avec un rendement autour de 105 %, elles restituent en effet plus de kilowatts qu’elles n’en consomment. Mais attention, elles devront obligatoirement être complétées par un autre matériel faisant appel à une énergie renouvelable (ballon thermodynamique, panneau photovoltaïque, chauffe-eau solaire…). Le prix d’une chaudière ? À partir de 4.000 €.

La Pac hybride toujours d’actualité

Si le gaz ne peut plus être utilisé pour le chauffage, il reste autorisé en appoint. Notamment si vous optez pour une Pac hybride. Ce système combine une chaudière gaz à condensation et une Pac air/eau. « Dans les conditions actuelles, ces appareils répondent aux objectifs de la RE 2020 avec des émissions de gaz à effet de serre sous le seuil des 4 kg de C02/m2 », confirme Marie-Laure Charlot. Et la Pac est favorisée par la nouvelle réglementation puisqu’elle fonctionne avec une énergie renouvelable. 

Surtout, cette solution est très efficace. Son secret réside dans la gestion intelligente des deux machines. « La régulation intelligente de la Pac hybride permet d’optimiser le meilleur matériel en termes d’efficacité et de rendement », détaille Marie-Laure Charlot. Cette régulation s’occupe de tout. La Pac fonctionne à 100 % quand les conditions météorologiques sont optimales pour elle. Tant que son rendement est acceptable, c’est-à-dire au-dessus de 0 °C, elle prend en charge 100 % du chauffage.

Dès que les conditions se détériorent la chaudière se déclenche en relais. En fonction de la température de consigne et de la température extérieure, le système de gestion fera le choix le plus judicieux. La chaudière assurera l’essentiel de la production de l’eau chaude sanitaire. Et Marie-Laure Charlot d’ajouter « Autre possibilité intéressante, le cerveau de l’installation peut aussi choisir d’utiliser le kilowatt le moins cher. » Cette solution est possible depuis l’installation des compteurs intelligent Linky pour l’électricité et Gaspar pour le gaz.

Côté puissance, inutile d’investir dans des machines surdimensionnées. Une chaudière de 4 à 6 kW d’un côté et une Pac de 2 à 4 kW de l’autre suffiront. Côté prix, une Pac hybride gaz se situe aux alentours de 3.000 € HT hors pose. Ce montant variant en fonction de la puissance ou des marques. L’entretien d’une Pac hybride est annuel et peut faire l’objet d’un contrat de maintenance unique d’un montant compris entre 200 et 250 € par an.

La renaissance du chauffage électrique ?

Avec la RE 2020, l’énergie électrique au sens large revient au centre du jeu. Mais attention, ce n’est pas pour installer un chauffage 100 % effet Joule ! Car, comme l’a précisé Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, « il est hors de question d’installer des grille-pain ! » Et François Turland de confirmer, « il ne faut pas se faire d’illusion, il sera aussi difficile d’installer un chauffage à effet Joule dans le cadre de la RE 2020 que dans l’actuelle RT 2012. On devra être sur des niveaux de bâti renforcés qui renchérissent le coût de la maison ». Le chauffage électrique effet Joule reste possible en appoint avec un poêle à bois dans les pièces annexes comme les chambres et la cuisine.

Le chauffage électrique a muté ces dernières années et ne ressemble plus du tout à celui de vos parents. Aujourd’hui place aux radiateurs à chaleur douce, au chauffage par le sol et à l’intelligence artificielle. Le confort « électrique » est équivalent à celui d’un chauffage central : température stable et homogène, montée en température rapide et chaleur douce répartie ! Selon les besoins ou les envies, on peut aussi choisir le corps de chauffe.

Vous préférez l’inertie ? Privilégiez alors un cœur en fonte ou un fluide caloporteur. Si vous avez envie de réactivité, misez sur l’aluminium. Certains radiateurs proposent même un double corps de chauffe alliant les deux ! Si le kilowatt électrique reste l’un des plus chers, en revanche le coût global à long terme de l’installation est le plus intéressant : faible investissement, pas d’entretien, facilité d’usage et remplacement facile.

Le radiateur intelligent connecté est aujourd’hui ce qui se fait de mieux. Il combine efficacité et économies d’énergie. Son plus ? Il se plie au rythme de vie du foyer. Il intègre le mode de vie de la maison et adapte son fonctionnement. Les enfants rentrent de l’école vers 17 h ? Au bout de quelques jours d’auto-apprentissage, il intégrera cette heure et se déclenchera au bon moment pour atteindre la température de consigne. Mieux, il sait détecter les fenêtres ouvertes pour se couper instantanément. Fini de chauffer les courants d’air. Naturellement ces radiateurs sont aussi connectés, pour pouvoir être pilotés à distance et suivre leurs consommations grâce à une application mobile. À partir de 500 € l’unité. 

Le bois, l’autre énergie

Le RE 2020 favorise le chauffage à biomasse (bûches, pellets, bois déchiquetés…), autrement dit les poêles et chaudières à bois. L’énergie bois coche presque toutes les cases de la RE 2020 : elle est renouvelable, les approvisionnements se font en circuits courts et la ressource disponible est abondante. Enfin le kilowatt produit par le bois est le moins cher du marché et le plus stable car à l’abris de cours mondiaux.

« La filière chauffage bois dans son ensemble est prête pour la RE 2020. Depuis la RT 2012, nous sommes en mesure de proposer des solutions bois en chauffage principal dans les maisons neuves », annonce Aymeric de Galembert, président de Seguin-Duteriez et de la filière bois au Syndicat des énergies renouvelables.

Attention, avec la RE 2020 les besoins en chauffage ne sont pas importants. « Dans les maisons neuves, il n’est pas nécessaire d’installer des matériels puissants. Avec des bâtis très performants, la chaudière ne s’impose pas forcément », précise Aymeric de Galembert. De fait un poêle, moderne et performant suffit largement. Les rendements sont élevés (ils dépassent les 90 %, plus de 100 % pour les chaudières à granulés) et leur autonomie peut atteindre plusieurs jours. « Nous avons développé une régulation électronique des poêles à bois. Le principe repose sur des sondes qui analysent en temps réel les fumées de combustion. Elles commandent l’ouverture ou la fermeture en conséquence des différentes arrivées d’air. » Naturellement les poêles modernes sont connectés, wi-fi et Bluetooth.

Pour avoir le droit de cité, le poêle devra être conforme à la réglementation. Autrement dit étanche. Il devra prélever l’air de combustion exclusivement à l’extérieur de la maison par l’intermédiaire d’un raccord à un conduit de fumées étanche. Et la RE 2020 ne reconnaît que les appareils de chauffage bois labellisés Flamme verte 7 étoiles. D’autant qu’ils sont équipés d’un système de filtration des particules émises lors de la combustion.