Un label pour un air de qualité

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L’amélioration de la qualité de l’air intérieur ne se réduit pas à une ventilation performante ! De l’implantation de l’habitation sur le terrain au choix du revêtement de sol, tout doit être passé au crible comme l’exige un nouveau label, dédié à la maison individuelle.

La qualité de l’air intérieur était jusqu’à présent la grande oubliée des labels dédiés à la maison neuve ! Ces derniers se focalisaient sur l’efficacité énergétique des constructions, leur impact sur l’environnement. Mais la situation devrait changer avec le label Intairieur®, lancé en mai 2021 par Immolab. Ce dernier adopte en effet une approche globale concernant aussi bien l’environnement extérieur, les équipements pour le chauffage, les matériaux de construction que le renouvellement de l’air intérieur. Objectif : améliorer la qualité de l’air ambiant qui est, selon les experts, huit à dix fois plus pollué que l’air extérieur.

Une pollution traquée. La qualité de l’air ambiant étant conditionnée par celle de l’air extérieur, Immolab réalise systématiquement une enquête du terrain pour identifier les polluants potentiels. La parcelle peut être impactée par la pollution automobile générée par la proximité d’un axe routier très fréquenté, une pollution d’origine agricole résultant d’épandages de pesticides… Des préconisations seront alors formulées par l’organisme au constructeur qui doit s’y conformer.

Si le garage est intégré à la maison, la porte d'accès menant à l'habitation devra être étanche afin d'éviter que les gaz d'échappement ne pénètrent à l'intérieur des pièces.

Une orientation capitale

Des solutions abordables. Si la configuration du terrain et les règles d’urbanisme le permettent, l’habitation sera reculée au maximum pour réduire les nuisances sonores. Une barrière végétale, composée de persistants suffisamment hauts (1,50 m environ), bloquera quant à elle la dispersion des produits diffusés par l’agriculteur. L’orientation de la maison limite aussi l’exposition aux polluants. Il faudra ainsi éviter de positionner les fenêtres et autres baies vitrées sur les façades exposées aux vents dominants. Autre alternative  : l’installation d’une ventilation mécanique par insufflation (VMI) qui évacue l’air vicié par la création d’une surpression à l’intérieur des pièces. Plus onéreuse, la pose d’une ventilation mécanique double-flux. Cette dernière filtre l’air extérieur et le réchauffe en récupérant les calories de l’air vicié qui sera évacué.

Si un champ est situé à proximité de la maison, on évitera de positionner les ouvertures aux vents dominants pour réduire le risque de dispersion des pesticides dans les pièces.

Se protéger du radon. La pollution peut émaner aussi du sol. Certains terrains, constitués de sols granitiques comme en Bretagne mais aussi dans le massif central ou en Corse, contiennent en effet du radon. Ce gaz, radioactif et inodore, peut nuire à la santé, une exposition trop longue entraînant le développement de cancers. S’il n’est pas possible d’éliminer ce gaz, il faut surtout diminuer sa concentration dans l’air. « Si la maison est construite au-dessus d’une cave, cette dernière devra être hyper-ventilée grâce à l’installation d’une ventilation mécanique contrôlée qui empêchera le radon de rentrer », détaille Janice Orero, cofondatrice du label Intairieur®. « Dans le cas d’une construction réalisée sur terre-plain, une membrane devra être posée sous la dalle pour éviter les remontées de radon  dans le logement. »

À l’abri de la chaleur. Le confort d’été est aussi pris en compte par le label. Parent pauvre de l’actuelle réglementation thermique, la RT 2012, ce dernier contribue pourtant à la qualité de l’air intérieur. En cas de fortes chaleurs, les matériaux de construction dégagent plus de polluants. Pour limiter au maximum la diffusion du rayonnement solaire dans les pièces, le vitrage des fenêtres de toit devra être doté d’un facteur solaire faible. De même, des brise-soleil peuvent être prévus sur les façades les plus exposées
à la chaleur.

Le brise-soleil diminue l'ensoleillement des pièces réduisant du coup l'émission de polluants des matériaux à l'intérieur de la maison.

Label : comment ça marche ?

Immolab effectuera un audit de faisabilité chez le constructeur pour vérifier si les exigences du label sont compatibles avec l’organisation et les méthodes de travail de l’entreprise. Si c’est le cas, le constructeur désignera un référent qui sera formé aux exigences du label, accordé pour une durée de deux ans. Pendant cette période, il s’engagera à réaliser au moins vingt maisons labellisées. Un audit sera réalisé sur 20 % de la production pour le renouvellement du label. Une visite des maisons, un contrôle des documents et des mesures de débit, pression seront effectuées. En cas de non-conformité, le constructeur dispose d’un délai de deux mois pour lever ces réserves. Si ce n’est pas fait, le professionnel perd le droit d’usage.

Les sept commandements d’une bonne qualité d’air intérieur
Voici sept commandements inspirés des conseils de Nicolas Blondet, parus dans l’ouvrage « La qualité de l’air intérieur pour les nuls ».
> La ventilation : tu aéreras 10 minutes chaque jour, matin et soir, et vérifieras régulièrement le système de ventilation mécanique contrôlée (VMC).
> La fumée de cigarette : tu éviteras de fumer à l’intérieur de la maison y compris des cigarettes électroniques.
> Le nettoyage du logement : tu utiliseras des produits de ménage NF environnement et emploieras avec modération les bougies parfumées et autres désodorisants.
> L’apparition de moisissures : tu entretiendras les joints souples des appareils sanitaires.
> Les plantes d’intérieur : tu choisiras des plantes non allergènes.
> La température du logement : tu régleras la température du chauffage entre 19 et 20 °C dans les pièces de vie et entre 17 et 18 °C dans les chambres.
> Tu limiteras la surchauffe l’été en fermant les volets et tu ventileras la nuit pour rafraîchir les pièces.
> Les animaux domestiques : tu laveras fréquemment tes animaux en utilisant un shampoing adapté et limiteras les traitements antiparasitaires de synthèse.

Une installation conforme

Des matériaux peu polluants. Les produits et matériaux de construction sont, eux aussi, passés au crible. Le constructeur utilisera des produits de second œuvre bénéficiant de l’étiquette A+ qui garantit une faible émission de polluants. Les revêtements de sol (carrelage, sol en PVC, moquette ) de plafond, les cloisons de distribution, les portes- fenêtres comme les produits nécessaires à leur pose comme la colle et les enduits sont concernés. Les acteurs de la maison individuelle bénéficient désormais d’un large choix de références pour se conformer à cette exigence comme le rappelle Janice Orero : « Les industriels ont pris conscience de la nécessité de proposer ces produits. Il n’y a plus de soucis pour s’approvisionner ». 

Les produits utilisés pour le second œuvre comme les revêtements de sol doivent être classés A+ pour minimiser la diffusion de polluants.

Une installation conforme. Les équipements assurant le chauffage et/ou la fourniture de l’eau chaude sanitaire doivent être conformes à un cahier des charges strict. Ce sont surtout les règles d’installation qui sont rappelées. Pour les chaudières gaz et les poêles à granulés, l’installateur devra respecter certaines distances entre les entrées d’air nécessaires à une bonne combustion et l’exutoire par lequel seront évacuées les fumées pour éviter que l’air neuf soit pollué. « Ces règles définies par les Documents techniques unifiés (DTU) ne sont pas souvent respectées par les entreprises », observe Janice Orero.

Une VMC à contrôler. La ventilation mécanique contrôlée (VMC*) sera scrutée à la loupe. Et pour cause : cet équipement qui assure le renouvellement de l’air intérieur est le point critique des maisons neuves ! Selon une étude réalisée par le Cérema, 68 % des VMC installées n’étaient pas conformes. Pourquoi ? Car les débits d’air des bouches d’extraction étaient insuffisants. L’air vicié était évacué, non pas à l’extérieur de l’habitation par le toit, mais rejeté dans les combles avec un risque de condensation à la clé.

Cette ventilation, signée VMI(r), permet désormais de suivre en temps réel la qualité de l'air de son logement.

Des débits d’air vérifiés. Pour améliorer la qualité de la VMC, l’installateur doit réaliser un dossier indiquant les caractéristiques du réseau comme le débit d’air des bouches d’extraction, des entrées d’air, la section des gaines utilisées. Point important : les professionnels doivent utiliser des gaines semi-rigides ou rigides pour évacuer l’air intérieur. Une petite révolution dans le secteur car les gaines souples, moins chères, sont omniprésentes dans les installations. Mais ces produits se percent facilement diminuant le débit d’air extrait avec à la clé un air intérieur de mauvaise qualité. Des mesures de pression, effectuées aux bouches d’extraction, doivent être par ailleurs réalisées selon le protocole Promevent qui régit les audits de ces équipements. Ces exigences concernant la VMC devancent d’ailleurs de quelques mois un contrôle de cette installation qui sera rendu obligatoire par la prochaine loi, la réglementation environnementale, la RE 2020, applicable le 1er janvier 2022.

Le débit de la ventilation mécanique par insuflation de VMI s'adapte automatiquement à la teneur en humidité et CO2 détectée dans l'air ambiant grâce aux capteurs.

Les bonnes pratiques adoptées. L’utilisateur sera également soumis à contribution ! Son mode de vie, sa propension à entretenir sa maison, impactent en effet la qualité de l’air de son logement. Le constructeur lui remettra un guide des bonnes pratiques, rédigé par l’Association pour la promotion de la qualité de l’air intérieur (APQAI). Les appareils de chauffage, la VMC, doivent être par exemple régulièrement entretenus. « L’acquéreur peut aussi amener, sans le savoir, des polluants lors de son emménagement comme des formaldéhydes, contenus dans des panneaux de bois agglomérés utilisés pour la fabrication de meubles », prévient Janice Orero. « Il doit aussi éviter de choisir des plantes allergènes pour son intérieur. » Pour le sensibiliser à la nécessité de préserver un air de qualité, un capteur mesurant l’humidité et les composés organiques volatils (COV) sera installé dans le séjour. En cas de dégradation de la qualité de l’air, l’utilisateur recevra une alerte via son smartphone. 

Ce revêtement de sol signé Tarkett ne contient aucun phtalate et l'encre utilisée pour l'impression des motifs est composée d'eau.

* La VMC renouvelle l’air ambiant en évacuant l’air vicié par des bouches situées dans les pièces humides comme la cuisine, la salle-de-bains et les toilettes. L’air neuf est diffusé par des ouïes situées en partie supérieure des fenêtres, baies vitrées des chambres, salon, séjour.

Avis d’expert

« La VMC : une catastrophe »

Nicolas Duhameau est président de l’Association de la promotion de la qualité de l’air intérieur (APQAI) qui a piloté la rédaction du livre « La qualité de l’air intérieur pour les nuls », paru chez First Editions. Il nous explique les enjeux qui doivent être relevés par les professionnels et les bonnes pratiques à adopter.

Construire sa maison : Quelle est l’origine de cet ouvrage ?

Nicolas Duhameau : Ce livre a été rédigé par dix-sept auteurs : des médecins, des scientifiques, des industriels, des ingénieurs,
des conseillers médicaux. Il s’adresse aussi bien aux particuliers qu’aux professionnels pour les sensibiliser aux nuisances qui peuvent être occasionnées par une mauvaise qualité de l’air intérieur. Il explique également comment on peut agir simplement pour maintenir un air sain. Il est ainsi indispensable d’aérer quotidiennement son logement. C’est le geste le plus efficace ! Hélas, les gens n’ouvrent plus leurs fenêtres car leurs maisons sont dotées de volets roulants ! Il faut également améliorer la qualité des installations de VMC dans les maisons neuves.

Pourquoi ?

C’est une catastrophe ! Les conduits évacuant l’air vicié sont percés. Il y aussi des pertes de charge dans l’installation occasionnant
une diminution du débit d’air extrait. Les électriciens et les plombiers qui installent ces équipements ne sont pas formés à la ventilation.
Très peu d’auto-contrôles sont d’ailleurs réalisés par les professionnels. Et vérifier si la VMC fonctionne correctement en plaçant une feuille de papier toilette au contact des bouches d’extraction est un peu « juste » ! Il faut acheter le matériel nécessaire à l’auto-contrôle des VMC. Nous travaillons avec le CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment) à la création d’une filière dédiée au métier de la ventilation.

L’état d’esprit des particuliers a-t-il changé sur la qualité de l’air intérieur  ?

Oui. Nous observons une prise de conscience des particuliers. Ces derniers ont en effet une véritable appétence pour cette thématique comme pour leur environnement immédiat. Ces préoccupations qui existaient déjà ont été évidemment exacerbées par la Covid-19.

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