Matériaux : les géosourcés sont prêts pour la RE 2020

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Décarboner la maison à tous les étages. Tel est l’objectif ambitieux de la RE 2020. Tous les industriels travaillent d’arrache-pied pour produire des matériaux de construction de plus en plus vertueux.

Près de 70 % des émissions de CO2 d'un bâtiment sont liées aux matériaux mis en œuvre. Leur décarbonation est essentielle pour limiter les gaz à effet de serre. La nouvelle Réglementation environnementale 2020 (RE 2020), qui a remplacé l’ancienne RT 2012 le 1er janvier 2022, s’attelle à cette nouvelle tâche. Son objectif est de décarboner et de réduire au fil du temps l’impact environnemental de la maison avant, pendant et après sa construction. Tout y passe : le chauffage et les matériaux de gros et de second œuvre.

Pour le gros et le second œuvre, le texte favorise à terme le recours au bois et plus généralement au biosourcé. Les matériaux plus traditionnels comme les blocs béton, la brique ou encore le béton cellulaire n’ont cependant pas dit leur dernier mot. Les industriels travaillent tous sur une production de plus en plus propre. Process de fabrication, composition, recyclage, tout est remis en cause. Quelle que soit la filière, ils sont prêts. Et contrairement à ce qu’on peut entendre ici ou là, les maisons en parpaings, en brique ou en béton cellulaire ont encore de l’avenir.

La chasse au carbone est ouverte

Les objectifs de la nouvelle RE 2020 sont simples. Ils visent à réduire l’impact environnemental des maisons en suivant la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) définie depuis plusieurs années et atteindre la neutralité carbone à l'horizon 2050. Jusqu'à présent toutes les réglementations ne concernaient que le thermique, avec pour seul et unique objectif la réduction des consommations d'énergie. La RE 2020 est la première réglementation qui s’attaque à la réduction des gaz à effet de serre.

Pour y parvenir, elle fixe à court et moyen terme des seuils d’émissions de CO2. Le gouvernement a pré-établi un programme d’amélioration triennal 2022, 2025, 2028 et 2031 qui doit permettre une baisse de 30 % du CO2 par rapport aux constructions actuelles. L’approche ne se résume pas uniquement au matériau, mais aborde tous les aspects de la construction. De la conception en passant par l’usage jusqu’à la destruction de la maison (estimée à cinquante ans), tout doit être mis en œuvre pour la rendre plus vertueuse possible. Cette prise en compte du bilan carbone constitue un véritable changement pour les constructeurs. Leur bureau d’études vont devoir intégrer la préservation du climat dans la conception des maisons. Et surtout, utiliser les matériaux les plus vertueux pour réduire le bilan carbone en tenant compte des contraintes techniques et réglementaires. Les industriels ont du pain sur la planche.

Les nouveaux indicateurs carbone de la RE 2020

La maison doit respecter deux critères liés à sa performance carbone :

  • l'indicateur carbone Energie « ic énergie » correspond à l’impact carbone de la consommation d’énergie que peut avoir la maison sur sa durée de vie, qui est estimée à cinquante ans.
  • l’indicateur carbone Construction « ic construction » correspond à l’impact carbone que peuvent avoir les matériaux mis en œuvre pour la construction, de leur fabrication à leur fin de vie pour une durée de cinquante ans. Le plafond d’émission est fixé à 640 kg équivalent CO2/m² pour la période 2022/2024, à 530 kg sur 2024/2027, 475 kg sur 2028/2030, pour finir à 415 kg équivalent CO2/m² en 2031.

L’Analyse du cycle de vie

Pour faire baisser les émissions de carbone, il faut d’abord les mesurer pour chaque matériau mis en œuvre pour la construction. L’Analyse de cycle de vie est la première étape de l’écoconception. Elle permet de faire un diagnostic complet, multicritère, sur tout le cycle de vie du matériau. Elle intègre l’extraction des matières premières, l’énergie dépensée pour la production du matériau, la transformation, le transport, la mise en œuvre sur le chantier, les consommations d'eau et la fin de vie de la maison… Ces nouvelles exigences impliquent pour les industriels de développer de nouveaux procédés de fabrication moins énergivores et bas carbone.

Le calcul se fait selon la méthode de « l’analyse de cycle de vie dynamique. » Les mesures sont faites à l’instant T. Concrètement, ce parti pris pousse les industriels à se remettre en cause en permanence puisqu’on considère que les matériaux de 2022 sont a priori plus polluants que ceux qui seront fabriqués en 2030 ou 2050. Cette contrainte les pousse à s’améliorer constamment. Si elle encourage volontairement les matériaux biosourcés comme le bois, les géosourcés (parpaing, brique et béton cellulaire) restent toujours dans la course.

Tous fichés !

Une fois l’ACV réalisée, il ne reste plus qu’à alimenter la Base de données INIES. Chaque matériau doit posséder sa Fiche de déclaration environnementale et sanitaires (FDES) dans laquelle sont consignées toutes ses caractéristiques. Elle permet de vérifier le bilan carbone des produits, y compris biosourcés, et de s'assurer qu'un industriel a bien réalisé l'ACV de ses références. Les FDES offrent des informations multicritères en accès libre, objectives, quantitatives et qualitatives, relatives à une fonction et une durée de vie du produit dans l’ouvrage. C’est un outil essentiel qui permet de fournir toutes les informations nécessaires pour l’écoconception sur des bases non biaisées. Les données normalisées sont destinées ensuite à être introduites dans les logiciels d’analyse du cycle de vie (ACV) des bâtiments, afin de calculer leur impact environnemental. Le logiciel « les mouline » et mesure l’impact environnemental de la maison. Le bureau d’études des constructeurs, mais aussi les architectes disposent ainsi d'informations environnementales fiables et vérifiées pour construire des maisons conformes à la RE 2020. Si le matériau possède sa FDES, il est conforme à la RE 2020 !

Tous les matériaux disposant d'une FDES sur la base INIES sont compatibles avec la RE 2020. www.alkern.fr© Alkern

 

Les matériaux géo sourcés dominent
Les derniers chiffres publiés par LCA-Pôle Habitat, syndicat qui regroupe de nombreux constructeurs de maisons individuelles, montrent qu’en 2021, près de 86 % des maisons ont été bâties avec des matériaux géosourcés. Dans le détail, 42 % des maisons ont été construites en parpaing, 37 % en brique, 6 % en béton et 1 % en béton cellulaire.

Circuit court pour le bloc béton

Le parpaing, appelé aussi bloc béton, est de loin le matériau le plus utilisé pour la construction des maisons. Il est constitué de granulats (86 %), de ciment (mélange de calcaire et d'argile) et d’eau. Une fois ces composants mélangés, la pâte est vibrée avant d’être pressée dans un moule de la forme du bloc définitif. Le parpaing obtenu est ensuite démoulé puis placé dans une étuve passive pendant environ trois jours à une température d’environ 20°. Cette étuve n’est pas chauffée, c’est la réaction du ciment et de l’eau qui produit suffisamment de calories pour maintenir la température à ce niveau.

Les blocs dont les alvéoles sont comblées à l'Airium sont une nouvelle solution plus écologique et thermiquement beaucoup plus performante. www.lafargeholcim.com© Airium-Lafarge

Premier atout du bloc béton, il n’y pas de cuisson. « Nous consommons très peu d’énergie pour la fabrication. L’émission de carbone provient à 80 % du ciment que nous utilisons. Les cimentiers, nos fournisseurs, travaillent sur des ciments plus verts », précise Christophe Lagrange, directeur de l’offre chez Alkern. Autre atout environnemental, avec un maillage de plus de 400 sites de production répartis sur tout le territoire, l’impact transport est réduit. « Les blocs bétons sont écodesignés pour optimiser leur résistance mécanique, mais aussi économiser la matière. Et sur certaines gammes, les alvéoles sont comblées par du PSE ou de l’Airium avec des performances thermiques très élevées », détaille Christophe Lagrange.

Les blocs rectifiés qui se collent ou ceux remplis d’une mousse d’origine minérale améliorent aussi leur résistance thermique (deux à huit fois plus isolants que des blocs traditionnels). « Les blocs rectifiés à coller sont aujourd’hui l’une des meilleures solutions pour construire bas carbone. Ces blocs ont été écoconçus au sens économique et écologique », confirme Christophe Lagrange.

La brique est 100 % géosourcée

La brique est responsable de moins de 3 % des émissions de gaz à effet de serre et son impact carbone est faible sur le bilan total carbone du bâtiment. « La brique de terre cuite répond en tous points aux enjeux de la prochaine RE 2020 », annonce Eric Risser, directeur marketing chez Terreal. Contrairement au bloc béton, c’est un matériau 100 % naturel. De l’argile, de l’eau et c'est tout ! Une fois l’argile broyée et malaxée avec l’eau, la pâte obtenue est ensuite extrudée pour former les briques qui sont séchées, puis passées dans un four. Les briquetiers travaillent tous à l’amélioration continue du process de fabrication (écoconception, diminution des consommations d’énergie, du poids, recours aux énergies décarbonées). Pour la cuisson, ils cherchent à utiliser des technologies de rupture pour verdir leur production (cuisson à l’hydrogène, captage et transformation du CO2, cuisson par micro-ondes, chaleur émise lors de la combustion redirigée vers les séchoirs …). Des investissements qui se chiffrent en plusieurs dizaines de millions d’euros.

Avec seulement 10 à 15 kg de colle, il est possible d'assembler les murs d'une maison de 100 m2. Les consommations d'eau sur le chantier sont réduites au strict minimum. www.bouyer-leroux.com© Bio'Bric/Bouyer-Leroux

Côté mise en œuvre, la brique a été à l’avant-garde de l’écoconception avec l’usage du mortier à joint mince sur les blocs rectifiés et la pose par collage. L’assemblage au pistolet a réduit les consommations en eau et accru le confort au travail. De 10 t de mortier en pose traditionnelle à 300 kg avec la maçonnerie roulée, la pose collée ne nécessite plus que 10 kg de colle. C’est bon pour l’environnement !

Le béton cellulaire est déjà prêt

Le béton cellulaire est un autre matériau d’origine minérale. La recette, c’est un mélange d'eau, de sable, de ciment, de chaux, de poudre d'aluminium et d'air. Une fois le tout malaxé, une réaction chimique est provoquée. Le volume augmente comme une pâte à pain et une multitude de minuscules bulles d'air se forme. C’est ce qui donne ses performances thermiques au matériau. La fabrication ne rejette aucune substance liquide ou solide susceptible de polluer les eaux ou les sols et les déchets issus de la fabrication de production sont valorisés à 90 %. En outre, la fabrication nécessite peu d’énergie.

Le béton cellulaire est d'ores et déjà prêt pour les futures échéances. www.ytong.fr, www.construction.fr© Ytong

« Nous sommes prêts ! Toutes nos FDES sont publiées et en deux ans, entre deux FDES, nous avons baissé notre impact carbone de 21 %. En outre, nos blocs répondent aux exigences du bBio de la RE 2020. L’indice Ic de nos produits passent sans problème », annonce Dominique Granseigne, directeur commercial chez Xella. Un passage en autoclave à une pression à 10 bars et à une température de 180 °C, pendant dix à douze heures est nécessaire pour donner à la pâte ses qualités mécaniques. Et de préciser : « Ce n’est pas l’énergie que nous consommons qui nous pénalise, mais notre recette qui contient de la chaux et du ciment ». Mais là encore, les cimentiers travaillent sur des ciments plus verts.

Côté performances, les qualités thermiques du matériau ne sont plus à démontrer. L'air emprisonné assure une excellente isolation, rendant superflue toute isolation rapportée pour des murs extérieurs épais de 24 cm et plus. Le confort d’hiver, mais aussi d’été, sont aussi d’un haut niveau. Ce qui participe activement à la réduction des émissions de CO2, quelle que soit la saison. « Très prochainement, avec la publication de nos prochaines FDES, nous serons conformes aux exigences de 2031 ! », annonce d’ores et déjà Dominique Granseigne.