Isolation : nouveaux défis

Performance, empreinte carbone, santé : comment l’isolation relève-t-elle le challenge des prochaines réglementations thermiques ? Notre enquête exclusive répond !

Dans moins de deux ans, la Réglementation thermique 2012 sera remplacée par la Réglementation environnementale 2020. Cette dernière et ultime évolution signera la fin d'un cycle débuté en 1974 avec le premier choc pétrolier. On arrive aujourd'hui à des consommations énergétiques totalement inimaginables à l'époque. L'aspect thermique étant parfaitement maîtrisé, les pouvoirs publics mettent désormais l'accent sur les émissions de carbone. « Le calcul des émissions de carbone va se faire sur la base des analyses de cycle de vie des matériaux. Nous sommes d'ores et déjà en mesure de fournir les Fiches de déclaration environnementale et sanitaire de nos produits pour faire les calculs d'émission de carbone », précise Caroline Lestournelle, secrétaire générale de la Fédération des industriels de laine minérale manufacturée.

Cette nouvelle laine de verre utilise un liant 100% d'origine végétale. www.isover.fr

La RE 2020 en quelques mots

Le nom définitif de la prochaine réglementation thermique a été arrêté, ce sera Réglementation environnementale 2020 (et plus Réglementation bâtiment responsable). Ce nouvel intitulé résume à lui seul son futur champ d'action. Alors que l'actuelle RT 2012 se concentre principalement sur le bilan thermique global de la construction avec des seuils de consommations énergétiques par mètre carré (50 kW/m2/an) ou encore la perméabilité à l'air (0,6 m3/h/m2), la prochaine réglementation thermique ciblera prioritairement l'empreinte carbone de la maison et l'analyse de cycle de vie des matériaux mis en œuvre pour la construire. La RE 2020, dans la continuité du label E+C-, se déclinera en quatre niveaux énergétiques (E1 le niveau minimal, E2, E3 et E4 maison à énergie positive) et deux niveaux carbone (C1 et C2). Toutes les combinaisons sont envisageables. « Avec la future Réglementation thermique, nous allons faire la démonstration que l'isolation est non seulement essentielle dans la réduction des consommations énergétiques mais aussi bénéfique pour les réductions de carbone. Si on réduit efficacement la consommation, on obtient immédiatement une réduction significative des émissions », affirme Caroline Lestournelle.

Dans les combles perdus, le floconnage est une solution performante. www.rockwool.fr

Le bilan carbone va prendre en compte la phase de production des matériaux, leur mise en œuvre, l’exploitation du bâti et sa fin de vie. « A priori la partie thermique de la RE 2020 va peu évoluer. Elle sera peut-être renforcée dans certains cas », affirme Jean-Michel Guihaumé, directeur général de l'Association française de l'isolation en polystyrène expansé dans le bâtiment. Mais d'ajouter : « C'est l'indicateur carbone qui va le plus faire évoluer les choses. Le niveau C1 pourra être atteint partout en France, ce sera moins évident pour le C2. Mais d'après les informations que nous possédons aujourd'hui, il y a peu d'isolants capables d'atteindre le niveau C2. On s'oriente manifestement vers des maisons majoritairement C1 ». 

Des objectifs ambitieux
La RE 2020 s'inscrit dans la continuité du protocole de Kyoto signé en 1997 et poursuivi lors du Grenelle de l’environnement. L'objectif est de diviser par 4 les émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2050, en se basant sur les émissions de 1990 comme référence. En France, le bâtiment étant responsable de plus de 40% des émissions de CO2, les pouvoirs publics ont donc choisi de s'attaquer à ce gros émetteur.

RE 2020 : quelles conséquences pour les isolants ?

Pour répondre aux exigences de la future réglementation, les industriels de la laine minérale (verre et roche) mais aussi du polystyrène expansé n'ont pas d'autres choix que d'innover pour produire des matériaux plus respectueux de l'environnement, de la santé des poseurs et des habitants. Le leader mondial de la laine de verre propose d'ores et déjà une laine qui n'irrite pas et qui est biosourcée. Cette nouvelle matière est par ailleurs élaborée sans formaldéhyde ni phénol pour une meilleure qualité de l’air intérieur. Et son étiquette environnementale est A+.

Deux en un. Cet isolant intègre directement une plaque de plâtre pour une meilleure finition. www.siniat.fr

D'après son fabricant, son usage permettrait de réduire de 40% les émissions de CO2 liées au chauffage, ce qui équivaut à 150 tonnes de CO2 sur la durée de vie du bâtiment sur une base de 50 ans. La nouvelle composition de la laine, fabriquée à partir de matières minérales de verre recyclé (a minima 40%) et de ce liant biosourcé, a sensiblement amélioré le cycle de vie du produit (ACV). Cette laine de verre s'avère en outre recyclable à 100% et surtout à l'infini assure son fabricant.

RE 2020 : plus de matériaux biosourcés ?

Si les laines minérales ou le polystyrène expansé dominent le marché de l'isolation depuis des décennies, les matériaux biosourcés pourraient peut-être connaître une croissance. Les pouvoirs publics les ont d'ailleurs intégrés dans les textes réglementaires. L'article 5 de la loi du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte stipule que « l’utilisation des matériaux biosourcés concourt significativement au stockage de carbone atmosphérique et à la préservation des ressources naturelles » et « elle est encouragée par les pouvoirs publics lors de la construction ou de la rénovation des bâtiments ».

Les isolants biosourcés sont mis en avant par les pouvoirs publics. Reste à bien étudier leur bilan carbone. www.isonat.com

Attention, toutefois, aux idées reçues : les matériaux biosourcés ne sont pas nécessairement 100% naturels et sans impact pour l’environnement. Ils peuvent parfois être transformés et contenir des additifs. « Le liant (NDLR ce qui donne la rigidité au matériau) de notre nouvelle laine de verre est dérivé de blé, maïs ou betterave, ou des matières non utilisées de l'industrie céréalière et sucrière. Les fibres du matériau sont plus longues et plus souples ce qui améliore la résistance mécanique », précise Dominica Lizarazu, directrice marketing et développement chez Isover. Et d'ajouter : « nous utilisons environ 40% de verre recyclé voire 80% dans certaines usines. Nous lançons d'ailleurs un service pour récupérer les laines issues de déconstruction. Nous les refondrons et refabriquerons des isolants ».

D'après une étude Filmm/Tribu Energie, l’isolation en laine minérale permet d’économiser 67% de consommation de chauffage et de réduire les émissions de CO2 de 71%. www.filmm.fr

Le bois et les matériaux biosourcés sont pour la plupart issus de végétaux qui ont stocké le CO2 de l’air sous forme de carbone pendant le processus de photosynthèse. C'est ce qu'on appelle des puits de stockage de CO2 mais comme ne manque pas de préciser Dominica Lizarazu, « paradoxalement, à résistance thermique équivalente, le bilan environnemental des matériaux biosourcés est moins bon que les matériaux de synthèse dont la laine de verre ».

Un référentiel qui va s'assouplir
D'après les propos tenus par Julien Denormandie, secrétaire d'État à la Cohésion des territoires lors de la clôture de l'édition 2018 de l'EnerJ-meeting, on s'oriente vers un assouplissement du référentiel E+C-. Comme il n'a pas manqué de le signaler, on est encore en phase d'expérimentation et d'adaptation. Pour illustrer son propos, il a fait état de professionnels qui voulant pousser un critère énergie, étaient parfois bloqués par le côté carbone et de la même façon ceux qui voulaient pousser un critère carbone, étaient bloqués par le côté énergie. D'après le ministre, on s'oriente vers un socle minimal de performances à respecter qui laissera plus de liberté de mouvement entre l'énergie et le carbone. Affaire à suivre…

Avis d'expert
Pour Lara Laugar, ingénieure thermicienne dans le cabinet d'études thermiques Senova, « la RE 2020 va avoir un impact non négligeable pour les maîtres d'ouvrage. Pour les thermiciens, elle va engendrer une importante collecte d'informations pour alimenter le logiciel de calcul ».
Faire construire sa maison : Que va changer la RE 2020 ?
Lara Laugar : Il y a un changement d'échelle. La RE 2020 élargit son analyse à la parcelle alors que le RT 2012 ne s'intéresse qu'à la maison. Même la grille du portail devra être intégrée dans le logiciel ! D'un point de vue thermique, le carbone étant pris en compte, il va falloir collecter les informations des fabricants pour les rentrer dans le logiciel de calcul.
Côté thermique, qu'est-ce qui change ?
La RE 2020 introduit quatre niveaux possibles pour le bilan énergétique de la maison. Le niveau 1 correspond à la RT 2012 moins 5%, le niveau 2 à - 20% et le niveau 3 à - 30%. Le niveau 4 caractérise les maisons à énergie positive. Les niveaux E1 et E2 seront faciles à atteindre. Quant aux niveaux 3 et 4, ils nécessiteront une étude thermique plus approfondie. Le bilan carbone se décline en deux niveaux C1 et C2.
L'acoustique et la qualité de l'air sont-elles prises en compte dans la future réglementation ?
D'un point de vue réglementaire la future RE n'abordera pas l'acoustique de la maison. Quant à la qualité de l'air, elle est passée à la trappe. Mais cela reste néanmoins une préoccupation. Les matériaux seront toujours certifiés A+ mais rien de plus. Pour ce qui concerne le renouvellement de l'air intérieur, on restera majoritairement sur des ventilations simple-flux.
On entend parler de matériaux biosourcés. Vont-ils se développer ?
Là encore, pour le moment, la RE ne fixe pas d'obligations de ce côté. D'autant plus que le supposé plus faible impact carbone des matériaux biosourcés n'est pas aussi évident. A titre d'exemple l'impact carbone de la laine de verre est plus faible que celui de la laine de bois. Il n'en demeure pas moins qu'il faudra veiller à utiliser les matériaux ayant le meilleur bilan carbone possible.

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