Maison : reprise progressive

Le coup d’arrêt lié à l’état d’urgence sanitaire et au confinement s’atténue. L’activité commerciale des constructeurs se poursuit à distance. Et les signatures de contrats, les demandes de financement ou encore les chantiers redémarrent.

Ça va mieux. En mars 2020, la crise du Coronavirus stoppe net le marché de la maison individuelle. Mais en avril, les particuliers reviennent vers les constructeurs avec notamment un trafic sur les sites web qui progresse, même s’il reste inférieur aux niveaux de début d’année. Les professionnels, s’ils n’ont pas encore rouvert physiquement, demeurent en activité grâce au travail à distance. Ils arrivent même à redémarrer des chantiers. De leur côté, les banques recommencent à accorder des prêts alors qu’en mars, elles se concentraient sur la gestion des dossiers déposés avant l’état d’urgence. Bref, le secteur travaille d’arrache-pied pour surmonter la crise et préparer l’après-Coronavirus.

Constructeurs à l’écoute. Avec des particuliers de nouveau actifs, les équipes commerciales, en télétravail, restent disponibles. Les échanges se font par mail, téléphone ou visiophonie. « Nous utilisons une fonction tchat : une bulle avec une boîte de dialogue permet d’échanger en ligne et en direct avec un conseiller », explique-t-on chez le breton Maisons de l’Avenir (Groupe Hexaôm). D’autres solutions permettent de découvrir le savoir-faire des professionnels sans enfreindre le confinement. Sur son site, le constructeur francilien Yvelines Tradition propose des visites virtuelles de vraies maisons. Chez Tradimaisons, en Auvergne, une application sur smartphone ou tablette permet de découvrir et de visiter plusieurs modèles via des animations 3D fluides et précises.

Des projets qui avancent. Avec ces échanges, les particuliers peuvent bâtir leur projet. Architecture, plans, équipements, prestations, tout peut être choisi et négocié à distance, via des process dématérialisés. « Nous pouvons bien avancer si l’acquéreur est déjà propriétaire de son terrain et si nous sommes bien informés sur les caractéristiques de la parcelle », explique Alban Boyer, directeur général de Trecobat, en Bretagne. Pour les particuliers qui n’ont pas encore acquis leur parcelle, c’est un peu plus compliqué. Mais ça s’améliore : « les vendeurs de terrains reprennent contact avec nous », nous confiait, il y a quelques jours, Sylvain Massonneau, P-DG de Tradimaisons.

La maison retrouve du crédit

Signer, c’est possible ! Reste à boucler le Contrat de construction d’une maison individuelle CCMI). Chez la majorité des constructeurs, il est édité dans leur locaux puis transmis par recommandé postal ou directement dans les boîtes aux lettres, difficultés d’acheminement du courrier obligent. Plus rarement, cette formalité est effectuée de façon dématérialisée et sécurisée avec une signature électronique (c’est notamment le cas chez Hexaôm). Une solution qui va gagner du terrain : l’organisation professionnelle Les Constructeurs et aménageurs de la Fédération française (LCA-FFB) va lancer son contrat numérique, un document rédigé par l’éditeur spécialisé du bâtiment SEBTP pour une sécurisation juridique renforcée.

Des banques plus actives. Côté crédit, là aussi, ça se débloque. Fin mars, ce secteur était à l’arrêt. « Nous estimons qu’à mi-avril 2020, 70 % des banques sont en mesure de prendre de nouveaux dossiers de crédit immobilier », explique Sandrine Allonier, porte-parole du courtier Vousfinancer. Mais attention : « actuellement, les délais de traitement des demandes peuvent aller jusqu’à trois semaines, contre sept à dix jours habituellement » note-t-elle. Mieux vaut indiquer, dans le CCMI, un délai plus long pour obtenir le crédit. De même, nombre de banques maintiennent les conditions de leur offre de prêt pendant quatre-vingt-dix jours alors que le délai usuel est de trente jours.

Autorisations d'urbanisme. Pour faire face à la pandémie, le gouvernement a instauré par ordonnance une période de sécurisation juridique, durant laquelle de nombreuses procédures sont suspendues. En ce qui concerne les permis de construire, le délai d’obtention est de deux mois. La période de sécurisation juridique a été raccourcie d’un mois et vaut du 12 mars au 24 mai. C’est donc une parenthèse durant laquelle les délais pour obtenir le permis n’ont pas couru. Pour un permis déposé le 12 février, la mairie aura jusqu’au 24 juin pour rendre sa décision. Si elle reste silencieuse au terme des délais, le permis est considéré comme accordé. Par ailleurs, la mairie dispose d'un mois pour donner un certificat d'urbanisme, mais les perturbations liées à la crise pourraient allonger le délai. 

Redémarrage des travaux

Chantiers : réouverture partielle. La construction, elle aussi, retrouve des couleurs. Chez AST Groupe (marques Natilia, Créaconcept, Top-Duo, etc.), plus d’un quart des chantiers ont réouvert. « Crise sanitaire oblige, nos chantiers se sont arrêtés en mars. Ensuite, l’activité a repris progressivement et près de la moitié d’entre eux auront redémarré fin avril », explique pour sa part Alban Boyé. « Nous nous sommes organisés avec les entreprises en veillant à respecter la santé de tous. Le Guide des préconisations de sécurité sanitaire pour la continuité des activités de la construction nous a beaucoup aidés. » Créé par les professionnels et les pouvoirs publics, ce guide a pour objectif de faciliter la reprise de la construction en période de pandémie. 

Course d'obstacles. Pour reprendre les chantiers, les constructeurs doivent résoudre d’autres difficultés. Ils ont dû attendre que les industriels relancent leur production, que les négociants en matériaux rouvrent leurs points de vente. Ces derniers, compte tenu des risques liés à la période, peuvent imposer des conditions de paiement à la livraison, alors qu’auparavant, les professionnels bénéficiaient de délais pouvant aller jusqu’à quatre-vingt-dix jours. « Les négociants donnent la priorité aux constructeurs qui ont les reins financièrement solides », confie Alban Boyé. Autre écueil : les concessionnaires pour l’électricité, le gaz et l’eau n’ont pas encore retrouvé une activité normale. Mais là aussi, les choses s’améliorent progressivement. 

Décalage des travaux. Toutes ces difficultés entraînent forcément des retards. « Le confinement, la crise sanitaire justifient le cas de force majeure », explique Philippe Jarlot, directeur du département construction chez l’assureur Verspieren. « Dans ces conditions, le chantier est suspendu sans que le constructeur ait à verser d’indemnités à son client. Les travaux ne redémarrent que si les conditions sanitaires et techniques sont réunies. » Et de conseiller : « le constructeur doit informer son client pour que ce dernier puisse s’organiser et anticiper ». L’acquéreur doit en effet décaler ses dates de déménagement, prolonger la durée du bail s’il est locataire accédant à la propriété…

Solutions constructives

A l’écoute. L’une des clés du redémarrage, c’est la relation entre le constructeur et son acquéreur. « Un bon professionnel communique et se positionne en apporteur de solutions », considère Philippe Jarlot. Dans cette logique, les professionnels s’appuient sur le téléphone et le mail. Mais de plus en plus, ils utilisent des solutions digitales. « Notre application Nestor numérise le projet », explique Alban Boyé. « Avec elle, l’acquéreur peut signer à distance les avenants au contrat. Il stocke dans un coffre-fort numérique tous les documents et la messagerie instantanée permet un dialogue permanent avec le conducteur de travaux. » Nombre de constructeurs utilisent des solutions similaires proposées par des sociétés comme Conity ou HomeKonect.

Livraison garantie. Quant à savoir si la maison sera bien terminée… « Les particuliers qui ont signé un Contrat de construction d’une maison individuelle ou CCMI-loi de 1990 n’ont rien à craindre », insiste Philippe Jarlot. « Ce contrat comporte obligatoirement une garantie de livraison à prix et délais convenus. Si le constructeur fait faillite, par exemple, son garant ou assureur désigne une autre entreprise qui termine la maison. Bref, c’est une assurance tous risques y compris en cas de retard de chantier. » Pour les autres cadres juridiques (contrat de maîtrise d’œuvre, marché de travaux avec les entreprises), l’incertitude est plus grande puisqu’ils n’intègrent pas cette garantie de livraison.

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