« Habiter une maison dans une petite commune ».

Enseignant à l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Bretagne à Rennes, Stéphane Chevrier dirige également MANA, un bureau d’études sur l’habitat, la construction, la rénovation. Ce sociologue évalue pour Construire sa maison les impacts du Covid-19 sur le logement et notamment la maison, un habitat apprécié des Français.

La maison pourrait être la grande gagnante du marché immobilier lors des prochains mois. Selon le sociologue Stéphane Chevrier, cet habitat devrait en effet séduire les citadins qui ont souffert du confinement imposé par le gouvernement lors du Coronavirus. Un habitat qui pourrait trouver sa place dans les petites communes qui offrent une véritable qualité de vie.

Construire sa maison : La maison qui représente 56 % des logements est un bien recherché des Français. Comment l’expliquer ?
Stéphane Chevrier : Habiter une maison permet généralement de disposer d’une surface plus grande que celle d’un appartement. Et ce logement est souvent doté d’un jardin qui permet d’autres usages. Résider dans une habitation individuelle permet également d’instaurer une distance avec son voisinage. C’est notamment le cas en secteur rural. Et dans une grande maison, on peut aussi créer une distance avec sa famille en mettant à disposition de chacun un espace.

Le confinement a été difficile à vivre pour les personnes habitant en appartement. Pensez-vous que l’acquisition d’une maison puisse être envisagée par des acquéreurs qui n’en voulaient pas ?
Nous avons vécu confinés plusieurs semaines. C’est une expérience marquante pour les personnes vivant dans des appartements petits, très sonores et peu ensoleillés. A l’inverse, les Français occupant une maison spacieuse avec un jardin ont pu mesurer la richesse de ce logement. Il est probable qu’à l’heure de choisir un logement, cette expérience reviendra à l’esprit de tous. Cette crise sanitaire pourrait aussi favoriser la construction de groupe de maisons.

C’est-à-dire ?
Quelques particuliers construisent leurs maisons en souhaitant profiter d’un espace à partager comme un jardin. Cet habitat crée un réseau d’entraide qui permet de gérer la solitude que peuvent éprouver certaines personnes. Ce type de logement constitue une option intermédiaire entre l’appartement et la maison.

Les acquéreurs immobiliers pourraient-ils, selon vous, choisir une autre localisation après avoir vécu le confinement ?
Il pourrait en effet y avoir un arbitrage sur la localisation à l’heure d’acheter un logement. Habiter dans une métropole est plus compliqué. L’accès aux espaces naturels y est moins facile. Ce qui fait la richesse des villes, à savoir les commerces et les services, étaient fermés, pendant le confinement. Les Français pourraient choisir des petites, voire de très petites communes qui sont moins denses. Dans les centres-bourgs, ils pourraient d’ailleurs bénéficier des vertus de la centralité comme la présence d’une boulangerie et celle d’un marché. Mais il ne s’agit pas forcément d’une maison qui serait construite sur un grand terrain mais d’une maison de ville. L’habitat individuel peut se décliner de différentes façons.

« Il faudra s’interroger sur la densité »

Nous sommes aussi probablement arrivés à la fin d’un cycle avec le Coronavirus. La loi SRU (loi relative à la Solidarité et au renouvellement urbain) avait en effet favorisé la densité urbaine pour la construction de logements. Mais le départ de plusieurs dizaines de milliers de Parisiens lors du confinement doit nous interroger sur la densité. Il s’agit d’habiter un espace permettant d’être avec les autres sans en subir la présence. Que ce soient les promoteurs ou les aménageurs, tout le monde devra trouver des solutions.

Selon vous, la conception de la maison pourrait-elle changer ?
Oui. Il y aura certainement une réflexion à mener sur la valorisation des espaces extérieurs que ce soit le jardin ou la terrasse. La conception de cette dernière sera plus qualitative pour faciliter la pratique du sport. Compte tenu du développement phénoménal qu’a connu la livraison à domicile, il faudra aussi certainement prévoir un espace où les livreurs pourront être accueillis si le confinement est amené à se reproduire. Cette interface située entre la maison et l’espace extérieur doit être sécurisée.    

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