Réglementation bas carbone, mode d’emploi

Publié par -

Comment les maisons neuves vont-elles s’adapter à la Prochaine réglementation Environnementale RE 2020 ? Les réponses d’Alexandre Pugeaut, directeur associé de l’Atelier d’Etudes Techniques Loriot.

La RE 2020 poursuit sa route. Cette réglementation environnementale 2020, qui encadrera la construction à compter du 1er janvier 2022, a évolué au fil du temps. Lors de sa première présentation, fin novembre dernier par le gouvernement, elle avait été jugée trop complexe par un monde de la construction qui craignait aussi un fort effet inflationniste sur le prix des logements neufs. Après d’âpres négociations, le gouvernement et les professionnels ont trouvé, le 13 avril 2021, une position commune sur cette RE 2020 qui promeut la sobriété énergétique et la réduction de l’empreinte carbone des logements neufs. Entre autres exemples, les exigences sur l'efficacité du bâti sont assouplies et la réglementation est aménagée pour ne pas pénaliser les petites maisons et celles bâties das les zones chaudes du territoire. Reste à attendre la parution des textes, ce qui devrait intervenir dans les prochaines semaines. Mais l’on en sait suffisamment aujourd’hui pour savoir comment cette réglementation écologique sera appliquée, une mission dans laquelle les bureaux d’études techniques joueront un rôle crucial. Les explications d’Alexandre Pugeaut, directeur associé de l’Atelier d’Etudes Techniques Loriot. 

Construire sa Maison : En matière de RE 2020, quel est le rôle du bureau d’études ? 
Alexandre Pugeaut : Aujourd’hui, nous assistons le constructeur dans les choix techniques pour que la maison soit conforme à l’actuelle RT 2012 comme à la future RE 2020. Nous intervenons le plus tôt possible pour donner nos préconisations en matière de matériaux, d’isolation, de chauffage, de production d’eau chaude… Avec la RE 2020, nous remplirons ce rôle dans de nouveaux domaines comme le besoin de froid pour mieux adapter les maisons aux épisodes de canicule ou encore la réduction de l’empreinte carbone. Pour faciliter le travail du constructeur, nous lui fournissons des simulations aussi précises que possibles. Plus son offre sera proche de ces simulations, plus il sera facile d’assurer la conformité de ses maisons à la réglementation.

Le grand changement apporté par la RE 2020, c’est la décarbonation ? 
Oui. Réduire l’empreinte carbone des maisons, tant en termes de construction que d’énergie, est bien l’un des objectifs de la RE 2020. L’atteindre dépendra des industriels, qui sont très nombreux à s’être engagés dans la décarbonation de leurs solutions. De quoi disposer d’un large panel de solutions et permettre aux constructeurs de s’adapter en douceur, sans rupture avec leurs façons habituelles de travailler. Par exemple, les maisons RE 2020 ne seront pas toutes en bois, même si ce matériau est avantagé. Mais il sera possible de le mixer avec d’autres solutions. La RE 2020 impose une obligation de résultats, pas de moyens, ce qui permet aux constructeurs comme aux acquéreurs de conserver beaucoup de liberté tant en termes de technique que de confort et d’architecture.

Et la sobriété énergétique ? Quelle place occupe-t-elle dans la future RE 2020 ? 
La RE 2020 insiste sur la réduction des consommations d’énergie en renforçant l’efficacité du bâti. Ce dernier devra être 30 % plus performant que celui des maisons RT 2012. Des modulations sont toutefois prévues pour les petites maisons, qui étaient pénalisées par la première version de la RE 2020. De même, des assouplissements sont prévus pour les constructions situées dans les zones climatiques chaudes comme l’arc méditerranéen. Sur ces secteurs, la première version de la RE 2020 imposait, pour contrer les fortes chaleurs estivales, de réaliser un bâti ultraperformant tant en termes d’isolation que d’inertie thermique. La deuxième version de la RE 2020, en instaurant ces modulations, réduit ces inconvénients tout en préservant la sobriété énergétique. 

Quels sont les autres changements apportés par la RE 2020 ?
Le confort d’été est l’un de ses points essentiels. Pour s’adapter aux surchauffes estivales, elle impose aux maisons de limiter le nombre d’heures d’inconfort en période caniculaire, sans pour autant recourir aux climatisations classiques, assez gourmandes en énergie. Il s’agira de privilégier la conception bioclimatique, l’efficacité du bâti et les solutions de rafraîchissement peu énergétivores (passifs). Là encore, le bureau d’études fournira des solutions aux constructeurs. Autre point important : avec la RE 2020, il faudra vérifier l’efficacité des VMC pour assurer un bon renouvellement de l’air intérieur. Un point essentiel pour des maisons qui seront toujours aussi étanches à l’air.

La RE 2020 va-t-elle faire monter les coûts de construction et donc le prix des maisons ? 
Durant les premiers mois, c’est possible. Mais je rappelle que les solutions techniques sont d’ores et déjà disponibles sur le marché et avec l’effet d’apprentissage, les surcoûts devraient peu à peu baisser. Ce sera encore plus vrai pour les constructeurs qui s’entoureront de partenaires compétents, qu’il s’agisse d’industriels comme de bureaux d’études. Il s’agit également, pour les professionnels, de bien se préparer et d’anticiper. Le report de la RE 2020 au 1er janvier 2022 leur en donne l’occasion. Et comme ils l’on fait lors du parcours de la RT 2005 à la RT 2012 en passant par le BBC (un label qui préfigurait la RT 2012 NDLR), ils seront prêts à relever le défi de cette nouvelle réglementation RE 2020.