Bretagne : la tentation du contemporain

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Des lignes pures, des formes simples, des coloris forts... le goût des acquéreurs bretons change et le paysage architectural de la région est en pleine transformation.

Aujourd’hui plus que jamais la Bretagne se sent l’âme constructive. Et le monde de la maison évolue, présentant un visage contemporain. Voir très contemporain, qui n’a plus rien à voir avec les demeures néobretonnes. « La Bretagne a une longue tradition d’architecture contemporaine avec toits-terrasses, décrochements, formes et lignes prononcées… », rappelle Marc Loys, propriétaire des Maisons Elian qui construit en Ille-et-Vilaine. Et qui le plus souvent ne ressemble plus aux longères traditionnelles. « Ce sont surtout les secundo-accédants qui optent pour des maisons traditionnelles, plus classiques, et généralement en bord de mer. Ce sont rarement des Bretons », assure Philippe Fray, responsable de la société les Constructions du Golf, qui bâtissent dans le Morbihan. La maison contemporaine règne donc sur la région. Même la maison bois prend ses quartiers en Bretagne. Il y a encore dix ans, c’était un produit de luxe conçu par des architectes. Un bel effort a été fait pour la rendre accessible au plus grand nombre. Les plans eux aussi évoluent rapidement pour mieux s’adapter aux nouvelles mœurs quotidiennes. Portrait de cette Bretagne à la pointe de la modernité.

Comme un sentiment de nature... Une villa à la fois bioclimatique et organique imaginée par l'architecte Patrice Bideau. atypiquepatricebideau.wordpress.com

Architecture épurée

Dans toute la région, la tendance est aux volumes beaucoup plus simples. Simple ne signifie en aucun cas simpliste. « Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ils ne sont pas plus faciles à travailler. Mais le soin apporté aux vides et aux pleins, au mélange des matériaux… permet une lecture plus directe de l’architecture », analyse Michel Roué, responsable du bureau d’études du groupe Trécobat qui construit dans diverses régions de France dont la Bretagne. Par exemple on évitera de créer quatre ou cinq fenêtres sur la même façade comme on pouvait l’imaginer il y a une dizaine d’années. En lieu et place de plusieurs percements, on implantera une seule très belle ouverture. Une baie vitrée de quatre mètres sera indéniablement beaucoup plus esthétique que deux baies vitrées de deux mètres. Des lignes de force créées par des vides et des pleins donnent une signature, et les acquéreurs apprécient de posséder une maison unique, avec une vraie personnalité.

Construction CLG a joué sur des volumes forts et des coloris tendance. www.constructionclg.fr

La maison pourra être mixte avec un rez-de-chaussée traditionnel et un étage en bois. Lorsque les acquéreurs disposent d’un beau budget, ils donneront leurs faveurs à des volumes plus importants, à la recherche d’une signature architecturale forte, à des jeux de volumes. Même les maisons traditionnelles adoptent des caractéristiques contemporaines : de belles ouvertures, des associations de matériaux, des enduits noirs.

 « Les acquéreurs aiment les R+1 et les étages sans rampants sauf s’ils y sont obligés par la réglementation. Les pentes à 45° ont disparu, et les toits en zinc ont connu un développement significatif », remarque Marc Loys. Les décrochés de façade sont quasiment toujours présents. « Le toit monopente est tendance : c’est une toiture très douce qui ressemble à un toit plat et qui présente l’avantage de rassurer les acquéreurs par rapport à un toit-terrasse », souligne Eric Roiné, gérant de Bâtitech, qui construit en Ille-et-Vilaine. Les primo-accédants ne disposent pas toujours d’un budget suffisant pour faire construire une maison contemporaine mais ils peuvent opter pour une architecture de ce type s’ils font construire une villa de plus petite surface. Ils pourront se tourner vers les constructeurs qui proposent sur catalogue des habitations aux formes travaillées très novatrices.

Un plain-pied d'allure très zen qui joue sur les contrastes de matières et de couleurs. Il a été conçu par DBL Constructions. www.dbl-constructions.fr

Les toits monopentes en zinc sont tendance. Les doubles pentes qui semblent traditionnels sans l’être sont également très appréciés. La toiture quatre pans avec ardoise a également ses adeptes. Certains jeunes acquéreurs aiment les maisons bretonnes traditionnelles. Mais les acquéreurs ne pourront pas forcément faire construire la maison qu’ils désirent là où ils le veulent. Les communes n’acceptent pas tous les projets ce qui conduit les acquéreurs les plus attachés à leur projet à choisir une autre commune.

« On jouera sur les volumes pour donner du caractère à la maison, on la veut la plus claire possible grâce à de belles ouvertures vitrées et la plus économe possible énergétiquement parlant. Sur ce plan, l’orientation sera essentielle », synthétise Sandrine Cassaigne, gérante de l’entreprise Etudes et Constructions CLG qui construit des demeures personnalisées dans les Côtes-d’Armor et dans la région de Rennes.

En bord de mer

Les différences architecturales entre les terres et la côte ne sont pas significatives, sauf exigences particulières des architectes des Bâtiments de France. Par exemple, à Saint-Malo comme dans la vallée de la Rance, coloris et matériaux ne sont pas laissés au choix des acquéreurs. « Leurs exigences retardent l’obtention des permis de construire », note Eric Roiné. Sur la côte, dans le Morbihan, où les PLU se montrent plus restrictifs, et les architectes des Bâtiments de France encore plus, les coloris, les menuiseries, la largeur des pignons, la hauteur des façades… tout ou presque sera contraignant. « Ils imposent souvent une forme de longère, avec des volumes simples. Globalement ils veulent le cachet du traditionnel », détaille Philippe Fray. Dans certaines communes, les acquéreurs devront tirer un trait sur les fenêtres de toit et même sur les châssis type patrimoine, les gerbières seront quasi obligatoires.

Pour cette villa, Maisons de l'avenir a mixé éléments classiques et contemporains. www.maisonsdelavenir.com

Plus généralement il faudra opter pour des volumes simples. En centre-ville, les primo-accédants pourront choisir des toits plats et une architecture plus cubique, plus contemporaine.

Cette habitation des Maisons CMO ouvre ses larges baies sur le jardin pour absorber un maximum de lumière. maisons-cmo.com

Des coloris et des matériaux

La tendance générale en Bretagne ? Côté coloris, les enduits très clairs qui contrastent puissamment avec l’ardoise par exemple. En 2005/2010, les beiges, orange, bleu étaient à la mode, ils ont complètement disparu aujourd’hui. Côté matériaux, l’aluminium, l’ardoise, le bois et la pierre sont les grands favoris des acquéreurs bretons. Ils ne formeront pas un patchwork mais seront répartis de façon cohérente et bien intégrée. Pour personnaliser la maison, les volumes seront travaillés, l’habillage se fera en zinc. L’ardoise viendra souligner l’entrée de la maison par exemple. Les ouvertures seront intégrées avec du noir. Selon Michel Roué, « deux/trois couleurs et matériaux au maximum seront utilisés. Ils seront assortis pour un effet de cohérence ».

Enduit ton clair et pierre de causse ton naturel : un exemple proposé par Dulo Home des matériaux que l'on pourra utiliser en Bretagne. www.dulo-home.com

Le blanc sera très blanc et le noir très noir, ce dernier coloris est pourtant très fragile aux rayons du soleil. « Ils vont bien avec l’architecture contemporaine, mais ils commencent à devenir banal à force d’être vus. On n’en sort pas », estime Marc Loys. Il y a d’autres noirs, des gris, des teintes sablées qui vaudraient d’être utilisés. Il n’y a même plus de bleus, et le bleu canon traditionnel qui virait au bleu ardoise, très utilisé il y a encore dix ans, a disparu. De même que le rouge brique qui était la couleur secondaire favorite des Bretons dans les années 2008/2011. Pourtant ce n’est pas faute de propositions des fabricants. « C’est vraiment le goût actuel : l’esthétisme du noir prévaut. La bicoloration, elle, a toujours la cote », affirme Marc Loys. Même constat du côté d’Eric Roiné : « la façade blanche sera soulignée par des éléments plus foncés tels du gris anthracite ou du noir. Les menuiseries seront gris anthracite ». Ou de Philippe Fray : « Deux tons de blanc pour les enduits de façade, du zinc bilaqué comme habillage, résume le constructeur. Il sera de couleur foncée, gris anthracite ou noir, le noir sera également de rigueur pour les menuiseries. »

Une maison bioclimatique et organique conçue par Patrice Bideau. Elle offre un condensé d'éléments passifs pour une performance énergétique sans sophistication technique. atypiquepatricebideau.wordpress.com

Quand ce sont malgré tout des gris qui sont choisis, ce pourront être des gris avec du marron/terracotta. « Les coloris qui rappellent le bois, le zinc, l’acier rencontrent beaucoup de succès. Les gris très froids sont passés de mode, et c’est tant mieux car on ne se lassera pas de ces nouveaux tons naturels », rapporte Sandrine Cassaigne.

Les bardages pourront être en bois nature ou peint ou en zinc de couleur gris, noir. Ou bronze si l’on veut jouer la carte de l’originalité. « Les acquéreurs ont souvent peur d’innover et de trop se démarquer. Ils sont également préoccupés par la revente », estime Sandrine Cassaigne. Le rôle du constructeur est de les aider à se projeter pour personnaliser leur maison et élaborer avec eux un projet novateur mais indémodable, qui se valorisera dans le temps. Les enduits, le bois et la pierre donneront un aspect contemporain à des demeures de style très classiques.

Des plans pratiques

Les plans diffèreront selon que la maison sera de plain-pied ou si elle possède un étage, ce qui est très apprécié en Bretagne. Les chambres d’enfants seront à l’étage mais si la maison est de plain-pied, ce ne seront plus le coin jour/coin nuit qui détermineront les plans mais le coin parents/coin enfants.

L’optimisation est la principale volonté. Il faut éliminer les surfaces perdues au maximum. « Le trio cuisine/séjour/salon est en perte de vitesse. Le salon se veut plus cocooning et est séparé de la cuisine où les repas se prennent », affirme Michel Roué. Et en effet la cuisine retrouve peu à peu son statut et son indépendance. L’îlot central est tendance. La suite parentale avec chambre/salle d’eau privative/dressing s’installe toujours au rez-de-chaussée. Les pièces s’épurent, le mobilier s’allège, l’espace est de plus en plus valorisé.

Une villa signée par les Maisons Elian. A remarquer : la mise en valeur des volumes par le bicolorisme et l'équilibre des ouvertures entre le rez-de-chaussée et l'étage. www.maisons-elian.com

Les pièces changent de fonction. Le multimédia est à présent intégré à la vie de la maison et ne bénéficie plus d’une pièce dédiée. S’il y a une pièce supplémentaire, sa fonction évoluera en même temps que la vie de la famille, elle sera tour à tour chambre pour enfant, bureau, salle de jeux… La grande tendance ? « La suite parentale reste en rez-de-chaussée. Les ateliers pour le bricolage ou les ateliers d’artistes sont recherchés par les clients qui font construire sur mesure », répond Philippe Fray.

Lignes, matériaux et coloris ultra-contemporains pour cette villa de Construction CLG.http://www.constructionclg.fr

Le goût de l’espace

La totalité de l’espace de la maison est aujourd’hui aménagé. « Il n’y a pas de temps d’attente : tous les espaces sont définis et aménagés, ne serait-ce que parce que les formes architecturales sont plus complexes et les intérieurs en conséquence plus " biscornus " », explique Marc Loys. Les cuisines redeviennent un centre de vie et celles qui sont semi-fermées plaisent de plus en plus. « Les verrières séduisent, et pas seulement les noires style industriel. Les acquéreurs se tournent vers d’autres matériaux et d’autres couleurs », rapporte Sandrine Cassaigne. Les suites parentales sont plus que jamais à la mode. Les mezzanines commencent à être de nouveau demandées. Elles sont une zone cocooning, un coin tranquille où l’on peut lire ou jouer loin de l’espace de vie commun sans pour autant être enfermé dans sa chambre.

Maisons Bâtitech ont utilisé le contraste entre le blanc et l'anthracite pour mettre en valeur les lignes de cette villa. www.maisons-batitech.fr

Les grandes mezzanines à l’étage deviendront salon TV, bureau… Les greniers ont quasiment disparus, alors qu’il y a quelques années le grenier au-dessus du garage était indispensable. « Les secondo-accédants privilégient les grands espaces au rez-de-chaussée dans un esprit d’aménagement pour le futur : de larges portes laisseront passer un fauteuil roulant », remarque Eric Roiné.

Les Maisons rennaises proposent ici une demeure contemporaine aux volumes et aux coloris subtilement travaillés. www.maisons-rennaises.fr

Jardin et terrasse

Le jardin est important, et même indispensable dans la région. Les habitants de la maison se projettent facilement dans cette zone de détente, devenu salon extérieur. C’est un élément patrimonial essentiel qui doit être suffisamment grand. « Quoique pas immense pour ne pas demander trop d’entretien, surtout lorsqu’il s’agit d’une résidence secondaire », note Philippe Fray. Le niveau d’exigence des acquéreurs s’est considérablement élevé : plus personne n’accepte d’emménager dans une maison qui n’est pas terminée. « Il y a dix ans, le budget était intégralement utilisé dans la construction de la maison. Depuis quelque quatre/cinq ans, idéalement, les acquéreurs veulent des maisons intégralement finies. Dès les semaines qui suivent, l’extérieur de la maison commence déjà à être aménagé. Les clôtures sont posées, les arbres plantés… », souligne Marc Loys.

Une maison traditionnelle mise au goût du XXIe siècle, proposée par les Constructions du Golfe. www.constructionsdugolfe.com

La terrasse sera en bois, très tendance. Elle pourra également adopter le béton lavé avec des grains de couleur. Ou des carrelages qui imitent le bois. Elle peut également être divisée en zones et rester au naturel, juste gravillonnée. Pour un effet déco très réussi le revêtement de sol ou le mur en pierre peuvent se prolonger à l’extérieur. « Avant tout les terrasses sont solides, faciles d’entretien, elles ont un accès direct sur la cuisine/séjour pratique pour les déjeuners et les dîners d’été », estime Sandrine Cassaigne. Elles seront au même niveau que la maison. Ce qui pose des problèmes d’étanchéité difficiles à résoudre. Le bois est plus facile à installer Autre façon de résoudre ce problème de niveau : opter pour une terrasse à seuil encastré qui sera « comme un lien entre l’extérieur et l’intérieur, simplement séparés par de grandes baies vitrées », remarque Philippe Fray.

Autre tendance le patio « qui fera office de pièce extérieure mais tournée vers l’intérieur, sorte de terrasse ouverte avec des lames orientables. Toute la circulation de la maison se fait autour », remarque Michel Roué.

Le travail très abouti autour des ouvertures donne un fort caractère à cette villa signée par les Maisons Arteco. www.maisons-arteco.fr

Etude thermique
Selon Eric Roiné, gérant de Bâtitech, la RT 2012 n’est pas assez exigeante. On peut obtenir beaucoup mieux sans que cela coûte plus cher. La taille des ouvertures est importante, surtout au sud. Les apports solaires peuvent représenter 50% des apports de chauffage. Son conseil : ne pas raisonner en termes de prix, mais en termes de qualité et de performances énergétiques. Une étude thermique faite par un indépendant vaut 300 €. A faire absolument avant de signer avec un constructeur.

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