Terrain : la campagne garde la cote

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Le marché des terrains ruraux destinés à la construction de maisons a bien résisté aux secousses de 2020. Une bonne santé liée à la cote de ce type d’habitat, mais aussi à des acquéreurs qui anticiperaient les prochaines mesures de lutte contre l’artificialisation des sols.

Le marché des terrains constructibles destinés à l’urbanisation, des biens le plus souvent issus de terres naturelles et agricoles, a enregistré 32 150 transactions en 2020, une baisse de 9,5 % par rapport à 2019 signale l’étude annuelle de la Fédération des Safer (Sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural) intitulée Le prix des terres. Ce marché global de l’urbanisation (personnes morales et particuliers) a donc connu un coup d’arrêt l’an dernier. Logique : l’année 2020 a été marquée par une crise sanitaire et économique sans précédents et par deux confinements dont l’un, au printemps, a stoppé net toute l’activité du pays (y compris la construction) pendant deux mois.

Marché particulier. Le secteur des terrains ruraux achetés uniquement par les particuliers qui font construire recense 19.180 transactions en 2020, une baisse de seulement 4,4 % par rapport à 2019. « Cette résistance fait passer leur part de marché de 36 % en 2019 à 40 % en 2020 en valeur », précise l’étude. « Les projets individuels aboutissent plus facilement en cas de crise, les processus de décision étant plus courts et les surfaces et montants des projets plus faibles. » En 2020, la parcelle moyenne acquise par les particuliers s’affiche en moyenne à 71.800 € (- 1,3% sur un an), pour une surface de 1.900 m² (+ 1,9 %).

Maison résiliente. Les données de la Fédération des Safer confirment la résilience de la construction de maisons individuelles en 2020. Selon le Pôle Habitat de la Fédération française du bâtiment, les constructeurs ont enregistré 114.900 ventes l’an dernier, contre 125.590 en 2019. Une baisse 5,1 % alors que dans le même temps, la promotion immobilière s’effondrait de 24,5 %. De fait, la maison neuve tire bénéfice des nouvelles demandes issues des confinements (espace, nature, adaptation au télétravail), tout en conservant ses atouts traditionnels, au premier rang desquels vient un imbattable rapport qualité/prix.  

Sobriété foncière. Pour les Safer, la bonne tenue du marché entraîne une « course à l’artificialisation des sols » alors que « la terre est une ressource non renouvelable qu’il faut utiliser avec bon sens », note leur président Emmanuel Hyest. Certes, la future loi Climat vise l’objectif de Zéro artificialisation nette (ZAN) d’ici 2050, mais pour Emmanuel Hyest, « il ne faut pas se contenter de contraindre. Il faut inventer un nouveau modèle de développement, respectueux de la ressource. Des exemples le démontrent : il est possible de créer des logements où il fait bon vivre sans consommer à outrance du foncier ». 

Anticipations constructives. Lotissements denses, division parcellaire, recyclage du foncier : de nombreux constructeurs et architectes planchent sur ces nouvelles façons de bâtir. Il n’empêche : l’objectif ZAN de la loi Climat ne jouent pas en faveur de la construction de maisons. Ce qui, paradoxalement, expliquerait le tonus du marché des terrains. Et la Fédération des Safer de s'interroger : « la crainte de futures restrictions de l’extension urbaine dans le cadre du « zéro artificialisation nette » demandé par l’Etat aurait-elle incité les acteurs à réaliser plus rapidement leurs projets fonciers ? »